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Ahmosis Champollion, le déchiffreur et les défricheurs

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18. Karl Lepsius, toast au sommet de la Grande Pyramide

Par Ahmosis :: 28/10/2006 à 0:21 :: 9. Les successeurs de Champollion

Karl Lepsius, toast au sommet de la Grande Pyramide

par Ahmosis ©



Allemand né le 23 décembre 1810 à Naumburg (entre Iéna et Leipzig), vingt ans jour pour jour après Champollion, Karl Richard Lepsius se distingue tout d’abord en philologie classique, dont les maîtres les plus renommés de ce XIXème siècle se trouvent Outre-Rhin. Après la mort de Champollion, nul ne semble en mesure de reprendre le flambeau, y compris l’élève Rosellini.

Lepsius est remarqué, à 23 ans, pour une thèse sur une inscription latine et ses professeurs l’incitent à se diriger vers l’étude des hiéroglyphes. Seulement, l’égyptologie ne dit rien au jeune Lepsius, désireux d’asseoir sa position sociale, et voulant donc faire carrière, au lieu de se jeter dans des études qu’il juge peu propice à satisfaire son ambition.

 

 

Champollion en Egypte

 


Lors de son premier séjour à Paris, en 1834, il prend connaissance des écrits du savant Français et s’imprègne de la Description de l’Egypte, se rendant compte, au contact du monde savant parisien, que beaucoup de choses restent à faire en égyptologie, et qu’on peut y acquérir une renommée digne de ses ambitions.

Dès lors, il va se jeter dans l’étude des hiéroglyphes. Ensuite, il se rend en Italie, à Pise, où il a l’occasion de suivre les cours d'Ippolito Rosellini, et auteur du seul livre publié alors sur les découvertes de la mission franco-toscane.

Il se rend en Angleterre, où il peut voir la pierre de Rosette, que Champollion n’a jamais vue, et toutes les collections égyptiennes.

Lepsius parcourt toute l’Europe et visite les collections privées. Il rentre en Allemagne en 1839, avec l’ambition de visiter l’Egypte et d’y faire une mission plus approfondie que celle du déchiffreur. Il est convaincu que Méroé, en Ethiopie antique, va lui livrer des monuments plus anciens que ceux qu’on a découverts jusqu’ici  en Egypte, et affiliés aux pyramides des pharaons.

 

 

Karl Lepsius

 

 


En 1842, la troisième chaire d’Egyptologie européenne est créée à Berlin et il en est le titulaire ; il se voit confier la responsabilité d’une mission scientifique, dont le but sera de relever les inscriptions sur les monuments d’Egypte. Cette même année, paraît le livre de Lepsius, Das totenbuch der Ägypter.
Le kaiser Frédéric-Guillaume IV (qui sera surnommé le roi romantique) et l’impératrice Elisabeth sont à l’origine de cette nomination et lui ont accordé ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a eu, à savoir une totale absence de restriction de crédits, et il part avec 300.000 francs or.

 

 

Frédéric-Guillaume IV

 


En effet, le souverain est bien décidé à laisser l’empreinte de son règne pour les temps futurs. En outre, Frédéric-Guillaume IV, contrairement à son homologue français Charles X avec Champollion le jeune, n’a aucun a priori, et l’égyptologue pourra dire même ce qui va à l’encontre de la chrétienté bien-pensante.
Après avoir minutieusement préparé son expédition à partir des cartes de la Description de l’Egypte, il part pour l'un des berceaux de l’humanité, où il va rencontrer des conditions que n’aura jamais eues Champollion : des crédits ne limitant pas le champ de ses investigations, le double du temps, et un petit plus administratif.

 

 

Méhémet Ali

 

 


En compagnie de Brunsen, Lepsius arrive à Alexandrie et apporte à Méhémet Ali de somptueux présents, de la part du souverain prussien, ce qui va lui ouvrir toutes les portes des gouverneurs des provinces. D’autre part, le savant Allemand n’hésitera pas à renvoyer à Berlin, tous ceux qui contrarient ses ambitions, sans se soucier du mal qu’il peut faire et des carrières qu’il brise ainsi.
Dès son arrivée, il se rend à Gizeh, commençant sa campagne de Prusse. Le drapeau montre la direction du pays, d’où vient un vent frais, le jour de l’anniversaire de Guillaume IV, fêté au sommet de la pyramide de Khéops, où il laisse une inscription hiéroglyphique à la gloire du souverain.

 

 

 

Toast au sommet de la pyramide

 


Il ne comprendra jamais le peu d’intérêt de Champollion pour Gizeh (pas d'inscriptions pour confirmer sa méthode et pas assez de temps). Il y reste de longs mois et découvre, dans la nécropole, plus de cent trente tombes privées, dont il relève les bas-reliefs et emporte soixante-sept papyrus.

 

 

 

Pyramide de Saqqara

 

 


Il se dirige ensuite vers Saqqara, où il explore la tombe de Maya, qui s’occupa du trésor de Toutankhamon ; cette tombe sera recouverte par les sables et la carte dressée par l’allemand s’avérera bien utile aux égyptologues de la fin du XXème siècle.

