CHAMPOLLION

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Ahmosis

Ahmosis Champollion, le déchiffreur et les défricheurs

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Introduction

Par Ahmosis :: 31/10/2006 à 20:38 :: Général

Préface
Par Ahmosis

 

 

Très souvent, nous croyons connaître la vie de quelqu'un parce que nous avons retenu une phrase gravée dans le marbre immuable des manuels d'Histoire.

 

"Champollion ? C'est celui qui a déchiffré les hiéroglyphes !"

 

Mais encore ? Combien de temps cela lui a pris ? Lui a-t-on facilité la tâche ? S'est-il levé un beau matin en se disant : "Tiens : aujourd'hui, je vais percer la clé d'un mystère plus que millénaire !"

 

En effet, la vie d'un homme se résume-t-elle à une phrase laconique ? Non.
Un homme est bien plus que ça. Champollion possédait une dimension politique et une dimension humaine que révèlent ses lettres. Certes, percer le mystère des hiéroglyphes a été le but de sa vie, ainsi que de faire connaître la civilisation égyptienne.

 

Les pages qui suivent sont le condensé d'une biographie que j'ai commencée à rédiger voici quelques années, en vue de la publier, car je suis tombé sous le charme des lettres écrites par l'illustre savant français depuis les rives du Nil.

Il a réussi à me communiquer sa passion à travers les siècles et je sais que d'autres ont éprouvé le même choc émotionnel. Depuis, je m'intéresse à l'Egypte et rêve d'y poser un jour le pied, et de boire (au figuré, cela s'entend) l'eau du Nil.

 

Partez donc à la découverte d'un homme hors du commun, à la fois par son intelligence et par son humanité profonde. Qu'il me soit permis de signaler un fait qui, à lui seul, j'en suis certain, vous donnera envie d'aller plus avant : voilà un républicain convaincu qui va se trouver pris dans la tourmente de la Terreur, puis l'épopée de l'Empire, et enfin la Restauration de la monarchie. Quel manque de chance, n'est-ce pas ?

99. Les sources du Nil

Par Ahmosis :: 07/10/2006 à 19:29 :: Général

Les sources du Nil

Par Ahmosis ©

 

 

 

Les sources du Nil, depuis la plus haute Antiquité, excitait la curiosité des géographes et des philosophes. Au second siècle avant Jésus-Christ, Ptolémée pensait que le fleuve naissait de la fonte des neiges des Monts de la Lune.

Un négociant écossais, James Bruce, qui menait une vie bien ordonnée, décide de voyager afin de lutter contre les idées noires, après le décès soudain de son épouse. Consul à Alger en 1763, il se familiarise avec l’arabe. Se fondant sur l’hypothèse de Ptolémée, Bruce situe ces fameux Monts de la Lune en Abyssinie. Il rédige
Travels to discover the source of the Nile :

 

 

 

.  

James Bruce (National Portrait Gallery)

 


Il parvient au Lac de Tana, d’où un cours d’eau important rejoint Khartoum. Il est vite convaincu d’avoir découvert la source du Nil que rejoindrait un affluent dans la capitale soudanaise. Il n’a en fait découvert que la source du Nil bleu. Ce qu’il considère comme un affluent n’est autre que le Nil blanc qui prend sa source bien plus loin en Afrique tropicale.

 

 

J.H. Speke

 


En 1856, les deux explorateurs Richard Francis Burton et John Hanning Speke se proposent de commencer par trouver un lac pouvant être la source, et de suivre le cours d’eau en redescendant.

 

 

 


Après un premier échec en raison de la dysenterie, en juin de l’année suivante, ils partent en direction du lac Tanganyika et y parviennent en février 1858. Cependant, aucune rivière ne semble partir du lac et celui-ci se situe à une altitude inférieure à des points déjà connus du Nil blanc. Ce lac n’est pas la source recherchée.

 

 

Un long périple

 


Burton, blessé à une jambe, doit rester dans un village et Speke continue ses  recherches. Il découvre une vaste étendue d’eau qu’il baptise Lac Victoria en hommage à sa souveraine. Les indigènes lui ayant affirmé qu’une rivière coule à partir du nord du lac, Speke est certain d’avoir trouvé la mythique source. Burton reste persuadé qu’il faut trouver les Monts de la Lune.

 

 

Speke sera toujours convaincu d'avoir atteint la source du Nil

 


Speke et Burton se fâchent, d’autant plus que le premier crie victoire lors d’une séance de la Société royale de géographie, excluant de sa découverte son compagnon. En 1860, Speke repart sur les lieux de sa découverte, mais n’y trouve qu’une rivière qui se jette dans le lac Victoria.

