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07. Une serrure fort rouilléePar Ahmosis :: 30/10/2006 à 18:00 :: 4 - Champollion - Italie et Musee
"Une serrure fort rouillée" par Jean-Pierre Lastrajoli © Il se sont servis de l’hypothèse de l’abbé Barthélemy qui affirmait que les symboles contenus dans les cartouches étaient les noms des monarques de l’ancienne Egypte. "Par les travaux de MM. De Sacy et Ackerbläd, l'écriture vulgaire des anciens Egyptiens exprimait les noms propres étrangers par le moyen de signes véritablement alphabétiques."
Philae
En 1814, le docteur Thomas Young parvient non seulement à confirmer que le nom identifié par Ackerblad et Silvestre de Sacy est bien celui de Ptolémée, mais que l’autre nom contenu dans les cartouches est celui de Cléopâtre et qu’ils ont des symboles en commun qui ne peuvent avoir pour valeur que P, T et L. Aussi, il opte pour une valeur purement phonétique des hiéroglyphes, mais il lit des noms tels qu’Arsinoé, ce qui inspira la lettre ironique de Champollion à propos du passe-partout.
Mais Young ne peut apporter le sens de cette écriture, ni sa relation avec la langue parlée, et par voie de conséquence ne propose aucune grammaire. De même, comme la Commission d'Egypte en France, il ne distingue pas assez le démotique et le hiératique. En 1816, il est convaincu de la valeur alphabétique des signes hiéroglyphiques, tout comme les savants de la Description de l'Egypte. Par le biais de l'alphabet d'Ackerbläd, il tente, en ajoutant plusieurs nouveaux signes, de traduire le texte démotique.
Champollion, trop curieux de tout ce qui a trait à l’Egypte, ne peut pas ignorer cette approche, mais Young ne propose aucun système. Certains voudraient mettre le natif de Figeac et le brillant docteur sur un pied d’égalité, en ce qui concerne la découverte de la signification des hiéroglyphes : ce serait comme affirmer que celui qui a découvert le principe du moteur à vapeur doit tout à celui qui utilisa en premier le silex pour allumer un feu.
Sa santé n’est pas des plus brillantes : il a le teint plutôt pâle et souffre de malaises qui se traduisent par des bourdonnements d’oreille et des évanouissements, sans parler de ses bronches qui sont fragiles. Il donnera d’ailleurs toujours des nouvelles de sa santé, lorsqu’il écrit à Figeac, durant de ses voyages à l’étranger. A 31 ans, il paraît plus que son âge.
Dacier, lors bu bannissement à Figeac des deux frères Champollion, se désolait de voir des esprits aussi brillants tenus à l’écart. Tandis que le baron fraîchement éclos, Silvestre de Sacy, regarde vers l’étranger pour trouver l’Œdipe capable de déchiffrer l’énigme du Sphinx, le Baron Dacier, mû par un sentiment patriotique, est convaincu que la clé du mystère sera percée par un français. En 1821, Figeac, fidèle à son rôle d’ange gardien du jeune Jean-François, le met en relation avec l’érudit qui fait partie de l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres depuis 1772, qui en est le secrétaire perpétuel depuis 1783, membre de l’Institut en 1795 et qui sera reçu à l’Académie Française en 1822. Bon Joseph Dacier a dû se cacher pendant la Terreur. D’emblée, le baron prend l’homme jeune d’une trentaine d’années en sympathie et lui assurera sa protection, lui faisant obtenir la caution scientifique de l’Académie pour ses travaux. Jomard doit en être malade, d’autant plus que Champollion le jeune lit à l’Académie des Inscriptions, le 27 août, son Mémoire sur l’écriture hiératique, où il souligne la parenté des trois écritures. Saghîr a répertorié tous les signes démotiques et hiératiques, faisant des fiches. Il y en a plus de 300, ce qui écarte l’hypothèse d’une valeur uniquement alphabétique des signes. Il avance donc l’idée que le démotique et le hiératique sont régis par les mêmes règles et solidaires.
En octobre, paraît dans la Revue encyclopédique, une lettre que l’auteur a préféré ne pas signer. L’auteur regrette que le patriotisme, louable certes, participe au pillage des temples égyptiens, et s’inquiète du devenir du temple de Dendérah, dont il pense que le plafond est à présent menacé de destruction.