Lepsius visite, durant cette même période, la pyramide à degrés et y démonte les linteaux et les montants d’une porte où apparaît le nom du pharaon qui a fait bâtir ce monument incroyable : Neterikhet.
Il n’y a qu’un seul problème : nul ne sait qui est véritablement ce pharaon. En 1899, sur une île proche de la première cataracte, on découvrira une inscription de l’époque ptolémaïque, où l’on cite le nom d’un pharaon qui a apporté paix et prospérité, Neterikhet Djoser ; ce souverain n’était autre que le second pharaon de la IIIème dynastie, ce que Lepsius ignorera toujours.

 

La pyramide avait déjà été visitée par Gerolamo Segato, en décembre 1821, et celui-ci, pendant trois jours, retranscrivit ses découvertes avec précision et s’étonna devant les deux chambres décorées de plaques bleues. Le vice-chancelier Segato trouva une momie dépouillée de ses trésors. Son journal brûla, tandis que la momie et les autres pièces trouvées dans la pyramide de Djoser, se perdirent dans un naufrage en Mer du Nord.

 

 

 

Pyramide de Meïdoum par Lepsius

 


Après Frédéric Nordsen, le danois qui visita l’Egypte en 1737, Lepsius s’intéresse au monument que l’on nomme Ahram al-Kaddah (fausse pyramide), à Meïdoum. Il suppose, en étudiant la pyramide, que sa grandeur est fonction de la durée du règne d’un souverain : plus celui-ci dure et plus il peut apporter d’aménagements au plan initial. Il ne visite pas l’intérieur de la fausse pyramide, dont tous ignorent qu’elle est en fait une vraie, sans doute la première, dont le revêtement extérieur aurait disparu, suite à une erreur architecturale ou lors d’une ponction un peu trop sévère des pierres par les habitants.

 

Dans le Fayoum, Lepsius découvre le labyrinthe, mentionné par Hérodote et Strabon, proche de la pyramide d’Amenemhat III à Hawara. Il remonte ensuite sur Thèbes. Marchant souvent sur les traces de Champollion et Rosellini, le jeune philologue allemand passe à Deir el-Bahari, où il dresse des plans et récupère des objets destinés au Musée de Berlin.

 

A la différence de Champollion, tombé sous le charme, tout comme le furent les membres de la Commission d’Egypte, Lepsius reste insensible à l’Egypte moderne, à la beauté de ses monuments antiques, et son seul intérêt pour le pays sera d’ordre philologique. Si le savant Français se préoccupait du sort des fellahs, l’Allemand ne semble pas apprécier cette population Arabe, pour laquelle il conserve les préjugés de la plupart des Occidentaux d’alors, et mentionne, au rang de plaie de l’Egypte, la musique arabe.

 

 


Emile Prisse d'Avennes

 


Emile Prisse d’Avennes est son exact contraire, lui qui a adopté la langue et les mœurs du pays. Ayant entendu dire que Méhémet Ali se disposait à détruire certains monuments de Karnak, l’ingénieur français fait démonter, en dix-huit nuits, la Chambre des Ancêtres. Lepsius qui la voulait est pris de vitesse et croise sur le Nil Prisse d’Avennes, lequel ramènera au Louvre le fruit de son "larcin", qui va lui interdire pendant quelques temps le sol égyptien.

 

Nordsen, qui signala la fausse pyramide, n’avait pu observer la porte fortifiée de Médinet Habou que depuis le Nil, au moyen d’une lunette. A l’instar de Champollion, Lepsius explore le site et, outre les inscriptions qu’il recopie, il prend les bas-reliefs qu’il transportera à Berlin.
En raison des cadeaux d’amitié offerts par le kaiser, Méhémet Ali est tellement bien disposé à l’égard de l’expédition prussienne qu’il leur laisse emmener beaucoup de matériel archéologique, faisant des jaloux, comme c’est souvent le cas dans les milieux scientifiques.

 

 

 

 


La tombe de Séthi 1er, découverte par Belzoni, dans la Vallée des Rois, est l’objet de l’attention de l’expédition prussienne qui en dresse un plan et recopie les décorations de la salle du sarcophage en albâtre, lesquelles montrent les connaissances en astronomie des anciens Egyptiens.

 

Dans sa quête d’inscriptions, Lepsius fait procéder à des fouilles à Thèbes, à l’endroit où Belzoni avait trouvé son colosse de Ramsès II, dans le Ramesseum. La partie arrière du temple est exhumée des sables, ce qui permettra aux habitants de démolir les murs en brique crue pour en récupérer l’argile.


Sésostris III avait fait creuser un canal de près d’une centaine de mètres, sous la première cataracte et pour commémorer cette réalisation, sur une île toute proche d’Eléphantine, une stèle fut élevée ; Lepsius la recopie, comme celle de Semna.

 

 

 

19. Karl Lepsius, Denkmäler et Musée de Berlin

Par Ahmosis :: 28/10/2006 à 0:01 :: 9. Les successeurs de Champollion

Karl Lepsius, Denkmäler et Musée de Berlin

par Ahmosis ©



Après bien d’autres, parmi lesquels Vivant Denon, le savant allemand tombe sous le charme de Philae. "La semaine que nous avons passée sur l’île sacrée fait partie des plus beaux souvenirs de notre voyage." Le 6 novembre 1843, il quitte Philae pour l’Ethiopie, en passant par la Nubie. Il escompte bien y trouver les traces d’une civilisation d’origine africaine, ancêtre de l’Egypte des Pharaons.

