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Ahmosis
Champollion, le déchiffreur et les défricheurs
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Les Cent-Jours et les jours sans par Jean-Pierre Lastrajoli ©
Le pays, en ce mois de janvier 1814, vit ce que l’on nommera ensuite la campagne de France. Le 4 du mois, les Autrichiens s’emparent de Montbéliard, tandis que le 11 voit les Russes à Haguenau. Les alliés occupent Dijon le 19. Napoléon remporte trois victoires successives en février. Wellington défait Soult à Orthez le 27. Les Autrichiens s’emparent de Lyon le 24 mars. Le 30 mars, les adversaires de l’Empereur entrent à Paris et le Sénat nomme un gouvernement provisoire le surlendemain.
 Adieux de Fontainebleau
La déchéance de Napoléon est proclamée le 3 avril, tandis qu’il abdique le 4 en faveur de son fils, le roi de Rome. Deux jours après, il abdique sans condition. Napoléon fait ses adieux à la vieille garde à Fontainebleau. L’Empire est fini, commence l’époque de la Restauration. Le 3 mai voit l’entrée de Louis XVIII dans la capitale et la signature du traité de Paris, le 30 mai, réduit la France aux frontières de 1792. Napoléon est envoyé sur l’île d’Elbe, en face de la Corse.
Grenoble est agitée comme toute la France par des soubresauts politiques. S’affrontent, dans le domaine des idées, les ultra-royalistes, les royalistes modérés, les nostalgiques de l’empire et les républicains. Les idées de Champollion le jeune sont du dernier groupe, et sa façon de les défendre lui vaudront le qualificatif de dauphinois endiablé de la part des ultra-royalistes.
 L'Ile d'Elbe
Ces évènements n'empêchent pas Champollion de continuer ses travaux. En mai 1814, il écrit : « Un hiéroglyphe seul, c’est-à-dire isolé, n’avait aucune valeur. Ils sont disposés par groupe. » Il s’en tient à un système purement syllabique. Dans le même temps, Figeac consent à dédier l’ouvrage de son cadet au Roi, tandis qu’il obtient la décoration du Lys de 1ère classe. Saghir réprouve par l’humour, notant que tous les compagnons d’Ulysse ont péri. Jean-François qui a bien avancé dans son déchiffrement de l’inscription démotique, ne voulant avancer aucune hypothèse qui ne soit dûment vérifiée, se fait devancer par Thomas Young, comme il le fit pour Quatremère, par excès de prudence, ce qui lui portera tort jusqu’à la fin de sa vie.
Le mal qu'a eu Champollion a imposer ses idées provient en partie de sa trop grande rigueur scientifique. Il s'agit d'une homme qui aime n'avancer que ce qu'il tient pour démontré, ce que beaucoup prendront, à tort, pour un manque de maîtrise de son sujet. La marquise de Maillé donnera plus tard ce portrait qui est édifiant : "J'ai vu il y a quelques jours chez Mme de Montcalm, M. Champollion, le premier qui ait découvert le sens des hiéroglyphes et qui soit parvenu à en traduire quelques-uns. Cette belle découverte est encore dans l'enfance, mais M. Champollion est bien capable d'étendre la limite de sa découverte, car il n'est pas âgé et travailleur zélé et infatigable. Il est doux et modeste, s'exprime avec peu de facilité et ne sait pas soutenir l'éclat de ses travaux. Il est fort attaqué comme le sont tous ceux qui explorent les premiers une source brillante de célébrité et d'utilité."

Ouvert officiellement le 1er novembre 1814, le congrès de Vienne consacre les divergences des Alliés d’hier, dues à de féroces appétits en vue du partage de l’Europe. Louis XVIII envoie son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand. Celui-ci se fait fort de rappeler que les Alliés sont là pour aider le Roi de France et non pour le spolier. « S’il y a encore des puissances alliées, je suis de trop ici. »
Le 3 janvier 1815, l’Autriche, l’Angleterre et la France signent un traité secret, destiné à faire barrage aux appétits de la Prusse et de la Russie. « La coalition est dissoute, la France n’est plus isolée en Europe », rapporte-t-il à son souverain. Ce succès ne fera pas la première page des journaux, car une autre nouvelle l’occupe déjà.
C’est un véritable coup de tonnerre qui retentit en ce 1er mars 1815, et tandis qu’on donne un bal chez Metternich, une nouvelle se répand : le Corse, après s’être évadé de l’île d’Elbe, a débarqué à Golfe-Juan. L’alliance des puissances que les partages divisent, se ressoude devant le danger. L’usurpateur est en train de remonter vers Paris, via Grenoble où se trouve une importante garnison.
