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00. BELZONI, l'aventurier de Padoue

Par Ahmosis :: 30/10/2006 à 21:18 :: 8 - Les contemporains de Champollion

Giambattista BELZONI, l’aventurier de Padoue

Par Ahmosis ©

 

 

 

 

En juillet 1817, d’après les indications qu’a données  Burckhardt, Giambattista Belzoni parvient à Abou Simbel, avec l’idée de dégager le temple des sables, mais il risque fort de se heurter au même problème que Drovetti.  

 

Qui est ce Belzoni qui, il y a deux ans à peine, ne connaissait pas l’Egypte ? C’est une drôle d’histoire qui commence à Padoue en 1778, puisqu’il y voit le jour, dans une famille peu aisée. Néanmoins, il peut se rendre à Rome à l’âge de 16 ans, il y suit des études d’hydraulicien, tout en s’intéressant à l’archéologie.

 

 

 


Pendant 16 années, il parcourt l’Europe où, pour gagner sa vie, il exerce les métiers les plus divers, dont celui d’hercule de foire, le Samson patagon. Car il est doté d’une force et d’une taille exceptionnelle qui le fera surnommer le Titan de Padoue. Il se produit avec les artistes des foires dans la péninsule ibérique, où une envie de nouveaux horizons le saisit.

 

Accompagné de son épouse Sarah, il s’embarque en 1814 pour Malte. Les crues du Nil lui ont donné une idée. En juin 1815, il se rend de Malte en Egypte, avec l’idée de vendre à Méhémet Ali une machine hydraulique de son invention, destinée à améliorer le système d’irrigation.

Ce projet ne reçoit pas d’écho favorable, dans la salle d’audience du Pacha, et il se retrouve sans argent et sans but. A Alexandrie, il est blessé par un soldat turc, au cours d’une altercation.

 

 

 

 

Fréquentant Burckhardt, Drovetti et Salt, ce dernier engage le Titan de Padoue pour effectuer des fouilles pour son compte, ayant décelé le tempérament nécessaire chez Belzoni pour mener à bien de telles recherches dans un pays où la force physique et l’esprit d’entreprise sont indispensables.

 

Le consul anglais lui demande s’il se sent capable de ramener de Thèbes à Alexandrie le buste du jeune Memnon, dont Burckhardt a parlé. Belzoni accepte cette mission, que d’autres ont refusée, la jugeant impossible à mener. Il s’agit du haut d’un colosse, dont la partie inférieure est toujours à Thèbes. "Je dois dire que sa beauté, sinon sa taille dépassait mon attente."

 

 

 

 


Pour obtenir l’autorisation de procéder à des fouilles, Belzoni se rend chez le cachef d’Ermant, deux jours plus tard et, pour embaucher de la main-d’œuvre, cherche à obtenir l’aval du caïmacan de Gournah qui restera évasif. Passant outre, il demande au cachef cette autorisation et l’obtient. Une course contre la montre va se jouer, devant la montée future des eaux du Nil en crue.

 

Le 27 juillet 1816, il fait fabriquer par le charpentier une plate-forme en bois, à partir de poutres carrées. Il fait lever le buste, à l’aide de quatre leviers, et demande à le placer sur le fardier confectionné par le charpentier. La sculpture est soulevée et un premier rouleau est glissé sous le fardier ; trois autres rouleaux suivront.

 

 

 

 


A l’aide de cordages, les vingt ouvriers tirent à présent le buste. Le soir, il constate qu’ils ont progressé de quelques mètres. Le lendemain, il doit briser les socles de deux colonnes pour permettre le passage du fardier et ainsi progresser qu’une quarantaine de mètres ; à la fin de la journée, il a un malaise causé par la fatigue et la chaleur.

