CHAMPOLLION

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Ahmosis Champollion, le déchiffreur et les défricheurs

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00. Les voyageurs avant l'Expédition d'Egypte

Par Ahmosis :: 30/10/2006 à 23:26 :: 1 - Avant Champollion

Les voyageurs avant l'Expédition d'Egypte
par Jean-Pierre Lastrajoli ©

 
XVème siècle


 
Un bénédictin zurichois, Félix Schmid, connu sous le nom de Félix Fabri, a fait un voyage en Egypte en 1483 et nous livre ce témoignage sur les pyramides et le sphinx (Evagortium in Terram Sanctam) :  
« Tout ce que je peux en comprendre, c’est la fausseté de l’opinion du vulgaire qui déclare que ces pyramides furent les magasins de à grains de Joseph, construites par lui pour y déposer le froment à engranger durant les sept années de stérilité comme le mentionne le Livre de la Génèse… Près des pyramides, nous vîmes une immense idole de pierre qui avait la forme d’une femme, et nous ne doutâmes point que ce fut un monument dédié à Isis. »  
La vision du Sphinx était faussée par le sphinx d’Œdipe qui a une partie femme et une partie animale.

Bernard Von Breydenbach, toujours en 1483, doyen de la cathédrale de Mayence, se fend d’un voyage en Terre Sainte et comme beaucoup à l’époque, on va voir la terre de Moïse, ainsi que celle de Joseph et ses greniers, et par-dessus tout le lieu où se réfugièrent Joseph et Marie, et que l’on dit à l’époque être au Caire. Ceci ne l’empêche pas de musarder non loin des pyramides.  

« De l’autre côté du Nil, on voyait aussi beaucoup de hautes pierres qui se nomment pyramides ; les rois égyptiens les avaient fait élever au-dessus de leurs tombeaux. Le peuple les appelle greniers ou magasins de Joseph ; ils les auraient fait bâtir pour garder les blés mais c’est manifestement faux, les pyramides ne sont pas creuses à l’intérieur. Auprès de ces pyramides, la grande idole d’Isis, jadis vénérée par les Egyptiens, semble encore debout. »  

Deux ans plus tard, c’est Joos Van Ghistele, échevin de Gand, qui s’en va chercher le prêtre Jean en Ethiopie. Voici ce que trace de sa plume son chapelain Ambrosius Zeebout :  
« On raconte dans la région que ces édifices sont d’anciennes sépultures des rois d’Egypte, comme en témoigne Diodore de Sicile dans le deuxième livre de ses histoires, où il affirme que les rois d’Egypte avaient jadis la passion de ses faire construire de belles sépultures, qu’ils plaçaient cette occupation à part et au-dessus des autres et aussi qu’ils consacraient plus d’argent et de soins à décorer richement des sépultures qu’à orner les palais où ils habitaient de leur vivant ; ils disaient qu’une fois morts, leur corps devraient passer plus de temps dans ces tombeaux qu’il n’en avait passé de leur vivant dans les palais.
A l’intérieur, ces pyramides, au lieu d’être creuses, sont pleines comme un mur ; un tout petit couloir étroit et aux nombreuses marches descend jusqu’à une petite espèce de salle voutée dans laquelle il faut pénétrer avec de la lumière, car il y fait très sombre.
»
 

S’ensuit une descrïption de statues qui se seraient trouvées dans la pyramide, ainsi que la légende qui coure que la tête du Sphinx avait coutume de parler autrefois et de rendre des oracles.   « Cette statue a l’apparence d’un être humain jusqu’aux épaules, mais à partir de là, elle revêt la forme d’un serpent… ; la statue toute entière est sculptée dans une seule pierre. »  

 

XVIème siècle


 
Pierre Belon du Mans, de la Sarthe vu son nom, était un savant de la Renaissance. Il visita l’Egypte en 1547. Voici ce que raconte sa plume :  
« Il semble à voir les Pyramides que ce soyent des montagnes de démesurée grandeur. (…) La plus grande Pyramide pour être en lieu un peu plus bas que la seconde, apparaît de loin être plus petite mais de près elle se montre sans comparaison plus grande. (…) C’était le sépulcre d’un Roi d’Egypte, pour lequel la pyramide fut faite. »
 

Et le voilà qui enchaîne sur le Sphinx, rappelant qu’il est le « grand colosse nommé par Hérodote androsphinx... »  
Enfin, il s’intéresse aux momies, en bon médecin qu’il est. « L’usage desdits corps embaumés en Egypte, c’est à dire notre Mumie, est en si grand usage en France, que le Roi François restaurateur des lettres n’allait nulle part, que les sommeliers n’en apportassent toujours (…). »
 