Une proclamation de l’Empereur revenant circule déjà : « foulez aux pieds la cocarde blanche, elle est le signe de la honte, venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef… L’aigle volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame. »
 Retour de l'île d'Elbe
Napoléon passe effectivement par Grenoble, où le général La Bédoyère, chargé de l’arrêter, le rejoint. L’Empereur rencontre les deux frères Champollion, produisant une forte impression à l’aîné. Ce dernier obtient la promesse de publier les grammaires coptes du cadet à Paris, et la grâce de Fourier. Jacques Joseph suit le revenant, et le jeune son aîné.

De gauche à droite : La Bédoyère, Ney et Lavalette (Coll. Bibl. mun. de Grenoble)
Le 10 mars à Lyon, à Auxerre le 18, où le maréchal Ney se joint à Napoléon qu’il était censé ramener dans une cage en fer, ce qui lui vaudra la mort après Waterloo. On va bientôt apprendre que Louis XVIII a quitté Paris pour Gand dans la nuit du 19 au 20.
Le 31 mai, par le traité de Vienne, les Alliés déclarent Napoléon hors la loi. Le nouveau règne de l’Empereur va durer le temps d’un printemps. En dépit des messages que Napoléon fait passer par ses diplomates, la guerre semble inévitable tandis que Marie-Louise et l’Aiglon ne reviennent pas.
En Belgique, Wellington conduit 100.000 Anglais et Blücher est à la tête de 150.000 Prussiens. Napoléon ne veut pas que la jonction des deux armées s’opère et sans doute craint-il la venue prochaine des Russes et des Autrichiens.
 Wellington
Aussi, à la tête des 125.000 hommes qui l’attendaient à la frontière belge, il franchit celle-ci le 16 juin, ayany laissé 10.000 hommes, commandés par le général Lamarque, afin de combattre en Vendée. Si les Prussiens doivent se replier de Ligny sur Wavre, Ney a échoué dans la mission que lui a confiée l’empereur, et les Hollandais de Wellington ont pu renforcer leurs positions. Grouchy a reçu l’ordre de ne pas marcher au canon et il l’exécute de manière trop zélée, si bien que les Prussiens de Bülow obligent Napoléon à les contenir, alors qu’il songeait à pénétrer les lignes anglaises.

Une seconde vague de Prussiens arrive, sous les ordres de Blücher, et consacre la défaite de Napoléon à Waterloo. Blücher, au soir de ce 18 juin (tous les 18 juin n’ont pas la même saveur), retrouve Wellington, près de Belle-Alliance et s’écrie : « Mein lieber Kamerad, quelle affaire ! ».
 Blücher
Napoléon est à Paris le 21 juin, en conseil avec ses ministres. Le 22 juin, Napoléon renonce à un coup de force et abdique en faveur de Napoléon II, roi de Rome, sachant pertinemment que cette clause sera suivie du même effet qu’en 1814. L'Empereur apprend la victoire de Lamarque en Vendée : "[...] le général Lamarque que j'y avais envoyé au fort de la crise, y fit des merveilles et surpassa mes espérances."
Fouché, Carnot, entre autres, forment une commission de gouvernement qui signe une convention avec Blücher qui marche sur Paris. C’est la capitulation et les Alliés vont occuper la France. Fouché et Carnot conseillent à Napoléon de s’éloigner de Paris et de s’embarquer pour le Nouveau Monde.
Après avoir hésité entre un embarquement clandestin et la reddition aux Anglais, le Corse se rend et le Bellérophon (ce navire était en perdition à Aboukir et avait amené son pavillon, mais Villeneuve l’avait laissé échappé) arrive en Angleterre le 3 juillet ; là, il apprend que, en dépit des lois anglaises, il va être déporté sur un îlot de l’Atlantique, dans l’hémisphère sud.

Napoléon à bord du Bellérophon
Le 7 août, le Northumberland appareille pour la dernière destination de l’empereur, - du moins de son vivant -, qui débarque à Sainte Hélène le 16 octobre. Le maréchal Berthier qui n’a pas pris le parti de l’empereur, mais s’est retiré dans son château, durant cette période, fait une chute inexpliquée depuis une fenêtre et en meurt.
 Le maréchal Ney
Pour une bonne partie des partisans de Napoléon, tout comme pour les républicains, la seconde restauration va avoir un goût amer. Tout d’abord, la France est occupée par près de 1.200.000 soldats étrangers, pillant les campagnes. Blücher sera un commandant terrible, tandis que les Russes se défoulent de n’avoir pu participer à la grande bataille.