 

Le 29 juillet, trouvant du terrain sablonneux, où le pesant fardeau s’enfonce, il doit faire un détour de près de deux cents mètres. S’il arrive à proximité du Nil, le 6 août au soir, le matin aucun ouvrier ne se présente pour mettre le buste en un endroit qu’il a repéré et où il serait à l’abri de la crue qui se poursuit.

 

 

 


Il apprend que le caïmacan a donné l’ordre aux ouvriers de ne pas l’aider dans sa tâche. Belzoni soupçonne Drovetti d’être à l’origine de ce coup, car il faut se rappeler que Salt, Drovetti et d’Anastazy, le consul de Suède (voir les papyrus Anastasi), se livrent une guerre sans merci pour le commerce des antiquités.

 

Le cachef débloque à nouveau la situation et le 12 août le buste de Memnon est hors d’eau. Le bateau suffisamment large pour le transport parvient en novembre et la partie du colosse parvient au Caire, avant de finir sa course au British Museum, où on lui attribuera le vrai nom du pharaon qu’il représente : Ramsès II.

 

 

 


Si le géant de Padoue a su montrer sa capacité à résoudre les problèmes sur le terrain, chacun restera songeur devant l’exploit réalisé par les anciens ouvriers Egyptiens qui mirent en place cette statue, alors entière. Drôle de destin que celui de ce colosse dont la partie inférieure trône à Thèbes, tandis que le partie supérieure est exposée à Londres.

 

Au cours de cette même année 1816, il visite le temple d'Abou Simbel, qu’il désensable partiellement, tandis qu’il a abandonné le buste du jeune Memnon sur les bords du Nil en crue et qu’il attend qu’on lui trouve un bateau adapté au transport.

 

 

 


Le cachef de Ballana suppose que si cet Européen de donne autant de mal pour enlever le sable, c’est qu’il a la certitude d’y trouver un trésor. Il donne son accord pour embaucher autant de monde qu’il le souhaite, en échange de la moitié des trésors qui seront dégagés.

La première difficulté à vaincre est de faire comprendre l’usage de la monnaie à des personnes qui ne connaissent que le troc, comme c’est le cas dans cette région d’Egypte, ainsi que Drovetti a pu en faire l’amère expérience.

 

Il envoie donc un des habitants de ce lieu, muni d’une pièce, vers son bateau et lui suggère de demander une denrée qu’on lui donne pour ce que la pièce vaut. Intégrant la valeur d’échange de la pièce, les ouvriers acceptent de démarrer les travaux, mais les outils rudimentaires, empêchant une progression rapide du chantier, il doit abandonner et retourner à son buste, avec l’issue que l’on sait.

 

 

Abou Simbel, dessin de Belzoni

 


Belzoni se transforme dès lors en chasseur d’antiquités, agissant pour le compte de Salt. Il va sympathiser, par exemple, avec des brigands, afin qu’ils lui montrent les momies qu’ils vendaient ; il s’empare donc des papyrus qu’on a jadis placé dans les sarcophages et les bandelettes.

 

Salt lui demande de réussir là où Drovetti a échoué et de retourner à Abou Simbel. Le consul de France a beau envoyer des menaces de mort au padouan, par l’intermédiaire de ses sbires, ce dernier, accompagné du secrétaire de Salt et de deux capitaines de la Royal Navy, revient le 4 juillet 1817 sur le lieu de son demi-échec ; le voici de retour, deux ans après, et il foule les rives proches du temple que pressentait Burckhardt.

 

 

 


L’aventurier italien obtient difficilement les autorisations nécessaires pour embaucher de la main-d’œuvre ; le cachef a visiblement été contacté par l’ennemi intime de Salt. Enfin, une semaine après son arrivée, les travaux débutent et les ouvriers travaillent avec une lenteur désespérante.

 

Le 16 débute le ramadan et, par conséquent, le chantier est déserté ; les Barabras absents, le géant de Padoue décide d’avancer avec les hommes d’équipage, les deux capitaines ainsi que le secrétaire, et constate que le désensablage avance bien plus vite de cette manière.