A l’instar des Romains, il convient plutôt d’importer les obélisques. Quant au zodiaque, "s’il sortait de France, il n’y aurait plus moyen de se consoler de la mutilation du temple de Dendéra." Toute l’approche de l’égyptologie est contenue dans cette lettre non signée de Champollion le Jeune.
En cette année, il lira un mémoire sur le zodiaque, où il réfute sa très grande ancienneté ; cette communication va lui être bénéfique, même si elle n’est guère spectaculaire. Jomard fait partie de ceux qui sont certains d’une très grande ancienneté du temple.
La France, ayant à rembourser les emprunts que Corvetto avait contractés auprès des banques Baring et Hope, pour anticiper le paiement de la contribution de guerre, ne peut acheter la fabuleuse collection réunie par le Consul général d’Egypte à Alexandrie, Bernardino Drovetti. C’est le roi de Sardaigne et du Piémont qui en fait l’acquisition, et la collection parviendra à Turin, dont une aile de l’Académie se transformera en musée.
collection Drovetti à Turin
Après avoir longtemps cru que seuls les noms de souverains étrangers étaient retranscrits grâce à des signes phonétiques, il s’aperçoit que même celui des divinités étrangères est écrit de la même manière ; il finit par opter pour une hypothèse hardie : certains hiéroglyphes ont une valeur phonétique, d’autres expriment une idée au sens propre et les derniers au sens figuré.
Ramss
Thôtms
Il dormira cinq jours, avant de recouvrer ses sens. Le 21 septembre, il a suffisamment récupéré pour expliquer sa découverte à son frère qui prend des notes, dans le but de faire une communication à l’Académie. Le lendemain le manuscrit est lithographié, afin de pouvoir être remis à chacun des participants à la séance. Le 27, mis au courant de l’affaire par Dacier, Sacy invite à faire sa communication le jour même. L’histoire dit qu’au moment même où Champollion expose son système de déchiffrement, les éléments de la reconstitution de la tombe de Séthi 1er, découverte par Belzoni dans la nécropole thébaine en 1817, passe sous les fenêtres de l’Académie, à bord d’une péniche.
Ainsi commence la fameuse Lettre à M. Dacier, discours rédigé par Figeac, à l’exception du tableau, et lu en présence de Thomas Young. Il y reconnaît être redevable, pour étudier les textes de la stèle de Rosette aux premières notions de "M. Silvestre de Sacy, et successivement à celles de feu Ackerbläd et de M. le docteur Young". Il annonce que les écritures égyptiennes ne sont indéniablement pas des écritures purement alphabétiques. Il affirme que l’écriture phonétique égyptienne peut être comparée au phénicien, à l’hébreu, le syriaque, l’arabe où seuls subsistent les consonnes et les voyelles longues, laissant à la science du lecteur le soin de suppléer le voyelles brèves.
Saghîr est conscient de la portée de sa découverte. Le 15 octobre, il écrit à André, le frère de son épouse Rosine : "Au moment où je terminais à l’Institut la lecture d’un fort grand mémoire composé en grande partie à Grenoble, mémoire qui parut fort important par lui-même, mon bon ange me conduisit à une de ces découvertes littéraires qui suffisent pour établir à perpétuité la gloire d’un savant."
Une serrure effroyablement rouillée
La seule chose que sa communication lui a rapporté, dans l’immédiat, est une lettre du jaloux Jomard et des rencontres instructives avec Belzoni, le titan de Padoue. En effet, monseigneur Frayssinous, Grand Maître de l’Université, ne pardonnant pas les méthodes d’enseignement mutuel, ne semble pas plus disposé à présent, qu’il ne l’était auparavant, à faire entrer le loup républicain dans la bergerie.