Les royalistes, que les Cent-Jours ont effrayés, vont déchaîner une Terreur Blanche, particulièrement dans le Sud de la France. Des Mamelouks de la Garde impériale sont massacrés à Marseille, ainsi que des jacobins. La classe politique songe que, pour calmer cette terreur incontrôlable, il faut organiser une terreur d’état. Les 57 complices du retour de l’usurpateur sont proscrits. Les généraux Faucher et La Bédoyère sont fusillés, de même que le maréchal Ney. La Valette, échangeant ses vêtements et sa place avec sa femme, Emilie-Louise, nièce de Joséphine de Beauharnais, la veille de son exécution, réussit à s’enfuir pour la Belgique.
 Assassinat du maréchal Brune
Les deux ouvrages de Champollion le jeune, recommandés par Napoléon, fidèle à sa promesse, ont bénéficié de l’appui du secrétaire général perpétuel Dacier, mais sont rejetés par les illustres Silvestre de Sacy et Langlès, en juillet 1815. Dans le même temps, Figeac va cacher le général Drouet d’Erlon, qui a pour mission de prendre le commandement d’une insurrection armée. Drouet partira à la fin de l’hiver. En novembre les facultés sont fermées et les deux frères se retrouvent sans situation, tandis que, début 1816, son cadet fonde, avec le juriste Rey, une société secrète et républicaine, l’Union Libérale.
Dans son rapport envoyé directement à Decazes, sans passer par le préfet, le nouveau chef de la police, le comte de Bastard écrit : « Ces hommes dangereux, tels que Champoléon, Proby, Boissonnet, ont tous joué un rôle principal dans les cent jours de l’usurpation ».
Les deux frères sont confondus par la police, du moins au niveau des idées politiques, au point que le commissaire mentionne le sieur Champollion, sans indiquer celui dont il est question - Figeac admire Napoléon, tandis que Saghîr est républicain ; mais la différence est sans importance sous la Restauration -, et se retrouvent tous deux proscrits en mars 1816.
 Chateaubriand
« Depuis longtemps, les frères Champollion étaient désignés par l’opinion générale comme ennemis du gouvernement, d’autant plus à craindre qu’ils réunissent beaucoup d’hypocrisie à beaucoup de talent, d’esprit et de connaissances. M. le Préfet leur a ordonné de se rendre à Figeac. » Beaucoup de personnalités interviennent en faveur des deux frères : les amis et soutiens de toujours, mais aussi Jomard, Quatremère et Langlès se proposent d’en faire autant. Seul Silvestre de Sacy refusera de bouger un seul petit doigt. Le sieur Ducoin remplace Figeac à la bibliothèque de Grenoble.
Les deux Champollion retrouvent la maison familiale, tenue par Marie, leur jeune sœur, tandis que Thérèse s’occupe de la librairie, que le père a délaissé depuis la mort de son épouse.Un échange de courrier entre Figeac et Augustin Thévenet révèle que les manuscrits de ce dernier sont restés à Grenoble, pendant leur exil. Jean-François va préparer l’ouverture d’une école élémentaire d’enseignement mutuel, selon la méthode de Lancaster (école dite à la Lancastre).
Le second traité de Paris, soustrayant un bon nombre des places françaises aux frontières de l’Est et du Nord, rend Annecy et Chambéry au duché de Savoie. La France a perdu ainsi 500.000 habitants et contribuables, tandis qu’elle doit payer en cinq ans la somme de 700 millions, soient 140 millions de francs par an.
En mai 1816, Jean-Paul Didier, un avocat grenoblois bonapartiste, puis orléaniste, aidé des demi-soldes, voit son complot découvert et il s'enfuit vers le Piémont qui finira par le remettre au gouvernement français. Il sera exécuté la même année. Les Ultras dénoncent la trop grande clémence du roi qui a rendu possible cette situation. Pour en finir avec cette assemblée ingouvernable, le Roi prononce sa dissolution et la nouvelle majorité qui sort des urnes est plus modérée. Joseph Fourier qui a été élu à l’Académie des sciences, voit son élection annulée par Louis XVIII, sous la pression des Ultras. Il sera réélu l’année suivante et nommé secrétaire perpétuel pour les sciences mathématiques.
 Enseignement mutuel, écolde dite à la Lancastre
A Figeac, nous l'avons vu, afin de lutter contre l’inaction, Jean-François et son aîné ont monté une école à la Lancastre, depuis 1815. Les deux frères font partie d’une société pour l’encouragement de l’enseignement élémentaire. Cette société a été créée à l’instigation de Jomard, dont on s’est souvent plu à souligner les défauts et les intrigues, sans en montrer les bons aspects qui permettraient d’appréhender le personnage dans sa complexité. La Lancastre est une école où les élèves échangent leur savoir, guidés par un maître. Les autorités locales refusent que cette école puisse ouvrir ses portes à Figeac.