 

 

 


A la fin du mois, la partie supérieure de la porte est visible, au point que Belzoni peut ramper dans le temple ; cependant une chaleur estimée à 55°C fait retourner les intrus à l’extérieur. Un mur de pierres, assemblées avec de la boue, comme cela se pratique en méditerranée occidentale, est monté afin d’empêcher que le sable, en cas d’effondrement soudain, ne bouche l’entrée, piégeant des visiteurs condamnés au trépas.

 

Après vingt-deux journées d’un labeur intense, par une chaleur à peine supportable, tout le sable est enlevé et les quatre plus grands colosses des temps pharaoniques s’offrent au regard des voyageurs. Une fois la porte du temple franchie, le titan de Padoue et ses compagnons passent dans des salles taillées dans le roc.

 

 

Abou Simbel par Roberts

 


"Il s’agissait en fait d’un temple des plus magnifiques, embelli par de splendides reliefs, de superbes peintures, des figures colossales."

Voulant reproduire les bas-reliefs, il doit renoncer car "la chaleur était telle qu’elle ne nous permettait guère de dessiner, la transpiration de nos mains imbibant rapidement le papier." Il choisit de laisser ce soin aux voyageurs à venir, qui seront plus à leur aise lorsque la température sera retombée de quelques degrés, grâce au désensablage. Le 4 août, l’expédition revient, sans ramener de butin.

 

 

 

Belzoni ne reste pas longtemps inactif. Sans doute émoustillé par ces découvertes, une passion naît en lui pour les fouilles, même si ses méthodes sont discutables.

Il s’arrête aussi à Thèbes, et choisit un site qui surprend les ouvriers chargés de creuser : le lit d’un torrent en cas de fortes pluies. Dès le lendemain, une ouverture est visible et il est convaincu, à juste titre, d’avoir mis au jour une des tombes royales qu’évoquait Hérodote et Strabon.

 

 


Géographie de Strabon

 


Quand il emprunte le corridor, sa torche éclaire, pour la première fois depuis des millénaires, des peintures et des bas-reliefs qui l’émerveillent et lui confirment que son intuition était bonne. Il descend quelques marches, passe un nouveau corridor sublimement décoré, lui aussi, et se trouve face à un puits de neuf mètres de profondeur. A quatre mètres du géant de Padoue, il y a une ouverture, de l’autre côté du puits.

 

Belzoni doit retourner, afin de chercher l’équipement adéquat, et, le lendemain, il revient avec des troncs d’arbres, il franchit le vide et parvient à une salle qui donne sur une chambre. Remarquant dans la salle aux quatre paliers un escalier que les voleurs avaient découvert, il l’emprunte et avance dans un corridor aux parois plus richement décorées que les précédents, puis dans un nouvel escalier et enfin parvient à une pièce superbement illuminée de scènes d’offrandes.

 

 

 


En passant dans la salle suivante aux six paliers, il aboutit dans une dernière pièce ; une chambre semble avoir été taillée de manière hâtive, comme si le travail n’avait pu être achevé et le titan de Padoue en déduit que cette pièce n’a été qu’ébauchée. Dans une partie qu’il nomme salle d’Apis, il trouve les restes de taureaux embaumés et un sarcophage. Hélas pour lui, les voleurs étaient déjà passé par là.

 

"Ce tombeau magnifique, ayant neuf pieds cinq pouces de long sur trois pieds sept pouces de large, est fait du plus bel albâtre oriental : n’ayant que deux pouces d’épaisseur, il devient transparent quand on place une lumière derrière une des parois ; en dedans et en dehors, il est couvert de sculptures ;… Jamais l’Europe n’a reçu de l’Egypte un morceau antique de la magnificence de celui-ci. Malheureusement le couvercle manquait."