 

Sur les traces de Burckhardt , Belzoni , Champollion et Hay, l’égyptologue passe à son tour à Abou Simbel, en décembre, - il y reviendra en août de l’année suivante, au retour de son voyage au Soudan -, et en copie tous les bas-reliefs et prend des empreintes. Il s’est donc fixé pour objectif de dépasser Ouadi Halfa, où Champollion avait placé ses colonnes d’Hercule, dès le départ de la mission franco-toscane , et franchit très difficilement la seconde cataracte.

 

 

La seconde cataracte (Maxime du Camp)

 


A Djebel Barkal, s’inspirant de la méthode utilisée par Belzoni pour enlever la statue de Ramsès II, il ramène au bateau la statue monumentale d’un bélier représentant Amon, protecteur d'Amenhotep III. Il porte ensuite ses regards vers Méroé, déjà visité par Cailliaud entre 1819 et 1822, où il parvient de nuit et va aussitôt visiter les fameuses pyramides, sur lesquelles il fonde tant d’espoir.

 

Hélas, sa quête n’est guère satisfaisante, car il a sous les yeux, sans erreur possible, des pyramides de la basse époque, ne remontant pas au-delà du premier siècle avant Jésus-Christ. Il remporte tout de même une victoire pour la science ; le seigneur local, dans le but de trouver un éventuel trésor, se dispose à poursuivre le démantèlement des cent quatre-vint quatre pyramides.

Après discussions, le savant allemand, qui a très certainement utilisé la carotte et le bâton, parvient à obtenir l’arrêt de ce massacre.

 

 

 


Lepsius a été le premier à relever la présence des talatates à Thèbes (éléments de la dimension d’une brique, obtenus en rompant des pierres de plus grande proportion). Après Wilkinson, Hay et Nestor L’Hôte, il s’intéresse aux tombes de Tell el-Armana, en 1845, et, en douze journées, recueille d’importants renseignements pour les générations futures : Akhenaton, le pharaon "oublié" de l’ancienne Egypte, pourra sortir de l’oubli où le clergé d'Amon a tenté de le faire entrer à jamais.

 

Lepsius s’attache à réunir tous les éléments qui peuvent donner une idée de la durée du règne du souverain atypique et de la chronologie de la XVIIIème dynastie. Suite à ses résultats, d’autres égyptologues vont s’intéresser aux fouilles de la cité même.

 

 


Dessins de ce souverain inconnu dans le Denkmäler

 


A Tanis, outre les vestiges datant du règne de Ramsès II, que James Burton avait relevé en 1828, le philologue allemand met au jour des enceintes en briques crues, plus récentes, dont certaines datent de la dynastie des Lagides. C’est en ce lieu que sera découvert en 1866 le décret de Canope, trilingue et ptolémaïque comme la pierre de Rosette. Les théories de Champollion n’en seront que plus confirmées, car il en est encore qui les mettent alors en doute.

 

 

 


En 1846, un bâtiment amène en Prusse 294 caisses, avec 1500 objets, bijoux, papyrus, des chambres funéraires complètes, des sarcophages, une colonne du temple de Philae, un obélisque et le sphinx de Djebel Barkal, qui vont orner le Musée Egyptien de Berlin.

Lepsius a visité les ruines d’une trentaine de pyramides, plus de cent trente mastabas (dont beaucoup ont disparu depuis). Frédéric-Guillaume IV est tellement fier de ce que lui ramène l’égyptologue allemand qu’il décide de faire publier un ouvrage luxueux.

 

Lepsius va travailler aux douze volumes grand folio qui seront édités de 1849 à 1859, comprenant 894 planches, et qui seront désormais une référence en la matière : Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien (Monuments de l’Egypte et de l’Ethiopie). A propos du format de l’ouvrage, Mariette notera, avec humour, son aspect peu pratique :

"Pour consulter les Denkmäler, il faut s’assurer l’aide d’un caporal et de quatre hommes."

 

On peut regretter le prix trop élevé de l’ouvrage pour la bourse de l’égyptologue non fortuné à l’époque. Voici ce que Lepsius confie à Chabas, le 9 juillet 1862, sur le prix élevé de la publication :

"J’aurais désiré plus que personne de les rendre plus accessibles à la science ; mais une proposition faite par moi au Gouvernement, dès le commencement de la publication faite à ses frais, de faire paraître en même temps une édition sans luxe et à bon marché, destinée pour les égyptologues, ne fut pas acceptée."  

 

 

 

Denkmäler : Carrières de Toura

 


En 1851, il fait un compte-rendu sur les souverains amarniens, qu’il situe à la fin de la XVIIIème dynastie. Il retourne en Egypte en 1866 et y découvre le décret de Canope, compte-rendu d’une assemblée qui contribue à une meilleure connaissance du démotique.