 

 


Burton n'est pas convaincu par les explications de Speke

 


En 1862, remontant un important cours d’eau, Speke trouve des chutes si imposantes qu’il se convainc à nouveau d’avoir découvert la fameuse source.

 

Burton n'aura plus l'occasion de se réconcilier avec Speke

 


Nombreux sont ceux qui lui tressent une couronne de lauriers ; Burton reste sceptique, en apprenant qu’il n’a pas trouvé de lien entre le cours d’eau et le lac Victoria, pas plus qu’il n’est démontré qu’une rivière part de celui-ci et rejoint le Nil. Leur différent ne pourra être tranché, car Speke meurt au court d’une partie de chasse.

 

 

Speke meurt accidentellement, semble-t-il, en 1864

 


La Société royale de géographie demande à David Livingstone de vérifier les dires de Speke. Le britannique âgé de soixante-six ans part en expédition en 1866.

 

 


David Livingstone

 


Trois ans après, nul n’a eu de nouvelles du vaillant explorateur et un américain, Henry Stanley, journaliste de vingt-huit ans au New York Herald, part à sa recherche.

 

 

Henry Stanley

 


Le 10 novembre 1871, trouvant un homme blanc très affaibli, il pose la légendaire question :

 

 


"Docteur Livingstone, je présume ?"

 


Livingstone mort en 1873, Stanley poursuit ses recherches et démontre que la théorie de Speke ne tient pas la route. En 1888, l’explorateur américain aperçoit des monts enneigés ; il rapproche le Ruwenzori, (les Monts de la Lune). Il faudra attendre 1898 pour que Richard Kandt découvre une source du Nil au Rwanda. Ensuite, on trouvera également une seconde source au Burundi. Toujours dans ce pays, Bukhart Waldeker remonte jusqu’à une troisième source, en 1937.

 

Il faudra franchir les rapides

 

 

 

 

 A noter : un excellent film pas trop romancé : "Aux sources du Nil".

 

 

 

Samuel Baker, l'anti-esclavagiste

 

 

 

Samuel White Baker, est né en 1821. Tireur adroit, il chasse l’éléphant à Ceylan, en 1845, et rédige deux volumes sur le pays et les habitants. Revenu en Angleterre, la vie citadine et le climat sans doute, lui font écrire : "Je me sens comme une plante malade dans une chambre obscure".

 

Aussi bondit-il sur l’occasion que lui offre la construction du chemin de fer turc de Varna à Kustendjé. En 1859, il aperçoit une jeune fille de 16 ans qui est mise en vente sur un marché aux esclaves, originaire de Budapest et sachant parler l’arabe. Il ne peut le tolérer et l’achète, afin de lui rendre la liberté. Certains pourront toujoujours arguer que la condition féminine au XIXème siècle est une sorte d’esclavage. Mais une sorte seulement.

 

 


Samuel et Florence Baker

 


De toutes façons, il offre son cœur à Florence, et son nom, par la même occasion, car il est tombé passionnément amoureux de cette jeune femme éprise de liberté, bien que trouvée sur un marché aux esclaves, l’emmenant avec lui en Afrique.

 

Le consul général britannique qualifie la décision d’inconsciente : quoi ? Emmener une femme affronter l'Afrique ténébreuse et sauvage ? Le diplomate fait remarquer que si véritablement il a quelque intérêt pour elle, "il doit lui ordonner d'aller à la maison en Angleterre et vivre avec ses sœurs, tandis qu'il effectuerait ses explorations."


Comme nous l'avons vu, Speke et Burton sont revenus de l’Afrique Tropicale et chacun clame avoir découvert la source du Nil. Devant le désaccord, Speke est reparti en compagnie de Grant. Le temps passe et voilà deux ans que Speke n’a plus donné de nouvelles. Le public se passionne pour ce mystère, Comme Jules César en son temps, ainsi que les plus grands voyageurs grecs, lesquels n’ont pas hésité à formuler leur hypothèse.

 

Diodore de Sicile a émis l’idée que la source du Nil se situe dans un hémisphère où les saisons mlarcheraient à l’inverse des nôtres, et Hérodote rapporte que les Egyptiens parlent des Monts de la Lune comme étant le point où le fleuve mystérieux naît.

 

 


A dos de dromadaire sur 800 km

 


Début 1861, Baker décide donc de partir à la recherche de Speke, et, en cas de malheur survenu à celui-ci, de trouver lui-même les sources du Nil. Florence, qui n'est pas une femme potiche, lui apprend l'arabe, tout comme elle aura à affronter les épreuves que connaîtront les hommes de l'expédition. Elle n'a que 18 ans.