 

 

 

 


En inspectant les dalles, il aperçoit un escalier qui mène à un passage souterrain où il rampe durant près de cent mètres, avant d’être arrêté par l’obstruction du passage. Belzoni revient en arrière et, dans les jours qui suivent, recopie les fresques qui ornent la tombe, ainsi qu’il dessine le plan de celle-ci, et reçoit la visite d’un responsable local qui espère partager un trésor dont la rumeur s’est faite l’écho. Le représentant de Méhémet Ali finit par repartir, après s’être convaincu qu’il n’y avait rien à gratter.


Salt vient voir la fameuse tombe de Séthi 1er et le géant italien en repart en février 1818. Fidèle à ses habitudes, il ne reste pas inactif longtemps, car le consul anglais, qui n’a qu’à se louer de ses services, lui permet d’ouvrir un chantier à Gizeh, sur la seconde pyramide qu’Hérodote attribuait à Khephren.

Le 2 mars, il repère l’entrée principale, après avoir renoncé à emprunter la galerie que des voleurs ont creusée, mais qu’il juge trop périlleuse. Il parvient enfin dans la chambre funéraire, mais le sarcophage contient des os de bœuf ; un terrassier et un maçon, si l’on en croit les graffitis sur les murs, ont commis ce forfait.

 

 

 


En 1819, il visite Médinet el-Fayoum et l’oasis de Bahariyah, après avoir atteint, à la fin de l’année précédente, la Mer Rouge et Bérénice. En mai, il revient à la tombe de Séthi 1er, avec un médecin de Sienne, doté d’un excellent coup de crayon, Alessandro Ricci.

Celui-ci l’aidera à reproduire les bas-reliefs et Belzoni escompte, à partir des moulages qu’il en fait, faire une reconstitution grandeur nature du tombeau. Il ignore que sa découverte du tombeau de Séthi 1er est incomplète, car il a fallu attendre 1986 pour que l’on trouve la véritable salle funéraire du roi, le sarcophage trouvé par le padouan n’appartenant qu’à un proche du pharaon.

 

 

 


En 1820, il publie le récit de ses voyages et découvertes, qu’il n’hésite pas souvent à rendre plus attrayant par des effets de style et des nuées de momies. L’année suivante, il présente une exposition sur sa découverte de la tombe royale où sont visibles certains des moulages effectués, ainsi que le sarcophage qui sera acheté plus tard par le Soane Museum.

En 1822, on raconte que la péniche amenant la reconstitution de la tombe de Séthi 1er à Paris passe sous les fenêtres du lieu où Jean-François Champollion lit sa fameuse lettre à M. Dacier. Le déchiffreur va d'ailleurs rencontrer Belzoni et l'aider à rédiger sa notice, de façon anonyme, en raison des mauvaises relations de Bankes et du Dauphinois.

Au mois d’avril 1823, l'aventurier padouan projette une expédition des plus audacieuses. Il débarque au Maroc, d’où il rejoint le Sahara avec le but de découvrir Tombouctou et la source du Niger. Il meurt à Gwato, dans l’actuel Nigeria, en décembre 1823.

 

 

 

 


Il reste célèbre par ses découvertes et par la mise au jour du temple d’Abou Simbel, même si, le plus souvent, les méthodes qu’il utilisait afin d’avancer étaient discutables, comme l’emploi de l’explosif. Mais il était d’une époque où seuls les aventuriers allaient en Egypte, et où l’archéologie n’avait pas encore défini les méthodes et les buts qu’on lui connaît à présent.

 

 

 

Bibliographie sur le web :

 

 

 

 

 

16. Emile Prisse d'Avennes : la chambre des Ancêtres

Par Ahmosis :: 28/10/2006 à 0:30 :: 8 - Les contemporains de Champollion

Emile Prisse d'Avennes : la chambre des Ancêtres

par Jean-PIerre Lastrajoli ©

 

 

Celui qui a visité le Louvre a sans doute remarqué dans la salle 12 bis, la reconstitution de ce que l’on appelle la chambre des ancêtres, une chapelle, bâtie sous Thoutmosis III, qui comporte les cartouches de 61 pharaons. Le curieux a certainement lu la plaque qui mentionne l’origine de Karnak, la date à laquelle le monument fut ramené et le nom de Prisse d’Avennes. Pour celui qui ne s’intéresse pas de près à l’égyptologie du XIXème siècle, Prisse d’Avennes demeure un inconnu.