 

 

 

Le précédent Musée de Berlin,
disparu lors de la 2nde guerre mondiale

 


Membre de l’Académie et conservateur du Musée de Berlin, il dirige la Revue pour la langue égyptienne (Zeitschrift für Ägyptische Sprache), fondée par Heinrich Brugsch. Il meurt à Berlin en 1884, après avoir consacré sa vie à l’Egypte et, même si certains ne manquent pas de faire remarquer qu’il a pillé les tombes et les monuments, il répondra qu’il a sauvé bon nombre de ses emprunts des véritables pillards, qui saccageaient tout à la recherche d’un trésor.

 

Tout comme Rougé en France, mais avant lui, il a relancé l’égyptologie, en léthargie depuis la disparition de Champollion, même si ses livres et surtout le Musée l'ont empêché de mener à bien une oeuvre plus importante.

 

 

Je n'apprécie pas le côté carriériste du personnage, mais il faut rendre cette justice à Lepsius : l'égyptologie aurait redémarré un jour, car une nouvelle génération arrivait. Mais bon nombres de temples et monuments ayant disparus, nous n'en conserverions pas la moindre trace. Des objets ont hélas été irrémidablement perdus dans les bombardements de Berlin, lors de la seconde guerre mondiale, et l'actuel Musée n'a rien à voir avec le Musée kitch qu'avait souhaité Lepsius.

 

 

Webographie :

 

20. Emmanuel de Rougé - début

Par Ahmosis :: 24/10/2006 à 19:14 :: 9. Les successeurs de Champollion

Emmanuel de Rougé : naissance d’une vocation
par Jean-Pierre Lastrajoli ©



Olivier-Charles-Camille-Emmanuel, vicomte de Rougé, naquit  le 11 avril 1811 à Paris, d’une famille issue de la chevalerie bretonne. Elevé chez les Jésuites où il apprit un mauvais grec, mais un bon latin, il opta pour la faculté de Droit à l’automne 1829, contrairement à la tradition militaire familiale.

 

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29 juillet 1830


Il se destinait au Conseil d’Etat, mais son père ayant démissionné à la Révolution de 1830, pour ne pas servir la dynastie d’Orléans régicide, il dut modifier, par la force des choses, ses projets pour l’avenir, et fréquenta ainsi la Sorbonne et le Collège de France. Il s’intéressa à l’hébreu et à l’arabe, et suivit les cours de Silvestre de Sacy.

 

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Sylvestre de Sacy


 

Curieusement le copte et les hiéroglyphes ne retenaient pas son attention.
Champollion mort le 4 mars 1831, sa chaire échut en 1837 à Letronne, un hélléniste, au terme de 6 années de vacance qui faillirent condamner la science égyptologique naissante. De Rougé s’était marié en 1838 avec une demoiselle de Gamay. A ce moment-là, il était retourné sur ses terres, menant une vie campagnarde, sans pour autant oublier l’hébreu et l’arabe.

 

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Champollion le jeune

 


Durant l’hiver, il venait à Paris afin de suivre des cours au Collège de France et étudier à la Bibliothèque Royale. Des témoignages d’Alfred Manry (1855) et de Jacques de Rougé (1907) concordent avec la tradition familiale arguant que, durant l’hiver 1836, tandis qu’Emmanuel de Rougé attendait un livre qu’il avait demandé, son regard fut attiré par la Grammaire Egyptienne de Champollion qui venait de paraître, et dont un exemplaire avait été oublié dans la salle de lecture. Il l’aurait feuilleté et aurait été séduit par les idées du regretté déchiffreur, et ainsi serait née sa passion pour les hiéroglyphes et la langue égyptienne.

 

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L’égyptologie se trouvait dans un passage délicat, car Champollion avait abordé la rive occidentale bien trop tôt, laissant ses élèves dans l’incapacité de prendre la relève. Lenormant,  Nestor L’Hote et Rosellini étaient orphelins d’un maître pour les guider. Les immondices produits par le sieur Klaproth suffisaient à faire douter de la réalité d’une découverte, malgré la défense de Jacques Joseph Champollion Figeac.

 

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Rosellini


 

Vivement intéressé, de Rougé entama une correspondance avec Lenormant, ainsi que Dubois qui avait travaillé sur le Panthéon Egyptien avec le déchiffreur. Letronne fut du lot et l'héllénistre, par des travaux à sa portée, mais de grand intérêt pour la connaissance de l'Egypte, ne portant la plupart du temps que sur l'époque ptolémaïque, fut donc le premier maître de Rougé.

 

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Jean Letronne


Ayant déjà repéré le zélé campagnard, Ampère l'avait jaugé au travers de quelques discussions. "Il y a, dans un château de province, un jeune homme qui se livre avec ardeur à l'étude des hiéroglyphes ; il ira loin s'il continue."

 

Rougé avait remarqué l'absence d'esprit critique chez les élèves de Champollion et seul, par la suite, Lepsius sembla en mesure de poursuivre l'oeuvre inachevée. Mais son voyage de trois ans en Egypte et son Denkmäler aus Aegypten un Aethiopien (Monuments de l'Egypte et de l'Ethiopie), puis le Musée de Berlin, l'empêchèrent de poursuivre utilement ses travaux.