Le frère de l’historien Auguste Ducoin, le sieur Amédée Ducoin, dont Saghîr avait éteint l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, a été nommé officiellement… bibliothécaire à titre provisoire à Grenoble, tandis que le poste d’assistant a été pur et simplement supprimé, ce qui devrait empêcher tout retour des frères Champollion à Grenoble. Ducoin a accusé Figeac d’avoir soustrait des livres à la bibliothèque pour les vendre à des particuliers. Cette attaque surviendra au moment où Figeac s’apprêtait à revenir à Grenoble, alors que le provisoire s’inquiètait du retour du titulaire.
 Rosine Blanc
Quelques mois auparavant, Jean-François s’est fiancé avec Rosine Blanc, une cousine de Zoé Berriat, sa belle-sœur, et le père Blanc, ayant toujours vu ce mariage d’un mauvais œil, profite du manque d’avenir du fiancé pour rompre les fiançailles, sans prendre de gants, ce qui est le comble pour un gantier. En dépit de ce procédé peu élégant, les fiancés continueront de s’écrire en cachette, très certainement grâce à Zoé Champollion-Figeac. L’époux de celle-ci est autorisé à rentrer à Grenoble ; il refuse cette mesure de clémence, étant donné qu’il resterait sous surveillance. Zoé, qui estime son beau-frère, fait des pieds et des mains pour qu’il puisse lui aussi revenir en Isère. Les courriers entre Rosine et Jean-François s’espacent néanmoins.
Le père Champollion, ayant fortement entamé l’héritage maternel, malgré les dispositions du nouveau Code Civil, et ayant donc dilapidé une partie de l’héritage de ses enfants, des créanciers à qui il devait de l’argent menacent de saisir les biens familiaux et de jeter les sœurs à la rue. Figeac, parti pour Paris, suite à la suppression des surveillances (loi sur les libertés individuelles), c’est Jean-François qui défend les intérêts de la famille. Il lui faudra passer par devant notaire afin de protéger ses sœurs. Le premier danger écarté, Saghir peut se consacrer à l’ouverture de l’école Lancastre, avec un professeur venu de Paris.
 Louis XVIII
En août 1817, Augustin Thévenet lui a fait parvenir en cachette une partie des précieux documents restés à Grenoble, d’autant que l’on veut otenir la clé du cabinet, et Champollion le jeune peut reprendre ses études sur la pierre de Rosette. A Paris, Figeac essaie d’obtenir de la Commission la gravure de la pierre trilingue, car la reproduction anglaise est loin d’être parfaite. Jomard s’y oppose.
Cependant, ce dernier est ravi d'apprendre que les deux frères peuvent à nouveau circuler librement. Seul le nouveau baron, Silvestre de Sacy, reste muet, alors que Jean-François est sans revenus. Saghîr confie : « Le titre de son élève que je porte ne me dispense pas de payer le tribut qu’un simple roturier doit à un baron, quelque nouvel éclos qu’il soit d’ailleurs. »
Champollion le jeune revient à Grenoble en octobre 1817. Le nouveau préfet, Choppin d’Arnouville, après une rencontre, l’invite souvent chez lui, afin qu’il prodigue ses conseils à son fils étudiant le grec. Le préfet manifestant publiquement son estime pour le jeune Champollion, le père de Rosine Blanc revient sur sa décision de rompre les fiançailles.
Saghîr parvient à ouvrir une école à Grenoble en janvier 1818, des donateurs, adhérant à ses idées, ayant réunis la somme de 1.000 écus, ce qui lui permet de louer une salle pour 250 élèves. Jean-François, cette fois-ci, décide de former lui-même le professeur, plutôt que le faire venir de Paris. Cette implication de Saghîr sera préjudiciable pour ses travaux. L’établissement scolaire est rapidement apprécié et compte rapidement 300 élèves. En mars 1818. Jean-François ouvre une école latine, forte de 32 élèves.
 Jomard
Cette même année voit Edme François Jomard élu à l’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres. A Turin, le comte Balbo propose une chaire d’histoire et de langues anciennes au jeune Champollion. Malgré les bonnes conditions de travail et un traitement fort intéressant, Champollion le jeune décide de rester en Dauphiné.