A noter qu’Ambroise Paré écrivait que ce prétendu remède « cause de grandes douleurs à l’estomac avec puanteur de bouche, grand vomissement qui est plutôt cause d’émouvoir le sang et le faire davantage sortir des vaisseaux que de l’arrêter. »  

Prospero Alpini, de la Vénitie, médecin et botaniste a herborisé en Egypte, et nous livre un témoignage : « C’est la plus grande des trois que l’on rencontre d’abord en chemin. Elle est faite de blocs carrés d’une pierre dure comme le marbre et elle présente aux yeux une telle masse que plus d’un a pensé que les pierres de presque toute l’Europe ne pourraient à peine suffire comme terme de comparaison. »

En grimpant sur le monument, il trouve les noms de beaucoup de personnage qui les ont gravés pour laisser un impérissable souvenir. Il porte ensuite ses regards sur le Sphinx, « fait d’un énorme monolithe. (…) Il présente un immense et très large visage, regardant vers le Caire et sculpté avec une très grande habileté. En effet, son menton, sa bouche, son nez, ses yeux, son front et ses oreilles apparaissent taillés avec une profonde connaissance de la sculpture d’art. Dans la pierre, n’apparaît aucune ouverture par où l’on puisse entrer … ».    

 

 

XVIIème siècle


 
Le père Pacifique, capucin et missionnaire français, natif de Provins, s’en alla dans le Levant prêcher à Alep et en Perse. Le prédicateur revint et publia en 1631 une relation de son voyage qui parle brièvement de l’Egypte où il passa avant 1628. Des éléments intéressants sur Alexandrie, surtout si l’on s’est intéressé à la récente (re)découverte de la mission française alexandrine :  
« Il y a dessous terre les plus belles citernes du monde, grandes comme des église, admirablement voutées, piliers sur piliers, lesquelles citernes s’emplissent d’eau par le débordement du Nil, et en font ainsi provision pour l’année. Mais à présent les canaux de la plupart étant rompus, il n’y en a que quelques unes qui se remplissent, et l’eau se tire par des bœufs, avec des roues. »  

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Pietro Della Valle, noble italien, suite à une déception amoureuse, fit un voyage en Terre Sainte de 1614 à 1626 (c’est dire s’il était déçu ! Mais l'histoire ne dit pas s'il yeut miracle à son retour). Ce brave homme a une importance non négligeable dans la découverte de Champollion.
Il recueillit des textes coptes, dont 5 grammaires, lesquelles passèrent entre les mains d’un savant arabe pour atterrir sous les yeux du père jésuite Kircher qui publia une grammaire copte dont se servit Champollion à ses débuts. Mais voici ce qu’écrit Pietro Della Valle sur la pyramide de Khéops :
  


« Le sépulcre qui est bâti au bout de cette chambre, est situé de travers et séparé de la masse : l’on y voit aussi un grand pilier et gros extrêmement d’une seule pièce de cette pierre d’Egypte, que Belon en plusieurs endroits appelle Thébaïque, de laquelle j’ai éprouvé la dureté par les coups de marteaux que j’y donnais sans en avoir jamais pu détacher un seul éclat. (…)
Au reste le sépulcre n’a point de couvercle, je ne sais s’il a été rompu, ou s’il n’en a jamais eu, parce que le Roi, à ce que dit le peuple de ce quartier ignorant et grossier, qui a fait bâtir cette Pyramide, n’y a jamais été enseveli, et que pour cela elle est ouverte : la porte même ne se trouvant plus, à la différence des autres Pyramides voisines qui sont toutes fermées.
»  

Il ramena dans ses bagages, entre autres choses, deux momies qui finirent au Musée de Dresde, et qui furent totalement détruites lors du bombardement effroyable de 1945.

Le père Antonius Gonsales, de père espagnol, naquit à Malines, et après avoir été prêtre à Liège et Anvers, s’en alla en 1664, en Terre Sainte, visitant l’Egypte, aux alentours de 1666.
Il se rendit à de nombreuses reprises à Gizeh, escaladant et explorant à de nombreuses reprises la Grande Pyramide, qu’il ne trouva pas du reste véritablement extraordinaire, si ce n’est sa taille. Il donne une idée de sa taille en signalant que :
« l’archer le plus fort n’arrive pas à lancer son trait à partir du sommet au-delà des côtés, la flèche retombant toujours sur les degrés. »  

Vincent de Stochove était un notable brugeois alla lui aussi visiter les lieux saints, mais fit preuve de curiosité et d’ouverture d’esprit pour l’archéologie et l’histoire ancienne. Il était initialement parti pour Rome, mais comme la peste y sévissait, il changea d’idée et opta pour le Levant, et débarqua à Damiette en 1631. Il fut impressionné par les crues du Nil « qui prend sa source dans un lac aux pieds des Monts de la Lune au paradis terrestre. »

Il vit dans le Sphinx « fait d’une seule pierre », tout comme Antonius Gonsales, une « idole moitié femme, moitié taureau. »

Il aurait souhaité ramener une momie, mais comme les marins français étaient plus superstitieux que leurs confrères anglais ou hollandais, puisqu’ils croyaient que les cadavres emmaillottés avaient le pouvoir de déclencher des tempêtes, il y renonça.