 

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Karl Lepsius


D’emblée, Rougé se fixa pour objectif de posséder la maîtrise de la langue hiéroglyphique et si le démotique le tenta un moment, il s’en détourna pour se consacrer à son unique objectif. Il étudiait les inscriptions hiéroglyphiques et préparait un ouvrage, une Chrestomathie (du grec khrêstomatheia, recueil de textes choisis destinés à l’enseignement). Entamé en 1844, il le croyait prêt à être édité en 1849, mais une nouvelle inscription en différait toujours la fin, et, sans cesse, il reporta, tant et si bien qu’à sa mort, elle n’était point achevée.

 

De 1836 à 1846, Rougé étudia avec passion et se lança sur les traces de Champollion. Il oeuvrait dans l’ombre, ne se sentant jamais véritablement prêt, et y serait resté, si M. de Bunsen  n’avait jugé de faire paraître Aegyptens Stelle in der Wettgeschichte  [La place de l’Egypte dans l’histoire de l’Humanité] (Hambourg et Gotha, 1845-1857, 5 vol.). Bunsen reprenait la chronologie d'Eratosthènes  plutôt que celle de Manéthon, et tordait le cou aux textes pour les faire rentrer dans ce cadre. Théologien, il voulait concilier la religion (particulièrement la chronologie biblique) et les dynasties égyptiennes.

Tandis que l’Europe s’extasiait devant les écrits apparemment exacts du diplomate Prussien, parus sous l’aile bienveillante de Lepsius, Emmanuel de Rougé publia une critique courtoise (voir page 1 du Tome 1 des Oeuvres Diverses de Rougé, disponible sur le site gallica.bnf.fr). Bien que profondément religieux, le Français n’en demeurait pas moins historien et donc scientifique. Il signala que rien ne permettait voir en Eratosthènes le guide loué par Bunsen et qu’à ce titre Manéthon était mieux venu.

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Lenormant

 


L’érudition de Rougé fut remarquée et Vivien Saint-Martin, dont les travaux géographiques aidèrent tant Jules Verne, estima  « qu’on peut dire avec vérité qu’un des plus grands services que l’œuvre du savant prussien ait rendu à la science est d’avoir provoqué l’examen critique de l’égyptologue français. » Sa renommée internationale fut immédiate. Le plus difficile débutait alors, car il était aisé de critiquer, mais bien plus dur de proposer des idées qui ne fussent point critiquables.

 

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Il développa des idées déjà abordées dans sa critique, et détermina des nouvelles valeurs phonétiques pour le signe I10 par exemple (
D, Dt ), contre l’opinion qu’en avait Lepsius. Ce qui ne l’empêcha pas de commettre, comme dans tout début des erreurs qu’il corrigea par la suite. Cela ne l’empêcha pas d’écrire sur l’écriture démotique, négligée par tous les successeurs de Champollion, qui en eut une vision étonnamment exacte, et à laquelle seul Louis-Félicien-Joseph Caignart de SAULCY semblait s’intéresser. Rougé fut contraint de souligner les erreurs de Saulcy, qu’il avait apprécié, de prime abord, lorsque, à la lueur des écrits du Figeacois, il perçut les quelques erreurs du polytechnicien.     

 

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Dans le même temps, il rectifia les erreurs d’un débutant, Henri Brugsch (voir Mariette), éreinté par Lepsius, car il s’était fondé sur la théorie de Saulcy. Rougé se borna à souligner les excès de la méthode, discernant chez le futur collaborateur de Mariette un talent naissant. Brugsch, devant la courtoisie du Français, reconnut ses erreurs et le considéra dès lors comme son maître, d’autant plus que Lepsius lui avait interdit publiquement ses cours, ce qui lui fit écrire vers la fin de sa vie : « Je suis un autodidacte dans ma science, et, si quelqu’un a droit à ma reonnaissance (…), c’est seulement un Français, le vicomte Emmanuel de Rougé… ».  

 

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Henry et Emil Brugsch (source KMT)

 

En décembre 1848, Letronne s’en alla rejoindre Champollion. Pour le remplacer, on songea à Lenormant, à de Saulcy, mais également au tout récent Rougé sur la scène égyptologique, de même qu’à Prisse d'Avennes. Lenormant remporta les suffrages car plus ancien et auréolé de sa participation à la mission franco-toscane avec Champollion en 1828-1829. Les 10 années où Lenormant enseignera seront perdues pour la science, aux dires de Maspero

 

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Prisse d'Avennes


Clarac dirigeait le Louvre et Dubois
 qui avait assisté Champollion, s’occupait du département égyptien, découpant les vignettes des papyrus afin de les isoler des textes convaincu qu’ils étaient selon lui « un gallimatias épouvantable et qu’ils demeureraient toujours inintelligibles aux modernes. » Tous deux décédèrent à peu d’intervalle, et Longpérier et Duteil leur succédèrent en 1847.


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Adrien de Longpérier


Tandis que Duteil, en charge du département égyptien, passait le plus clair de son temps à mesurer les vases, perdu dans une ridicule obsession, Longpérier se soucia des statues égyptiennes importantes qui étaient exposées depuis le début à l’humidité à l’extérieur, sans que nul ministre ne se souciât de les loger dans une salle. Il obtint une salle au rez-de-chaussée et, assisté du jeune Mariette, les y logea.