Son frère lui a proposé de venir dans la capitale, mais il n’aime pas les ronds de jambe. « Notre manière d’envisager les choses est bien différente, tu vois du positif dans la vie et moi, philosophe oriental renforcé, je n’y trouve que des apparences ; de là vient que je place naturellement au rang de mes réalités ce que tu regardes comme des illusions... »
En juin 1818, Jollois, de la Commission, lui fait parvenir une copie de la pierre de Rosette. Le 19 août, il présente un mémoire à l’Académie delphinoise : Quelques hiéroglyphes de la pierre de Rosette.
 Jollois
Cette même année, le ministre des finances, le comte Louis-Emmanuel Corvetto, en souscrivant des emprunts, rembourse par anticipation les contributions de guerre de la France aux Alliés. Ces emprunts auront de lourdes conséquences pour les collections Egyptiennes en France. Les troupes des Alliés quittent le pays le 30 novembre, au grand soulagement des populations. Richelieu est étrangement remercié puisqu’il est remplacé par Decazes, le ministre de l’Intérieur.
 Decazes
Jean-François se marie avec Rosine le 30 décembre. Cette union a résolu ses problèmes financiers. Attaqué par ces damnées soutanes qui n’acceptent pas le succès de ses écoles, où l’on ouvre l’esprit des jeunes, il est une nouvelle fois soutenu par le préfet et réussit à faire réobtenir son poste de bibliothécaire à Figeac. L’aîné souhaitant se consacrer à la publication d’un ouvrage, Jean-François abandonne son école latine, qui représentait sa principale source de revenus, et remplit sa fonction. A cette occasion, il reçoit un livre en donation de M. Beyle, autrement dit Stendhal.
L’année 1819, Decazes recentre sa politique… vers les Ultras, dont une mesure sera le départ du préfet Choppin d’Arnouville. Il est remplacé par le baron d’Haussez, dont le seul surnom laisse présager des jours sombres pour l’Isère : le messie des Ultras. Tel le chat qui a fait semblant de dormir, afin de mieux savoir par où passent les souris, il endort les méfiances, puis va mener une implacable lutte. Sa devise suffit à elle seule à résumer sa politique : Tout pour le peuple, rien par le peuple.
L’abominable d’Haussez, ouvrant colis et courriers, Jean-François en tombe malade et doit garder le lit. Saghîr rejette la présence d’Arsinoé dans le texte de la stèle de Rosette. « Je plains en conscience les malheureux voyageurs anglais en Egypte obligés de traduire les inscriptions à Thèbes, le passe-partout du Dr Young à la main. »
 Les Ultras ou la contre-révolution
Revenu à Grenoble, dès la fin octobre 1820, Figeac peut occuper son poste de bibliothécaire. Le 3 mars 1821, l’autorité profite pour ôter à Jean-François, à titre provisoire, sa chaire d’histoire si mal rémunérée. « Ce sont mes études égyptiennes qui y gagneront. »
Augustin Thèvenet annonce à son frère, Louis, la rumeur de la destitution de Louis XVIII ; une insurrection a lieu ce 20 mars. Champollion le jeune assiste certainement à ces évènements, mais a la malheureuse idée de disparaître dans l’après-midi du 21, pour raison de santé, certain qu’on va lui coller tout cela sur le dos.
 Le fort Rabot
Des républicains, parmi lesquels le fils de l’ancien maire, ainsi que des nostalgiques de l’Empire, ont investi le fort Rabot. Les sentinelles, maîtrisées et les autres soldats enfermés dans les écuries, on a remplacé le drapeau blanc à fleur de lys par le drapeau tricolore.
D’Haussez écrit : « On pense avec quelque raison que le sieur Champollion le Jeune, bibliothécaire adjoint, dont les opinions sont détestables, n’est pas étranger à ces menées. » Le maréchal-duc de Bellune, enquêtant sur ce forfait, est vite convaincu que Champollion n’est pas le démon que l’on dépeint. Le procès civil le laisse sortir libre, mais Ducoin obtient enfin son poste de bibliothécaire et Figeac rejoint Paris.
Auparavant, une nouvelle est tombée : Napoléon est mort à Sainte Hélène, le 5 mai. Un autre personnage est mort, plus modeste aux regard de l’Histoire : Jacques Champollion, le père, a rendu l’âme.

Une école libre et gratuite a ouvert ses portes en juillet 1821 à Grenoble. Cette nouvelle est un baume pour l’âme de l’homme épuisé quittant la capitale dauphinoise, où il doit laisser son épouse et sa belle-sœur, mais accompagné de son neveu Ali.
Après une halte de deux jours à Lyon, où il examine des papyrus, ce qui a le don de lui sortir les tracasseries du baron d’Haussez de la tête, le voilà rendu au but qu’il s’était fixé et auquel il compte bien se consacrer sans partage. A présent, ses études vont pouvoir prendre un tour nouveau.
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