François de La Boullaye Le-Gouz, gentilhomme angevin, partit à la recherche de livres cités par la Bible et perdus. Il parvint ainsi au Caire en 1649. Pour Alexandrie, il décrit une ville dont l’air est malsain.
« L’air de cette ville est extrêmement mauvais et pestilencieux à cause de la grande quantité de citernes d’où sortent des vapeurs grossières que le soleil élève facilement à cause qu’il n’y a plus de maisons et en infecte l’air ; l’on n’y peut habiter que l’hiver, si l’on n’y veut mourir. »  

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Concernant la Grande Pyramide, il nota : « Sur cette plate forme au sommet de la pyramide, soixante hommes peuvent tenir debout, distant du centre de 565 pieds qui est la hauteur de la pyramide. » Pour le Sphinx, il souligne des points dont celui-ci mérite intérêt. « Le nez me fait croire que c’était la représentation du même roi qui a fait bâtir la Grande Pyramide. (…) A mon avis, le tombeau de jaspe a été autrefois le sépulcre de quelques pharaons », ce qui ne l’empêcha pas de tempérer en signalant que vu la grande ancienneté de pyramides, « on n’en peut rien dire que par opinion. »
Concernant le soi disant Puits de Joseph, il se montra peu convaincu, pensant que si le patriarche avait été l’auteur de celui-ci, Moïse n’aurait point manqué de le signaler.

Cornelis de Bruyn (orthographié le Brun ou Lebrun dans les éditions françaises), natif de La Haye, après une formation de dessinateur et de peintre, entreprit un voyage dans le Levant, en 1681. Les pyramides retinrent son attention et il dessina celles de Gizeh. Après y avoir pénétré, il décrit l’intérieur.
« Au bout de cette montée on vient dans la chambre dont nous venon de parler, elle est fort grande et spacieuse, vu qu’elle a 32 pieds de long, 16 de large et 19 de haut. (…) Au bout de cette chambre on voit un sépulcre vide taillé tout entier d’une seule pierre, qui lors qu’on frappe dessus rend un son comme une cloche. »
Comme on peut voir, les méthodes d’exploration sont assez rudimentaires et même agressives (Pietro Della Valle teste la dureté au marteau, La Boullaye Le-Gouz tire à l’arquebuse pour chasser les mauvaises bêtes des corridors, et De Bruyn prend le sarcophage de Khéops pour un bourdon. Zahi Hawass en mangerait son chapeau !).

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Pour le Sphinx, de Bruyn signala la légende d’un passage entre le puits de la pyramide et le Sphinx, notant avec scepticisme : « Mais ce qui fait voir que cela n’est pas vrai, c’est que de tous ceux qui ont eu la curiosité d’y descendre, il n’y a personne qui ait trouvé un passage au fonds de ce puits, de sorte qu’on ne saurait dire avec aucune certitude, quoiqu’il en puisse être, s’il y a un conduit sous terre d’un côté ou d’autre qui mène à ce Sphinx. »
Ceci ne l’empêche pas de tomber dans un travers, qui aura cours jusqu’à la découverte de Champollion, sur les hiéroglyphes : « Il semble qu’il soit plus raisonnable de croire que les Egyptiens, qui avaient accoutumé de représenter par des emblèmes et par des figures mystérieuses toute leur science, et toute la connaissance qu’ils avaient des secrets de la nature. »  
La vision du Sphinx était faussée par le sphinx d’Œdipe qui a une partie femme et une partie animale.

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Illustration de Jean Thenaud



Anthoine Morison était né à Bar-le-Duc en 1657, et devenu chanoine, entreprit à 40 ans un élerinage vers les Lieux saints, qui passait forcément par l’Egypte. Si sa « Relation d’un voyage nouvellement fait au mont Sinaï et à Jérusalem » ne fut pas ce qu’il y avait de plus pertinent pour les passages touchant à l’Egypte, il en est un qui a l’intérêt de signaler que les couleur du Sphinx étaient bien plus que perceptibles.
« Ce que j’admire le plus dans cette divinité monstrueuse était la vivacité de sa peinture et surtout du vermillion de ses joues qui semble y être appliqué depuis deux ans quoi qu’il en ait bien plus de deux mille. »
Il aurait été encore plus admiratif, s’il avait su que le Sphinx datait de 2400 av. J.-C.