 

Emile Prisse est né à Avesnes-sur-Helpe, dans le Nord, non loin de Maubeuge, le 27 janvier 1807. Les Prisse sont d’une vieille famille noble galloise. Son père décède en 1814 et il est placé au collège, l’année suivante, par son grand-père paternel, avocat au parlement de Flandre et procureur domanial du duc d’Orléans au barreau, qui le destine au barreau. Cette perspective n’enchante guère le jeune Emile, c’est le moins qu’on puisse dire.

Il se réoriente vers l’Ecole royale des Arts et Métiers, à Chalons, où il entre en 1822, avec l’intention de se préparer à l’Ecole polytechnique. Son grand-père décédant quatre ans plus tard, le voici orphelin à 19 ans. Il participe au concours pour la Grande-Fontaine de la place de la Bastille, et son projet de fontaine de l’éléphant est très remarqué, mais ne décroche pas la timbale.

 

  

 

Lorsqu’éclate la guerre d’indépendance de la Grèce, le jeune Emile s’engage, par un de ces phénoménaux élans du cœur, qui décident bien souvent du cours d’une vie, dans le corps des philhéllènes et participe ainsi à l’intervention française, dont il a été question, avec la bataille de Navarin, tandis que Champollion s’affaire au Musée du Louvre, collant les papyrus sur carton.

Ayant eu à combattre les Turcs et les troupes envoyées par Méhémet Ali et conduites par son fils Ibrahim Pacha, tout aurait dû concourir à l’éloigner de l’Egypte. Pourtant, au lieu de rentrer en France, il suit les armées égyptiennes et est embauché par le vice-roi d’Egypte qui cherche des techniciens étrangers, afin de moderniser le pays. Voici donc Emile Prisse ingénieur civil et hydrographe, ayant bu l’eau du Nil avant Champollion.

 

Il devient professeur de topographie à l’école d’artillerie de Hanka et professeur de fortifications à l’école de Damiette. Il perd cette emploi et laisse parler son goût de l’aventure. Il laisse le Delta et le voici qui descend vers le Sud jusqu’à Abou Simbel, avant de revenir à Thèbes.

Doté d’un indéniable talent artistique, le néo-égyptologue, car on devenait aisément égyptologue, à l’époque, et la concurrence n’était pas aussi rude, signe ses dessins et acquarelles Prisse, Prisse d’Avesnes, et il recopie les bas-reliefs dont la conservation l’inquiètent, et en effectue des moulages. Ceux qui l’inquiètent le plus sont les blocs provenant des édifices d’Amenhotep IV, qui après avoir été démolis dans l’Antiquité, servent de matériau pour la construction en ce XIXème siècle.

 

Méhémet-Ali ayant interdit de prendre des monuments, Prisse d’Avennes respecta par crainte de se voir infliger une des peines les plus sévères, car il n’était pas un de ces consuls-antiquaires.

Son fils nous explique : « Du reste, pendant son séjour en Egypte, il eut plusieurs fois l’intention d’enlever le précieux monument chronologique pour en faire don à la France, mais – bien que son audacieux dessein fut entièrement désintéressé – la hantise, la crainte du blâme, l’avaient toujours retenu. »

 

 

Sa crainte de représailles est diminué lorsqu’il constate que les fellahs, sur ordre du pacha démolisse des monuments, afin de construire ses fabriques. Le vice-roi « leur imposait à fournir un quintal de pierre à raison de chaque feddan qu’ils cultivaient. » De plus, il apprend qu’une expédition prussienne est arrivée en Egypte, menée par Lepsius, et qu’en raisons des cadeaux faits au vice-roi, l’expédition prussienne pourra emporter des monuments, car les gouverneurs ont reçu des ordres dans ce sens.