 

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Par un effet demeuré mystérieux, Rougé se trouva nommé, à compter du 1er août 1847, conservateur honoraire du Musée égyptien. Le catalogue du Musée, jadis rédigé par Champollion, était épuisé et non à jour. Dès la fin de 1849, il publiait une Notice qui excluait le plus souvent les datations, car risquant d’offrir matière à discussion. « C’est une simple Notice exposant au public la nature de chaque monument et le principal intérêt qui s’y rattache. »


 

 

 

24. François Chabas

Par Ahmosis :: 21/10/2006 à 0:14 :: 9. Les successeurs de Champollion

 

 

 

 

 

François Joseph Chabas

par Ahmosis ©

 

 

Né le 2 janvier 1817 à Briançon et l’aîné de la famille, fils de Vincent Chabas, officier à la carrière interrompue par suite de l’amputation d’une jambe, François Joseph Chabas est d'origine modeste, quoique du côté de sa mère, Marie Ferrus, on compte un bon nombre de médecins.

 

"Dès son enfance, François Chabas montra un goût prononcé pour l’étude et préférait la lecture à tous les jeux." C’est ce qu’écrit son frère, Frédéric, dans sa Notice biographique. Lorsque François a 14 ans, il faut le placer en pension chez ses oncles pour des raisons financières, comme l’explique le même frère. "Obligé de diminuer ses charges, en raison de l’insuffisance de sa pension pour élever sa nombreuse famille, notre père, après avoir obtenu pour moi une bourse au prytanée militaire de la Flèche, plaça mon frère aîné dans sa famille à Nantes, et c’est de 1831 que date notre première séparation.

 

 

 

 

 

 

 

Parmi ses oncles, il s’en trouve un, encore jeune, et qui vient tout juste d’achever ses études classiques. Il met donc à la disposition du jeune François ses livres de classe et lui donne ses premières leçons de grec et de latin. Ceci a lieu le soir, car le neveu doit s’occuper le jour à son emploi de commis. Mais, il est doué et, rapidement, le voilà qui maîtrise ces deux langues anciennes, tout comme il possède la maîtrise de l’anglais grâce à un ami de la maison.

 

Il entre en possession d’une bible en hébreu qu’il entreprend de traduire tout seul. Constatant les résultats qu’il a obtenus seul, un linguiste l’aide dans la connaissance de cette autre langue. Voilà qu’en six années, Chabas a acquis de grandes connaissances linguistiques, durant les brefs loisirs d’un commis.

 

 

 

 

 

 

Il arrive à Châlons-sur-Saone  et doit s’y créer une situation, d’autant qu’il s’est marié en 1841. C’est donc vers le commerce qu’il va se tourner, y ayant été formé à Nantes. Dans le même temps, il rajoute l’allemand, l’italien et l’espagnol à ses cordes… vocales. Il est donc devenu négociant en vins et mène parallèlement des études dont le but n’apparaît guère pour l’heure. Il est de surcroît devenu conseiller municipal de Chalon-sur-Saône, président du tribunal de Commerce, de diverses sociétés savantes.

 

Champollion le jeune

 

 

A 35 ans, il tombe sur le Magasin pittoresque (dans le sens de magazine pittoresque), où il lit un article de Nestor L’Hôte expliquant le système hiéroglyphique de Champollion. Vivement intéressé, il ressent combien il est pénible de vivre en province lorsqu’on veut mener des études hiéroglyphiques. Son seul recours est Emmanuel de Rougé qui répond en ces termes à sa lettre :

"C’est toujours un grand plaisir pour moi, Monsieur, de constater un adepte de plus pour la science que nous devons à Champollion. Il y a là une riche moisson à faire ; le champ est vaste et peut donner place à une légion de travailleurs qui y récolteront à l’aise et sans se coudoyer, s’ils le veulent bien. Je n’ai que trop vu quel temps on perd dans les commencements, faute d’une bonne direction, parce que les ouvrages de Champollion étaient à sa mort trop incomplets." […]

"Pour se croire certain du sens d’un mot, il faut que ce sens vous rende raison de tous les passages où vous le trouvez employé."

 

François Chabas

 

 

Et Rougé de citer ceux qui ne s’impose pas cette rigueur, parmi lesquels Lepsius et Birch, et qui doivent revenir en arrière et se corriger. Au rang de ceux-ci Heinrich Brugsch qui "vient de faire paraître une traduction que je trouve insuffisante, mais que néanmoins vous ferez bien de vous procurer. Monsieur Brugsch est mon élève, et je m’en vante ; quoique je trouve qu’il soit devenu beaucoup trop facile pour lui-même et qu les sens nouveaux qu’il propose ne soient pas étayés de preuves suffisantes."

 

Rougé, après lui avoir indiqué qu’il lui envoie la toute nouvelle Notice des grands monuments du Louvre, lui donne un ultime conseil. "Le cours de M. Lenormant au Collège de France pourrait aussi vous être utile sous plusieurs rapports, quoique je trouve que ce professeur accorde, à mon avis, une trop grande place à l’imagination, et une trop petite à l’étude philologique."