 

Pour commencer, Baker part chasser en Abyssinie et explore les affluents du Nil Bleu, effectuant des relevés hydrographiques, relevés transmis à la Royal Geographical Society. Il rédige plus tard : Exploration des affluents abyssiniens du Nil (Récits de chasse 1861-1862) et Exploration du Haut Nil : récit d’un voyage dans l’Afrique centrale (Hachette 1880).

 

 




En juin 1862, Baker rejoint Khartoum, et s’apprête à remonter le Nil Blanc, abandonnant les vaisseaux du désert pour trois bateaux à vapeur. Il rejoint Gondokoro, où commence le mystère, puisque c’est le début d’une très vaste région marécageuse, que nous connaissons sous le nom de Sudd. Il y retrouve, le 15 février 1863, Speke et Grant qui affirment avoir la preuve que le lac Victoria est la source du Nil.

 

 

 


"Vous me désappointez, sourit Baker, heureux malgré tout de retrouver ses compariotes, car j’espèrais vous trouver sous l’Equateur, aux prises avec quelque situation terrible, dont je vous aurais aidé à sortir." Baker se dit qu’il n’a plus qu’à rebrousser chemin, mais Speke lui montre ses cartes et signale une zone qu’il n’a pu explorer et où se trouve un lac, le Louta N’zigé.

 

"Speke le considérait donc comme une seconde source du Nil, et, regrettant bien amèrement de ne l’avoir pas pu visiter, il m’engageait d’autant plus chaleureusement à combler cette lacune dans ses découvertes."

 

 

 

Carte établie par Baker

 


Tandis que Speke, après avoir échappé à mille dangers, au cours de ses multiples expéditions, s’en retourne vers sa verte Angleterre, où il trouvera la mort stupide qu'on sait, Baker met le cap au Sud.
Les marchands d'esclaves, croient que l’expédition qu’il mène peut nuire à leur odieux trafic, le contraignent à effectuer un crochet par  l'Est, avant de pouvoir reprendre le chemin indiqué par Speke.


En 2 mois, il a avancé de 200 kilomètres, tant les marécages sont un véritable labyrinthe. Florence Baker est malade et ne diffère d’un cadavre que par le hoquet qu’elle a parfois. Samuel lui frotte la poitrine et des femmes indigènes les pieds et les mains, mais elle ne sort pas de son état, où les fièvres, les privations et la chaleur l’ont plongée.

 

Le 16 mars 1864, l’exédition parvient au lac signalé par Speke et, devant l’immensité de celui-ci, comme Victoria est déjà pris, Baker le rebaptise lac Albert. Comme Speke, à partir du Lac Victoria, il ne peut suivre en permanence l’eau qui s’échappe du lac, mais il est persuadé que le Nil Blanc y prend sa source (Proceedings Royal Geogr. Soc. of London, vol. n° 1, pp. 6-27)

 

 



 


Florence étant revenu parmi les vivants, en mars 1865, Baker retourne vers Gondokoro, puis Khartoum et Suez. Il revient  en Angleterre, fournissant des renseignements complémentaires sur le système hydrographique des lacs qui sont à l’origine du Nil, même si Livingstone, résolument partisan de Burton, se refusera à cette hypothèse. Le voici anobli et Sir Samuel Baker reçoit une médaille d'or de la Royal Geographical Society.


Les méfaits de la traite des esclaves lui inspirant un profond dégoût, il se résout à partir en guerre contre les trafiquants. En 1868, il propose au khédive Ismaïl Pacha de reconquérir toute l’étendue partant du Nil jusqu'aux grands lacs, pour le compte de l’Egypte, et d'y abolir la traite des Noirs. Après accord, Baker part à la tête d'une petite armée, fin 1869, pour parvenir, en juin 1870, à Khartoum. Outre l’hostilité des personnes qui tirent profit de ce marchandage horrible, les éléments vont lutter contre lui et le paludisme décime en partie ses troupes. Si bien qu’il ne parvient à Gondokoro que le 15 avril 1871.

 

 

 

 

Baker édifie une ville qu'il nomme Ismaïlia, en l’honneur du khédive. Baker va lutter sans cesse contre les trafiquants de tout poil, jusqu’en avril 1873, où il revient en Angleterre, laissant d'autres poursuivre une lutte qu’il pressent très longue.

 


Il meurt en 1893, dans le Devon.  

 

 

 

Bibliographie sur le web :

 

 

 

 

 

 

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