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Jean de Thévenot fut un voyageur d’un type nouveau. Il ne se rendit pas en Egypte avec pour but principal de marcher sur les pas de Moïse ou visiter les Lieux saints. « Le désir de voyage a toujours été fort naturl aux hommes (…) ; le grand nombre de voyageurs qui se rencontrent dans toutes les parties de la terre prouve assez la proposition que j’avance. » Celui qui fut à l’origine de la diffusion du café en France, nous livrait de façon très plaisante les motivations de son voyage : « comme en l’an 1652, je n’avais point d’affaires considérables qui dussent m’en empêcher l’effet, je résolus facilement de satisfaire ma curiosité. »
Il décrivit le Sphinx et nota également qu’il ne communiquait nullement avec le puits de la Grande Pyramide. De même, avec raison, il supposa le premier que Memphis se trouvait dans les environs de Saqqara.

Jean-Michel Vansleb, né à Erfurt, fut envoyé en Ethiopie, afin de conclure un accord avec les les théologiens de ce pays entre leur église et celle des protestants. En 1672, le voilà à nouveau mandé en Egypte, afin d’y acquérir des manuscrits et des médailles pour la bibliothèque de Louis XIV. Il fut chargé par Colbert de décrire les monuments qu’il y verrait. Voici ce qu’il écrivit sur la capitale thébaine :

« A Luxor, on voit les restes d’un très beau temple des anciens Egyptiens, dans lequel il y a  78 colonnes d’une grosseur prodigieuse (…). Il y a devant ce temple deux aiguilles carrèes très hautes, et toutes entières ; d’un travail si frais qu’on dirait à les voir, qu’elles ne sont que de sortir des mains de l’ouvrier. (…) Il y a auprès de leurs bases deux statues de femme en marbre noir : et quoi qu’elles soient ensevelies dans la terre jusqu’à la ceinture, elles sont néanmoins au dehors de la hauteur de trois hommes. (…) Elles ont sur la tête une coiffure tout-à-fait bizarre, et une manière de globe par-dessus. Elles ont le visage gâté, tout le reste est entier. »

Le Hollandais Olfert Dappert publia en 1668 et 1676 sa Decription de l’Afrique (1686 en langue française). Dans ce livre, on trouvait une carte complète de l’Afrique, assez parfaite pour l’époque (voir illustration) et un passage obligé sur les pyramides.

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Les représentations des pyramides très effilées et du Sphinx n’étaient  pas aussi réussies, hélas. Ses déductions ne se révélèrent guère meilleures, puisqu’il pensait que, comme les sables environnaient le Sphinx (il y voyait pourtant justement la tête d’un homme et le corps d’un lion), la pierre, dans laquelle fut taillé le monument, avait été amenée d’ailleurs, ce qui aurait été un exploit plus grand que celui des pyramides, dans la mesure où « cette figure est tout d’une pièce, et la matière en est fort dure, les proportions du visage, du front, des yeux, du nez, de la bouche, du menton, (…) y sont si bien gardées, qu’il est facile de reconnaître que cette statue est d’un bon maître. »

 

 


 


En ce qui concerne les momies, Dappert signalait alors, ce que l’on sait fort bien à présent : « La plupart des habitants de Saqqara, qui est le village le plus proche de ces antres souterrains, gagnent leur vie à déterrer ces Mummies, parce que le pays est peu fertile, le labourage peut à peine les entretenir. »
 

 

 


00. Johann Ludwig BURCKHARDT, le Suisse voyageur

Par Ahmosis :: 30/10/2006 à 21:30 :: 1 - Avant Champollion

Johann Ludwig Burckhardt

Par Ahmosis ©

 

 

 

 

Arabisant réputé et explorateur suisse, Johann Ludwig Burckhardt est né à Lausanne en 1784 et, après des études à Göttingen (où enseignera Heinrich Brugsch plus tard), ainsi qu’à Cambridge où il apprend l’arabe, il voyage pour le compte de la Société Africaine de Londres.

 

Il se rend en Syrie en 1809, puis en Egypte, avant de passer en Nubie, où il se fait passer pour un Syrien, sous le nom de Cheik Ibrahim, étant ainsi le pionnier de l’exploration de cette contrée. Dans le périple qui l’y amène, il va se produire un événement qui aura de l’importance pour l’égyptologie.

 

 

 


Tandis qu’il remonte le Nil, au sud d’Assouan, dans la contrée que les pharaons nommaient pays de Koush, il remarque une pierre importante, en pied de falaise, où s’est accumulé le sable porté par les vents du désert, de puis le plateau qui surplombe le site ; cette pierre émerge des sables et l’intrigue, car à la lunette elle lui paraît sculptée. Il aborde et s’en approche, pour s’apercevoir, après examen, qu’il s’agit d’une tête colossale.