 

C’est à partir de ces conseils de rigueur que François Chabas mène ses travaux, d’autant que Rougé lui a indiqué des livres essentiels à lire. Un an plus tard, le négociant est admis à la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, chose qui va l’aider dans ses travaux. De plus, la lecture d’un article de Rougé l’amène à écrire à Birch, le savant anglais plus disponible que Rougé dont les tâches commence à s’accumuler, du fait de sa notoriété grandissante.

Le britannique lui offre un exemplaire des papyrus hiératiques publié par le British Museum et dont la lecture va décider de la voie à suivre. Chabas se rend compte qu’il n’y a pas de recueils permettant à un débutant de se familiariser avec l’écriture hiératique.  Rougé doit bien publier "sous peu" sur le papyrus Sallier ; il n’en demeure pas moins que la sortie se fait attendre et continuait d’être reportée.

 

Chabas est un peu déçu de ce que Rougé finit par lui dire que, d’après les questions qu’il pose, il peut se passer de ses leçons (11 décembre 1855). La suite va prouver que le Breton a raison, puisque Chabas écrit à la même période, au sujet des inscriptions de Radesieh, qu’il espère les avoir comprises de manière satisfaisante. Théodule Dévéria, ancien élève de Lenormant, et à présent disciple de Rougé, va lui faire un accueil de nature à satisfaire Chabas, alors que Mariette lui adresse son mémoire sur les Apis.

 

 

 

 

 

 

Tout aurait été pour le mieux, s’il n’y avait le refus catégorique de l’Imprimerie Nationale de transmettre les caractères hiéroglyphiques à l’imprimeur de Chalon-sur Saône, malgré les interventions de Dévéria et Rougé. Monsieur de Horrack écrit : "Peu de personnes savent avec quels obstacles Chabas avait à lutter, pour publier le résultat de ses recherches. […] Il était obligé de dessiner et de graver lui-même les caractères nécessaires à la publication de ses livres."

 

C’est finalement Lepsius qui va le sortir en 1865 de l’embarras en lui adressant "une collection de types égyptiens de l’Imprimerie royale de Berlin." Nul n’est prophète en son pays, dit-on. C’est hélas trop vrai. L’étude sur les inscriptions de Radesieh paraît en mars 1856, publiée par la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône et tous le félicitent, dont Rougé, qui après avoir loué sa rigueur conclue :

"Continuez, et soyez sûr que votre place est marquée parmi les meilleurs interprètes des hiéroglyphes." Lepsius, lui-même, a écrit à cette occasion sa "satisfaction de rencontrer un nouveau travailleur dans le champ de l’égyptologie, dont la méthode de traiter les sujets fit espérer de grands résultats pour la science."

 

 

Prisse d'Avennes

 

 

 

Il commence à correspondre avec Goodwin, fin 1857, et Prisse d’Avennes, en février 1858, lequel lui promet de faire des estampages sur les régions des mines d’or exploitées par les anciens Egyptiens. Chabas se fait raconter dans quelles circonstances le Nordiste a acquis le fameux Papyrus Prisse qu’il est en train d’étudier. Deux mois plus tard, son étude paraît dans la Revue archéologique (voir  Papyrus Prisse BNF, format PDF pages 183-214), et son travail est, encore une fois, loué par Rougé. Le Breton regrettait qu’une certaine école se croit obligée de voir une mention du séjour des Hébreux en Egypte dans bon nombre d’inscriptions, alors que seule "la stèle de Méneptah, récemment découverte par M. Petrie, en fournit un témoignage concluant".

 

 

 

 

Le papyrus Prisse est composé de deux traités de morale : les Préceptes de Kagemni, vizir des rois Houni et Snéfrou, incomplet, et le livre des Maximes de Ptahhotep, vizir du pharaon Isési de la Ve dynastie. Chabas révèle ainsi au monde : "Il disait à son fils : Avec le courage que te donne ta science, discute avec l’ignorant comme avec le savant : les barrières de l’art ne sont pas encore emportées, nul artiste n’est encore doué de toutes ses perfections. La bonne parole luit plus que l’émeraude que la main des esclaves trouve sur des cailloux." Rougé félicite Chabas d’attirer "l’attention du public par l’intérêt qui s’attachait à ce traité de morale pratique, le plus ancien livre du monde […]".

 

La renommée de cette nouvelle publication le mit en contact avec un M. Harris, demeurant à Alexandrie, lequel avait déjà apprécié son mémoire sur Radesieh. Harris lui demanda donc son avis sur un papyrus qu’il avait du mal à interpréter et qu’on allait par la suite connaître comme le papyrus magique Harris. Chabas demanda des renseignements à Goodwin qui avait déjà étudié un papyrus magique, mais en attendant de plus amples renseignements, se chargea de la traduction de la publication de Birch sur le Papyrus Abbott (violation de sépultures à Thèbes sous Ramsès IX, voir sur Papyrus Abbott, BNF, Format PDF pages 275 à 305).

Le document parle de tombes royales en nommant les propriétaires et en donnant parfois la tombe voisine, ce qui pourrait s’avérer utile pour les archéologues à l’œuvre à Thèbes. C’est à cette époque que Horrack, ancien élève de Seyffarth (voir Champollion), entre en contact avec le Français.