Il faut savoir par exemple que Prisse d’Avennes avait trouvé dans la maison d’un particulier, à Assouan, le plus petit obélisque connu : 2,20 mètres. « Néanmoins, il avait pu heureusement prendre dessin et moulage de ce petit monument qui, après avoir figuré au Musée du Kaire, passa ensuite, on ne sait trop comment, en Angleterre au muséum d’Alnwich-Castle. » On relève le cartouche d’Amenhotep II sur l’obélisque.

 

Dans son esprit va alors s’échafauder un plan, afin de sauver un monument auquel il attache une grande importance et qui avait été signalé par Champollion, lors de son passage en 1828, mais qu’il voit menacé d’un côté par l’expédition prussienne, et qui quitterait de toutes façons, les rives du Nil, et d’un autre côté par des fellahs impovisés démolisseurs qui portaient « leur destruction partout où la facilité du travail les attirait, sans égard, et du reste, inaccessibles, comme bien on le pense, à tout sentiment d’appréciation ou de vénération pour la haute valeur des documents historiques qu’ils détruisaient. D’ailleurs, comment auraient-ils pu en avoir devant les ordres d’un pacha qui lui-même n’en avait pas ? »

 

Ce monument à sauver était la Salle des Ancêtres, dont les bas-reliefs, aux couleurs magnifiquement conservées, énumèrent une imposante série de souverains, formant ainsi une précieuse chronologie. Aussi, avant de commencer à desceller les pierres, Prisse d’Avennes entreprend « un estampage en papier de ces reliefs, pour témoigner de l’état dans lequel ils se trouvaient alors. »

 

Lepsius

 

Si Lepsius n’apprécie guère les Egyptiens modernes, (pour parler sans détours, il les méprise), Prisse d’Avennes est à l’opposé de sa démarche et a depuis longtemps adopté les mœurs et la langue du pays. Le savant d’outre-Rhin a lu les lettres de Champollion, parues un peu partout en Europe, et a l’intention de mettre la main sur la précieuse chronologie.

 

Lepsius qui la voulait est pris de vitesse et croise sur le Nil Prisse d’Avennes, lequel ramènera au Louvre le fruit de son "larcin", qui va lui interdire pendant quelques temps le sol égyptien. Travaillant surtout la nuit, afin de ne pas attirer l’attention, éclairé par la lune, ou à défaut par les torches-bougies, « bien que chaque matin à l’aube, afin d’éviter toute surprise, les travaux étaient recouverts, avec cet art particulier que seuls connaissent les Arabes habitués à la vie du désert, pour n’être repris, le plus souvent qu’au plus fort de la chaleur qui, naturellement, éloignait les curieux du théâtre de l’opération» Prisse d’Avennes réussit à enlever la Chambre des Ancêtres à la barbe de Lepsius.

 

La légende voudrait que les deux se soient croisés sur le Nil, Lepsius montant à bord de l’embarcation du Français, et qu’ils auraient discuté sur la caisse contenant la chronologie. Le fils n’en dit mot, et il faut mettre cet épisode sur la façon qu’ont certains d’embellir les histoires. Après tout, elle ne nuit en rien à l’histoire réelle.

Toujours est-il que Prisse d’Avennes parvient au consulat de France et rapporte en France la fameuse Chambre des Ancêtres, ainsi que ce qu’il attribuera à Ramsès XV, lequel n’a jamais existé, et qui est en fait Ramsès II (stèle de la fille du prince de Bakhtan, Louvre C284), ainsi qu’une stèle de l’Ancien Empire et une autre du Nouvel Empire, sans oublier un bas-relief « du pharaon Basch-en-Aten-rê, (…) Sur ce bas-relief, le pharaon est représenté brûlant de l’encens à « Aten-re » le dieu-Soleil, sous la forme d’un disque d’où partent de nombreux rayons terminés par des mains qui caressent le pharaon.»