 

"Une physionomie jeune, expressive, plus proche des canons de la beauté grecque qu’aucune autre représentation égyptienne que je connaisse." Il a en face de lui le visage de Ramsès II, dont Champollion le jeune admira les colosses moins imposants à Rome et à Memphis. "Si l’on pouvait dégager le sable, on trouverait un grand temple." Le Suisse a le nez creux sur ce coup-là, mais il est plus voyageur-aventurier qu’archéologue.

 

 

Petra

 


En 1813, il est l’un des premiers européens à visiter les villes saintes de l’Arabie. A son retour en Egypte, il parle à Bankes de sa découverte près d’Assouan. Ce dernier la visite à son tour, puis ce sera au tour de Drovetti, (le fameux consul de France lors de l’expédition franco-toscane).

 

 

Drovetti y engage des Barabras (tribu nubienne occupant les environs d’Assouan), pour dégager le temple des sables. Un vieillard leur prédisant le malheur pour le village, si le sanctuaire était profané, les ouvriers ne travaillent pas et rendent son argent, dont ils ignorent du reste la valeur, au consul alors destitué qui rentre profondément déçu de son expédition.

 

 


Abou Simbel par Roberts

 


Burckhardt a signalé l'emplacement d'Abou Simbel à Belzoni qui visitera de façon plus utile le célèbre site.  

Quant à Burckhardt, dont les journaux seront publiés entre 1819 et 1830, tandis qu’il prépare une expédition pour le Fezzan (province du sud-ouest de la Libye, entièrement saharienne), il meurt au Caire en 1817.

 

 

 

 

Bibliographie sur BNF au format PDF :

 

 

  • TRAVELS IN NUBIA
  • TRAVELS IN SYRIA AND THE HOLY LAND

 

 

 

01. Treize siècles de ténèbres

Par Ahmosis :: 30/10/2006 à 20:38 :: 1 - Avant Champollion

1 - Treize siècles de ténèbres
par Jean-Pierre Lastrajoli ©



L’île de Philae qui s’offrira aux regards des voyageurs pendant 1300 ans, entre le cinquième siècle de notre ère et la fin du XVIIIème, conservera une grande beauté et un profond mystère. Les colonnes et les murs étaient couverts de couleurs et les trois arts majeurs de l’Egypte (architecture, sculpture et peinture) se conjuguaient en un seul.


Malgré l’âge relativement récent de l’ensemble, les architectes et les artistes n’en étaient pas moins les héritiers d’un savoir millénaire et la destination religieuse des constructions fut l’un des facteurs qui présidèrent à son homogénéité avec les temples plus anciens. Les empereurs romains avaient continué à faire élever des temples, en partie pour remplacer les monuments en ruines, ainsi que l’avaient fait tous les Lagides.

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Philae (Roberts)


Sur la fin de l’empire, en pleine décadence, une religion émergeait, issue  elle-aussi du Moyen-Orient. Les Chrétiens, après s’être cachés, n’hésitaient plus à se montrer, tandis que les anciens dieux de l’Egypte, sans un souverain garant de l’ordre contre le chaos, tombaient progressivement dans l’oubli, ainsi que tous les savoirs antiques. Seuls quelques prêtres d’Isis, à Philae, conservaient une partie de ceux-ci, parmi lesquels la connaissance des hiéroglyphes, dont les derniers y furent gravés en 394 de notre ère.

Des immigrants grecs et romains s’étaient installés sur la terre des pharaons, mais ignorant totalement l’écriture hiéroglyphique ; comme la plupart des Egyptiens (Aigouptos en grec, qui deviendra avec le temps copte) qui parlaient l’ancienne langue ne savaient pas l’écrire, les nouveaux venus se servirent de l’alphabet grec, additionné de sept signes empruntés à l’écriture démotique pour les sonorités étrangères au grec afin de transcrire la langue millénaire.

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L’alphabet copte était né. La langue copte survivrait aux invasions Arabes, car adoptée par l’église pour servir la messe. La religion chrétienne allait donc permettre, sans le vouloir, d’exhumer une langue qu’elle avait contribué à faire disparaître.


En effet, des convertis, victimes de zélotisme, ne pouvant supporter la présence d’un culte impie, envahirent l’île de Philae, tuant ou chassant les prêtres, endommageant certains vestiges, et transformant le reste en lieux de culte chrétiens. C’en était fait : désormais, le savoir des hiéroglyphes tomberait dans un oubli regrettable et, pendant près de treize siècles, tous les monuments encore visibles de l’Egypte n’offriraient qu’un aspect décoratif, ou nourriraient les plus folles hypothèses sur des mystères que cette écriture inconnue pourrait révéler, des pouvoirs qu’elle permettrait d’acquérir et toutes les fadaises qui circulent généralement autour de tout ce qui n’est pas encore expliqué.