 

 

 

 

 

Début 1859, le natif de Briançon publiait dans la Revue archéologique : Traduction et analyse de l’inscription d’Ibsamboul ; réfutation de M. Lenormant dans l’ensemble de ses traductions. Il mettait à mort les théories fragiles de celui qui enseignait au Collège de France, mais on lui reprocha la vivacité de cet écrit car il ne prenait pas de gants. De façon générale, on approuva le fond à défaut de la forme. La publication n’est hélas pas numérisée à la BNF.

 

"Une partie de la rédaction protesta contre l’insertion d’un article aussi violent, et déclara qu’elle retirait sa collaboration ; la Revue archéologique faillit périr du coup, et peut-être n’aurait-on pas réussi à la sauver, si Charles Lenormant n’était pas mort sur ces entrefaites, à Athènes, le 19 novembre 1859, vers la fin d’un voyage qu’il avait entrepris pour montrer la Grèce à son fils François." (Œuvres Diverses de Rougé, Biographie par Maspero page 58).

 

C’est donc, Rougé qui va prendre, pour le plus grand bien de la discipline, la chaire de Philologie et d’Archéologie égyptienne au Collège de France (nouvellement dénommée ainsi à la demande du Breton). En février 1860, Chabas reçoit un courrier de Mariette lui signalant ses découvertes dont celle de la statue en diorite vert de Khéphren : 

"déjà j’ai à signaler quelques bonnes découvertes. La plus importante est celle d’une statue colossale du roi Schafra de la Ive dynastie. Ce morceau est un chef-d’œuvre. Le roi est assis sur un siège dont les bras se terminent par des têtes de lion. Je doute que les statues de Turin elles-mêmes soient d’un art aussi avancé. La matière est une brèche verte d’une dureté incroyable, et la tête du roi est d’une conservation parfaite."

La lettre est rédigée depuis le chantier même : "Je vous écris au milieu du tumulte des ouvriers, et sur mon genou. C’est vous demander pardon, et pour le style, et pour l’écriture[…]"

 

Mariette

 

 

 

En décembre de cette même année, il publie enfin son œuvre sur le Papyrus magique Harris (voir transcription hiéroglyphique [avec translittération de Renaud de Spens] sur Thotweb : Papyrus Harris). C’est son œuvre majeure et il continue de produire de nombreuses contributions capitales pour l’avancée des études égyptologiques, tout en s’occupant de ses affaires, ce qu’il finira par payer de sa santé.

Mais pour l’heure, il parvient à mener de front les nécessités matérielles et les aspirations de l’esprit. Rougé lui écrira, le 13 mars 1862, qu’il ne le regardait "désormais non plus comme un élève, mais comme un confrère et un émule plein de mérite". D’ailleurs, l’Institut égyptien, présidé par Mariette, le nomme par acclamation membre honoraire, le 18 octobre 1861.

 

 

En novembre, un de ses articles, Mémoire sur le nom des Pasteurs et la peste, envoyé à la Revue archéologique s’égarant de façon inexplicable (certains pensèrent que la faute en incombait à M. Maury. Peut-être faut-il y voir une rancune non exprimée, née de son article si polémique contre Lenormant),  il dut le rédiger à nouveau.

Mais, comme il était en désaccord, dans ce mémoire, sur les idées précédemment émises par Rougé, il pensa que celui-ci était à l’origine de l’affaire. Dès lors, la pondération dont avait toujours fait preuve Rougé, lui devient suspecte et il croit y voir une volonté d’étouffer un adversaire en puissance. Il est pourtant injuste de songer à une telle hypothèse et voici une des preuves qui attestent le manque de fondement de la chose.

 

Le 30 janvier 1861, il se plaint de la réaction de Lepsius à une demande pour obtenir un fac-similé des Papyrus de Berlin nouvellement parus. "Lepsius a déclaré de vive voix qu’il serait plus facile d’extraire Chéops de sa pyramide que d’obtenir la précieuse livraison. C’est abominable !". Rougé lui enverra son exemplaire afin qu’il puisse le photographier et si ses travaux pourront se poursuivre sur les papyrus de Berlin, ce sera grâce au Breton.

Mais, depuis l’incident du mémoire égaré, une simple précision devient suspecte. Il publie sur le Papyrus médical de Berlin et Rougé lui fait remarquer qu’il n’est pas le premier : Heinrich Brugsch a déjà publié une analyse dans un journal allemand. Son ego exacerbé y voit une accusation feutrée de plagiat. Peut-être est-ce la conséquence du peu de répit qu’il laisse à son organisme entre ses affaires et ses études. Chabas ignorait l’existence de cette publication et d’ailleurs, il prendra contact avec Brugsch, alors dans le corps diplomatique.

 

 

 

 

 

 

Il publie, en mars 1862, en collaboration avec Goodwin,  ses Mélanges qui reprennent en partie le mémoire égaré. Il craint cependant qu'Emmanuel de Rougé interprétent les modifications ou les additions comme des remises en cause de ses résultats. En y ajoutant quelque chose, "il se défendait d’ébranler en rien le crédit que cette œuvre méritait". Les erreurs, dit-il, ont une importance limitée. L’ancien maître répondra à son cher confrère :