Belzoni
Thomas Young, en vertu de publications faites en 1816 et 1819, pense être à l’origine de la découverte de Champollion le jeune, alors que sur les valeurs des treize signes avancées, huit étaient à côté de la plaque. Le physicien anglais n’a pas perçu la double nature alphabétique et idéographique des hiéroglyphes, de manière conjointe. Avant la mi-janvier 1823, se trouvant à la salle des ventes, où un texte de la collection Duvant va être mis aux enchères, dans le but d’en copier les inscriptions, il rencontre un personnage qui va avoir une importance capitale, par la suite. Jean-François expose à l’inconnu son amertume d’avoir vu la collection Drovetti partir pour le Piémont, après avoir été proposée à la France. Le Duc Blacas d’Aulps, proche du Roi, lui promet de le soutenir. Le dauphinois endiablé et l’ami de la Religion, par la passion commune qu’ils ont pour l’Egypte, vont sceller une amitié qu’aucun événement ne brisera et que rien ne laissait présager, en raison de leurs divergences politiques. Blacas obtient un présent de Louis XVIII à Champollion, où le souverain lui reproche, à mots feutrés, de ne pas lui avoir dédié sa découverte ; en fait, il s’agit plus d’une reconnaissance que d’un reproche.
Lettre de Champollion
Le royaliste, proche du comte d’Artois, a aménagé un musée dans son hôtel et le républicain dauphinois est invité à le visiter. Des liens d’estime se créent entre les deux hommes et cette relation va être bien utile au jeune savant. Si ce dernier méprise ses détracteurs, il n’oublie jamais ceux qui l’ont aidé, comme l’atteste sa correspondance.
Le comte de Villèle
Au moment où le voyage de Jean-François en Angleterre va être rendu possible, afin de vérifier son système et d’approcher ses chers monuments Egyptiens, Louis XVIII, manipulé par le comte d’Artois, déclenche une expédition en Espagne, laquelle compromet tout.
Louis XVIII assistant au retour des troupes d'Espagne
Par ailleurs, un célèbre naturaliste et voyageur, Alexander von Humboldt retrace les découvertes récentes de Young, en littérature hiéroglyphique et son alphabet original augmenté par M. Champollion.
Au moment où le déchiffreur va se séparer de Thévenet, qui retourne en Isère, après avoir assisté à cette phase décisive dans la vie de son ami, un importun, demandant avec insistance une critique du système astrologique de Gulianoff, se voit opposer un refus. Une inimitié vient de naître, et le sieur Julius Klaproth fera parler de lui, ce dont ce personnage vil et inintéressant a toujours rêvé.
En compagnie de Jean-Joseph Dubois, il travaille à un ouvrage qui va permettre de mieux appréhender la vie quotidienne des anciens Egyptiens. Le Panthéon Egyptien va révéler au monde moderne quels sont les dieux que l’on vénérait sur la terre des pharaons, quel est leur nom véritable non hellénisé ou latinisé, quels sont les liens familiaux entre les différentes divinités, ce qu’elles représentent et quelles sont leurs légendes. La source est, cette fois-ci, purement égyptienne, puisque puisée dans les manuscrits auxquels les deux auteurs ont pu avoir accès. C’est toute la mythologie de l’Egypte ancienne qui se dessine et comment mieux appréhender une civilisation que par sa perception religieuse du monde. La publication est jugée prématurée par Jean-François, mais nécessaire, afin de répondre aux attaques qui se poursuivent. La première parution a lieu en 1823 et il y aura quinze versions jusqu’à 1831, date de la dernière mouture. Progressivement ses idées rencontrent un écho favorable hors du pays, et des ecclésiastiques anglais se disent prêts à le recevoir, tandis que Wilhelm von Humboldt, le frère d’Alexander, défend les théories du Français. En son pays, où il n’est pas prophète, les querelles de clocher empêchent Champollion de progresser plus rapidement.
Documents sur le web : Voir Lettre à M. Dacier (format PDF). Toujours dans le même document, à la BNF, un fort long mémoire de Thomas Young (en anglais). Aller juste après la page 52. 08. Le colombarium de l'HistoirePar Ahmosis :: 30/10/2006 à 17:40 :: 4 - Champollion - Italie et Musee
Le colombarium de l’Histoire par Jean-Pierre Lastrajoli ©
Jomard, égal à lui-même, reste toujours hostile et, en compagnie de Quatremère, Saint-Martin et Rémusat, il sera l’inspirateur d’un nouveau règlement, dont le but principal est de fermer les portes de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres aux supposés non royalistes (dont font partie, pour leur malheur, les deux frères Champollion).