Si, pour le voyageur qui parvenait à admirer ce qui restait de l’Egypte des pharaons, l’ancienneté des vestiges ne faisait aucun doute, leur seule datation se faisait en fonction de la Bible et des épisodes de Joseph et Moïse. L’origine du monde, d’après l’addition de l’âge des patriarches, dépassant de peu 4000 ans avant notre ère, toute la perception que l’on eut jusqu’à la fin du XIXème siècle de l’Egypte fut grandement faussée par des considérations religieuses.

   
Manéthon, pourtant un prêtre égyptien, au IIIème siècle de notre ère écrivit son histoire de l’Egypte en grec. Horapollon, un autre prêtre, écrivit en copte Hieroglyphica, où il donnait une liste des hiéroglyphes et leur interprétation unique qui, selon lui, était symbolique ou ornementale.
Largement diffusé à partir de 1419, date à laquelle Critoforo Bundelmonti ramène d’Andros une copie du manuscrit, tous les savants allaient buter, dans les siècles à venir, sur cet ouvrage qui démontrait principalement que l’écriture ancienne était déjà inconnue parmi les savants égyptiens, à une époque où les pharaons avaient disparu depuis moins de trois siècles.
  

Hérodote qui avait visité la terre des pharaons pendant l’occupation perse en 450 avant notre ère, nous donna des éléments d’appréciation sur cette civilisation, dont certains étaient inexacts. Voilà le matériel avec lequel devraient œuvrer les siècles à venir et l’on peut comprendre que, vu l’éloignement géographique et l’occupation musulmane, le monde chrétien n’ait pas pu s’intéresser pleinement à ce problème.    

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Diodore de Sicile , dans son Histoire Universelle, à propos des lois et des mœurs des habitants des Deux-Terres, affirmait : « Elles n’ont pas été révérées des Egyptiens seuls. Les Grecs mêmes les ont admirées ; de sorte que les plus habiles d’entr’eux se sont fait honneur de venir jusqu’en Egypte pour y apprendre les maximes et les coutumes de cette fameuse nation. »
Il ajoutait même : «  Les Egyptiens disent que l’Ecriture et l’Astronomie ont pris naissance chez eux. Ils ont proposé les premiers problèmes de Géométrie et ont inventé la plupart des arts. Ils prouvent que leurs lois sont excellentes, parce qu’ils comptent plus de quatre mille sept cents ans où l’Egypte a été gouvernée par des Rois presque tous nés chez eux ; et qui ont rendu ce Royaume le plus heureux qui fut au Monde : ce qui ne serait pas arrivé si les Rois et les sujets n’avaient pas suivi des lois très parfaites

 

Pourtant, les siècles à venir, ignorant la relation de cette historien, affirmera exactement le contraire. Les pharaons ne pouvaient être que des tyrans, puisqu’ils avaient asservi le peuple d’Israël, et les Deux-Terres avaient le rôle du méchant dans la distribution. Les pyramides étaient les greniers où Joseph, où le fils de Jacob avait entreposé une partie des récoltes, en prévision des années de disette que connaîtrait l’Egypte, selon Ogier VIII, seigneur d’Anglure en Champagne, en pèlerinage vers les Lieux Saints, qui put les contempler en novembre 1395.    
En 1626, Pietro della Valle, au retour d’un voyage en Orient, rapporte dans ses malles deux lexiques copte-arabe et cinq grammaires. Passionné par les inscrïptions des obélisques, trophées des empereurs romains, un jésuite allemand, Athanase Khircher, auteur d'une théorie sur
la couleur
, et titulaire de la chaire de mathématiques au Collège romain, réussit à se faire confier les manuscrits de Pietro della Valle. En 1636, il suppose, avec justesse, une parenté entre le copte et l’égyptien ancien.

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Kircher


Avant 1643, le Khircher écrit : « Les hiéroglyphes sont bien une écriture, mais non l’écriture composée de lettres, mots, noms et parties du discours déterminées dont nous usons en général : ils sont une écriture beaucoup plus excellente, plus sublime et plus proche des abstractions qui, par tel enchaînement ingénieux des symboles, ou son équivalent, propose d’un seul coup à l’intelligence du sage un raisonnement complexe, des notions élevées ou quelque mystère insigne caché dans le sein de la nature ou de la divinité. »

« Le jésuite Kircher… abusa de la bonne foi de ses contemporains, en publiant, sous le titre d'Oedipus Aegyptiacus, de prétendues traductions des légendes hiéroglyphiques sculptées sur les obélisques de Rome », constate Champollion, en critiquant l'attitude de Kircher qui va se fourvoyer dans une voie, avec une admirable constance et un singulier aveuglement, donnant des interprétations où il se couvrit de ridicule. Jamais il ne démontrera ses affirmations et abordera la traduction des hiéroglyphes en commençant là où il aurait dû finir.