Stèle d’Akhenaton (Musée de Berlin)

« Le pharaon désigné ici sous le nom de Bash-en-Aten-ré, « La splendeur d’Aten-re » appartenait à la XVIIIe dynastie, quoique son cartouche ne se retrouve pas dans les listes monumentales. Son nom primitif, Amounôph, fut changé par la suite en « Bash-en-Aten-re », qu’il adopta tout en conservant son prénom de règne, lorsqu’il se fit le fervent adorateur du soleil. Les monuments antérieurs à ce culte exclusif et passager portent le nom de « Bash-en-Aten-re » gravé en surcharge sur celui d’Amounôph, qu’il fit marteler en même temps que les noms et les attributs des divinités métamorphosées, par son ordre, en diverses formes du dieu-Soleil. »

Enfin, il y avait, en plus des différents moulages, un très antique papyrus qui allait être nommé le Papyrus Prisse d’Avennes.

  

Champollion avait souligné, lors de son passage en Egypte, l’importance de la Chambre des Ancêtres. Le papyrus Prisse sera donné, quant à lui à la Bibliothèque Nationale. Lors de son séjour à Paris, Prisse d’Avennes va rencontrer Maxime du Camp, qui fera de superbes photos, en Egypte, cinq années plus tard, et Théophile Gautier qui écrira, en 1857, l’année où Baudelaire lui dédie Les Fleurs du Mal :

« Les cheveux de la jeune fille, d'un noir brillant tressés en fines nattes, se massaient de chaque côté de ses joues rondes et lisses, dont ils accusaient le contour, et s'allongeaient jusqu'aux épaules ; dans leur ombre luisaient de grands disques d'or en façon de boucles d'oreilles. La robe, quadrillée de larges carreaux, se nouait sous le sein au moyen d'une ceinture à bouts flottants, et se terminait par une large bordure à raies transversales garnie de franges. » (Le Roman de la Momie)

 

Prisse d’Avennes participe à de nombreuses revues, et, à partir des documents et dessins qu'il a ramenés, il commence à rédiger les trois œuvres qui vont le rendre célèbre dans le petit monde de l’égyptologie et de l’orientalisme : "Les monuments égyptiens ", "Histoire de l'art égyptien", et "L'Art arabe d'après les monuments du Kaire".

Napoléon III le chargera alors de missions scientifiques et artistiques, mais également commerciales. Il part donc de 1858 à 1859, puis l’année suivante. A Alexandrie, il est nommé membre honoraire de l’Institut Egyptien.

Seulement, Saïd Pacha est en train de former une collection pour le Musée Egyptien que dirige Mariette, et le souverain égyptien ne souhaite pas lui délivrer de firman, car il se méfie de cet aventurier qui a dérobé des monuments, malgré l’interdiction, quelques années auparavant. Prisse d’Avennes n’obtiendra le précieux document que contre la promesse sur l’honneur de ne rien emporter. Il la tiendra, avec des regrets, se bornant à faire des photos et des estampages.

 

 

Il se rend à Assouan, à Philae, à Thèbes et à Memphis. A Thèbes, il effectue le travail que n’avait pu faire Champollion, faute de temps et de moyen, à Médinet Habou, estampant les bas-reliefs historiques, après les avoir en partie dégagés. N’ayant eu qu’un budget assez minime pour faire ces voyages, il dut se priver et vivre chichement.

Il rapporta néanmoins des calques des peintures (aussi bien antiques qu’Islamiques ou Coptes), avec les couleurs reproduites avec une absolue fidélité. A cela s’ajoutait quelques 300 dessins, des photographies des sculptures, détails d’architecture et des monuments du Caire, avec des plans, des coupes : une vraie mine d’informations pour les générations à venir.