La "merveilleuse" reproduction d'Abou Simbel par Gau
Après la victoire importante des Ultras, suite à une manipulation électorale, Louis XVIII renonce au rôle d’arbitre qu’il s’est assigné, et c’est en réalité le comte d’Artois qui gouverne plus que son frère. Voici le commentaire du Duc de Broglie, suite à cette élection : "Le règne de Louis XVIII est terminé, celui de son frère commence."
Louis XVIII relevant la France en ruines (allégorie)
Le Dauphinois connaît des difficultés matérielles et Figeac tente en vain de lui trouver une fonction. Rosine, enceinte, se trouve à Grenoble, où la mort prochaine de son père la retient. En février 1824, les Ultras gagnent à nouveau les élections (411 députés sur 430), grâce à une nouvelle manipulation électorale, car les opposants, ayant été dégrevés d’impôts, n’ont pu participer au scrutin. Devant ce succès, Villèle porte la durée du mandat d’un député à sept années.
Turin ( http://www.bubastis.be )
Champollion vient de rédiger son Précis du système hiéroglyphique. Il est tout d’abord publié à Berlin, tandis qu’à Paris, il attend d’être remis au Roi. Le 29 mars, le duc de Blacas en profite pour présenter l’auteur à Louis XVIII, qui paraît bien fatigué sur son trône. En fait, il est miné par une douloureuse gangrène aux jambes et a renoncé à l’exercice réel du pouvoir, se contentant de son illusion.
Lors de l'entrevue, Louis XVIII n'affiche plus la même santé que sur ce tableau, alors qu'il était le comte de Provence
Alexander von Humboldt, qui explora l'Orénoque
"Ma petite commère est grasse à lard ; elle remplit parfaitement sa tâche, mange crie, mange, - dort et recrie à l’avenant. On prétend qu’elle me ressemble. J’ai bien reconnu mon teint et mes sourcils, - pour le reste il en sera ce que Dieu voudra."
Il arrive enfin à Turin, où il ne voit personne dans un premier temps. Ses premiers pas, d’un très bon augure, le conduisent "dans une belle cour ornée de monuments antiques romains et au milieu d’eux une magnifique statue de granit rose, de 8 pieds de haut, représentant, d’après l’inscription gravée sur son tablier et sur son montant supérieur, le Roi Ramsès le Grand (Sésostris)." Le hasard lui fait rencontrer un employé du Musée qui lui propose de visiter cette collection dans l’état où elle se trouve.
Le "Sésostris" de Turin (L'Egypte de B@stet - Corinne Smeeters)
Au fur et à mesure de son déballage, Champollion peut admirer la collection parvenue à Turin grâce au "Roi de Sardaigne qui a trouvé les 400.000 francs que notre gouvernement n’avait pas pour acquérir la collection." Pour les momies, il conseille de faire un tri et de ne conserver que celles qui ont usées de baume noir et solide. Sous notre climat, les autres "entrent promptement en fermentation et répandent une odeur très fétide, dont s’empreignent tous les objets environnants."
Le français propose de les regrouper en monuments religieux, historiques ou funéraires. "Le Musée de Turin, ainsi classé, présenterait, pour la première fois, à l’Europe savante, une série méthodique de monuments, par le moyen de laquelle on prendrait successivement une idée juste et précise de la Religion, du Culte, des Usages et de l’Histoire même de cette vieille nation."
Stèle de Ramose et Moutemouia (Photo Corinne Smeeters)
A ceux qui pensent que les Grecs ont apporté à l’Egypte et ne lui ont guère emprunté, il assène : "J’ai tiré de l’examen de ces petites stèles, et de plusieurs inscriptions des grandes stèles, la conviction que le culte des Rois de chaque Dynastie exista sous les Pharaons comme sous les Lagides, qui n’ont fait en cela qu’imiter l’ancien usage." Il se fait l’avocat de "l’art Egyptien, jugé trop prématurément et sans les pièces probantes que j’ai sous les yeux en si grand nombre." La demande qu’il avait faite en février à Costa est en bonne voie. "Il est très possible qu’on me charge de rédiger le catalogue du Musée et de le classer comme doit l’être une aussi belle collection. Ce travail-là m’occuperait quatre mois environ, pour ne pas dire plus." Suite aux informations envoyées par Jean-François, Figeac a pu rédiger un article dans le Bulletin universel des Sciences, au sujet de la coudée. Jomard se propose de moucher l’impertinent, demandant à à Plana un nouveau mesurage de la coudée originale. Hélas pour lui, "le résultat de cette mesuration,… est un coup de foudre contre le système métrique du grand monopoleur Egyptien. […] Plana ajoute que le grand tragédien est absurde, mathématiquement parlant…"
(photo Corinne Smeeters)
Champollion désespère de voir se créer un musée égyptien en France. "Il est décidé qu’on trouvera désormais dans toute l’Europe des Musées Egyptiens, excepté à Paris. … Et vous verrez qu’il y a bientôt un Musée Egyptien à Saint-Marin, tandis que nous n’aurons à Paris que des morceaux isolés et dispersés."