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Champollion le jeune regrettera que la mauvaise foi du jésuite ait répandu le mythe de hiéroglyphes compris par les seuls initiés à la religion égyptienne, et que ces textes masquaient des sujets cachés et mystérieux, dont l'entendement était réservé à une caste de privilégiés.
La nature purement idéographique (un signe correspond à une idée) de cette écriture semblera, depuis l'Oedipus Aegyptiacus, ne souffrir aucune contestation et la connaissance de la langue parlée, qui seule peut permettre de progresser dans la connaissance des hiéroglyphes, est négligée de façon fort dommageable.

En 1644, Kircher publie Lingua aegyptiaca restituta qui est la traduction de manuscrits arabes recueillis par Pietro della Valle, et contient des grammaires de langue copte. Champollion écrira par la suite : « Dans cet ouvrage, qui, malgré ses innombrables imperfections, a beaucoup contribué à répandre l'étude de la langue copte, Kircher ne put se défaire de son charlatanisme habituel : … il osa introduire dans ce lexique, et donner comme coptes, plusieurs mots dont il avait besoin pour appuyer ses explications imaginaires. »


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Leibniz



Leibniz, le philosophe, mathématicien et théologien allemand qui qualifiait l’Egypte  de centre de gravité des trois continents, affirme que les obélisques sont des textes historiques, commémorant des évènements et des victoires, théorie beaucoup plus sage que celle de Khircher, donc moins remarquée. Newton sera moins rationnel et l’on préférera oublier son étude, par respect pour ses autres travaux. (cliquer sur : PROJET DE CONQUETE DE l'EGYPTE ).


Bossuet, en 1681, dans son Discours sur l’Histoire Universelle, affirme que l’Egypte n’avait pas encore vu de grands édifices autre que la tour de Babel, quand elle conçut les pyramides. (Elles furent bâties entre 2589 et 2504 avant notre ère, tandis que Babylone fut fondée aux environs de 1900 avant notre ère. La lecture de la Bible aura la peau dure jusqu’au vingtième siècle, et encore).

La raison d’un aussi faible nombre de témoignages, en près de dix siècles est que l’on se déplace rarement par agrément, à de rares exception près, comme le Vénitien anonyme, et que les voyages sont longs et périlleux en Méditerranée, du fait des barbaresques.
Ensuite, les Mamelouks ne sont pas des plus engageants, et tenter de lever des plans des divers monuments antiques, même en compagnie de janissaires, est souvent assimilé à de l’espionnage. C’est pourquoi, il faut se contenter, le plus souvent de témoignages écrits de pèlerins ou de membre du clergé catholique.

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En mai 1718, le père jésuite Claude Sicard, natif d’Aubagne, alors qu’il visite les coptes, est l'un des premiers européens à parvenir à Thèbes. Erudit, s’appuyant sur les écrits de Strabon, Diodore, Pline et Hérodote, après une étude approfondie des ruines de ce temple, il est convaincu qu’il s’agit du Memnonium dont fait mention Strabon.
Il pense, avec raison, que les vestiges, qu’il trouve non loin de là, sont ceux d’Abydos. Il localise de même Edfou et Dendéra. Le jésuite fera un compte rendu sur la nécropole thébaine, où il dépeint son étonnement devant la profondeur des sépultures creusées dans la roche.
Il est persuadé que les hiéroglyphes nous explique l’histoire des souverains. Dans le même registre rationnel, l’évêque de Gloucester, William Warburton, en 1744, repousse l’idée d’une écriture inventée par les prêtres égyptiens afin de cacher leur savoir mystérieux au commun des mortels.

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En 1761, l’abbé Barthélemy aura écrit un ouvrage plus intéressant, où il affirme que les inscrïptions contenues dans les encadrements ovales, que nos égyptologues nomment cartouches, ne sont ni plus ni moins que le nom d’un pharaon. Cette hypothèse est très intéressante, mais un texte multilingue serait nécessaire pour la conforter. Il faudra encore attendre trente sept ans pour l’obtenir.

L’abbé Jean-Jacques Barthélemy n’était pas n’importe qui : garde du cabinet du Roi, en 1754, il a proposé une méthode pour déchiffrer les textes phéniciens et palmyriens (Palmyre : la Syrie antique de la reine Zénobie). Cette méthode sert toujours, comme celle qu’il introduisit au cabinet royal des Médailles et qui est toujours d’actualité chez les numismates. Arrêté en 1793, il fut relâché immédiatement et mourut à Paris deux ans plus tard, quatre ans avant la découverte du fameux texte multilingue.