 

En raison de la qualité de ses services, le gouvernement impérial lui proposa de le nommer ambassadeur à Costantinople. Cependant, il désirait se consacrer à ses œuvres en cours. En 1874, il se voit proposer de nouvelles missions par la IIIème république, mais ne peut les mener, car déjà très malade. Il décède en 1879, laissant un héritage inestimable sur les arts de l’Egypte.

 

 

17. John Gardner Wilkinson : un patient anglais

Par Ahmosis :: 28/10/2006 à 0:25 :: 8 - Les contemporains de Champollion

John Gardner Wilkinson, un patient anglais

Par Ahmosis ©

 

 

 

 

 

Né en 1797, John Gardner Wilkinson, un anglais très cultivé, vient en Egypte au prétexte officiel d’améliorer sa santé, à l’âge de 27 ans. Il y séjournera jusqu’en 1836.  

 

D'emblée, il se rend à Thèbes, où Emile Prisse d'Avennes avait le premier attiré l’attention sur des blocs que l’on dérobait sur le temple d’Amon, pour la construction d’une usine de salpêtre, à l’initiative de Méhémet Ali ; Prisse d’Avennes montre à Wilkinson les croquis qu’il a faits des inscriptions de ces pierres.  

 

 

 


En 1826, ce dernier revient à Thèbes faire des copies des bas-reliefs de Tell el-Armana, alors que le déchiffrement effectif des hiéroglyphes n’en est qu’à ses débuts et que la justesse des théories de Champollion
 n’est pas encore démontrée et leur usage encore peu répandu.

 

Les sujets qui sont abordés sur les bas-reliefs qu’il vient de reproduire sont d’un genre à part, puisqu’ils décrivent des scènes intimistes (on y voit Akhenaton en compagnie de son épouse Néfertiti ainsi que de leurs enfants, et le style de représentation artistique sera dit amarnien). Lors de leur publication, les copies de Wilkinson ont attiré l’attention des égyptologues sur cette cité de Tell el-Armana.

 

 

 

 

 


Toujours en 1826, il s’installe à Thèbes et se propose d’étudier méthodiquement les différents secteurs de la ville. Il cartographie la cité et la découpe en secteurs baptisés du nom arabe actuellement utilisé.

Au sud-ouest de Médinet el-Fayoum, un an plus tard, l’obélisque d’Abgig gisait, en dehors de toute agglomération, et Wilkinson en recopie les inscriptions en cette période d’ébullition hiéroglyphique.

 

En 1830, avec Hay, il visite les tombes quasi-rupestres sur le site où l’on découvrira les tombes des trois rois Antef, en face de Karnak, tout à côté du village d’el-Tarif.

 

 

 


Quatre années plus tard, dans la nécropole de Beni Hassan, il recopie les textes des tombes rupestres. Il publie en 1835 Topographie de Thèbes et vue générale de l’Egypte. Dans cet ouvrage, le nom de Deir el-Bahari est mentionné pour la première fois.

L’année suivante, il revient en Angleterre et publie Customs and manners of the ancient Egyptians, en trois volumes. Il a écrit, en outre, Necropolis at Thebes. En 1838, il reçoit le titre de Lord de la jeune reine Victoria.


Il revient en Egypte en 1848, 1849 et 1855. Deux ans plus tard, Sir John Gardner Wilkinson conseille au collectionneur Henry Abbott d’acquérir un document qui sera désormais connu sous le nom de papyrus Abbott.

On doit aussi à l’égyptologue les dessins admirables qui ont permis la traduction précise des textes d’Héracléopolis. L’Egypte a visiblement été bénéfique à sa santé, puisqu’il s’éteint à l’âge de 78 ans.

 

 

 

Bibliographie sur le web :

 

 

 

 

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