Pour l’heure, une nouvelle abasourdit Champollion. "Lorsque j’eus terminé le déroulement des papyrus historiques […], j’appris par hasard qu’il existait, dans les combles, quelques débris d’autres manuscrits Egyptiens, […]." Le destin va le conduire vers des documents capitaux et parmi eux celui qu’il nommera le canon royal.
canon royal de Turin (photo Corinne Smeeters)
Il vient d’ouvrir une porte scellée qui mène au tombeau d’un passé totalement effacé des mémoires. "J’ai vu rouler dans ma main des noms d’années dont l’histoire avait totalement perdu le souvenir, des noms de Dieux qui n’ont plus d’autels depuis quinze siècles, et j’ai recueilli, respirant à peine, craignant de le réduire en poudre, tel petit morceau de papyrus, dernier et unique refuge de la mémoire d’un Roi qui, de son vivant, se trouvait peut-être à l’étroit dans l’immense Palais de Karnak !"
Statue d'Amenhotep II à genoux, collection Drovetti ( www.bubastis.be )
Cependant, l’ensemble reste incomplet ; or, "de tels trésors historiques peuvent ne point se retrouver deux fois,… Je ne m’en consolerai jamais…"
La statue de Ramsès II, qu’il nomme Sésostris, erreur héritée d’Hérodote, est pour lui une pure merveille : "Cette statue vous enchanterait, […] et j’arriverai à Paris avec un plâtre du buste entier de cette statue. Vous verrez alors si ma passion n’est point légitime. […] je l’appelle l’Apollon du Belvédère égyptien."
Par la faute des manigances de quelques claquedents, qui préfèrent bourrer l’Académie de quelques douzaines d’apoco et de cogne-têtu, Figeac n’est pas élu à l’Académie des Belles Lettres, malgré le soutien de Dacier. Le cadet se propose de montrer à tous que Jomard "le GRAND-PRÊTRE n’est qu’un étranger sur la terre d’Egypte ; un Pasteur, un Ykschos, qui, de sa propre autorité, s’est coiffé du pschent."
Plus appréciés de ce côté-ci des Alpes, les deux frères sont élus associés étrangers de l’Académie Royale de Turin le 13 janvier 1825. Apprécié, il ne l’est pas de San Quintino, dont l’Académie refusera de publier un mémoire sur les signes numériques, totalement emprunté au savant français, mais gâtés par lui. Le plagié s’attend à une réaction du "Jobard qui me cause tous les ennuis que j’ai ici". Après une visite de son beau-frère Hugues Blanc, Jean-François se prépare à partir pour Milan, le 1er mars, puis pour Rome, où la beauté de la place Saint-Pierre le laisse pantois : "Nous sommes des misérables en France, nos monuments font pitié à côté des magnificences romaines."
Il prend la plume, "en profitant du moment où Rome entière s’occupe à célébrer (et à nos frais) la fête du couronnement de l’excellent Roi Charles X. je célèbrerai donc aussi ce grand événement à ma manière, en écrivant à tous ceux que j’aime, et celle-là vaut bien l’autre !"
Mgr Testa, qui écrivit contre le zodiaque de Dendérah, reçoit à bras ouverts l’égyptologue français, lequel a donné au monument un âge qui ne le fait pas aller au-delà de Néron, contrairement aux théories impies qui faisaient remonter sa construction avant Abraham. Il enrage de faire plaisir aux Ultras. "Je leur ferai faire une bien vilaine grimace quelque jour, en développant les suites et les conséquences immédiates de mes découvertes."
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