En 1785, un professeur de syriaque au Collège de France, Charles Joseph de Guignes, qui par ailleurs est sinologue, avance l’hypothèse d’une origine égyptienne du chinois. Il déduit de ses recherches que les anciens Egyptiens éludaient certaines voyelles et que les trois systèmes, hiéroglyphique, hiératique et démotique, ne sont la forme d’écriture que d’une seule langue.

Il n’est pas le premier à avoir cru à une filiation en les deux écritures : le père Du Jarric, en 1610, puis l’infatigable Kircher, ont déjà abondé dans ce sens, tandis que Leibniz ne parvenait pas à voir le moindre élément permettant de supposer qu’il y ait la moindre correspondance entre deux systèmes d’écritures, car l’égyptien reposait apparemment sur l’allégorie, tandis que le chinois paraissait bâti sur des considérations plus intellectuelles.

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Volney


De son véritable nom Constantin-François de Chassebeuf, un auteur de trente ans choisit de rendre hommage à Voltaire, qui s’était retiré à Ferney, en prenant le nom de Volney. Tout imprégné de l’esprit du siècles des lumières, Volney est horrifié devant l’ampleur des monuments qui soulignent autant « le génie d’un peuple opulent et ami des arts, que la servitude d’une nation tourmentée par le caprice de ses maîtres. » Même de nos jours, l’idée qu’il a fallu des esclaves pour bâtir de telles merveilles ne peut être extirpée de l’inconscient collectif, dont Hollywood s’est fait l’écho.

Volney publiera en 1787 ce passage, dont tous les Occidentaux qui voudront se rendre maître de l’Egypte auraient dû tenir compte. « Le caractère des deux nations, opposé en tout, deviendra antipathique. Nos soldats scandaliseront par leur insolence envers les femmes ; cet article seul aura les suites les plus graves. Nos officiers même porteront avec eux ce ton léger, exclusif, méprisant qui nous rend insupportables aux étrangers et ils aliéneront tous les cœurs. »

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Même si les armées républicaines n’auront pas la même attitude hautaine, le choc des cultures sera une des principales causes du rejet des Français et de leur armée, lors de l’expédition d’Egypte.

Le jeune Bonaparte, encore une fois, en fait l’un de ses livres préférés. Il apprécie tellement Volney qu’il lui proposera de l’associer eu Consulat, puis sous l’Empire d’en faire le Ministre de l’intérieur, mais l’érudit refusera par deux fois, puis siégeant au Sénat, il s’opposera à Napoléon, et enfin, sous la Restauration, à la Chambre des pairs, il continuera d’afficher ses idéaux républicains.

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Le danois Jörgen Zoëga, en 1797, déduit de son impressionnante collection de documents et objets égyptiens, que l’écriture égyptienne ancienne comporte des éléments phonétiques. L’étape décisive approche.


 

 

 

02. La Campagne d'Egypte

Par Ahmosis :: 30/10/2006 à 20:15 :: 1 - Avant Champollion

2 - La campagne d’Egypte
par Jean-Pierre Lastrajoli ©





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Bonaparte, âgé de 29 ans, revient d’Italie
tout auréolé de gloire (il sera élu membre de l’Institut, dans la section mathématiques) et, ainsi alimenté dans ses ambitions, il songe à ses deux modèles, Alexandre le Grand et Jules César : l’un et l’autre ont dominé l’Egypte.
 
Alexandre, après avoir fondé Alexandrie, a même poussé jusqu’en Inde,  - cette Inde que détiennent actuellement les Anglais et que, dans son rêve d’un immense Empire, encore plus vaste que celui de ses prédécesseurs, l’ancien élève de Brienne et de l’école militaire de Paris songe à conquérir sans doute - .

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Mais, pour permettre à la France de jouer un rôle de grande puissance, il lui faut asseoir sa domination en Méditerranée, et quoi de plus glorieux que de marcher sur les traces des deux grands conquérants, au prétexte de libérer un peuple subissant le joug des beys.

Après le traité de Campoformio, en 1797, entre la France et l’Autriche, seule l’Angleterre est en guerre déclarée contre le pays régicide. Bonaparte, sur les conseils de
Talleyrand , propose de transposer le terrain de l’affrontement en Orient, afin de leur couper la route des Indes.
Les cinq Directeurs, malgré le danger qui menace la France à ses frontières, car une simple rupture du traité pourrait faire revenir l’Autriche dans le combat, demande au jeune général, trop populaire à leurs yeux, d’aller délivrer le peuple d’Egypte de la tyrannie des Mamelouks.  

Mais, là où le futur Napoléon se distingue des autres grands conquérants, c’est qu’il a décidé de ne pas y aller avec sa seule armée de 38.000 hommes, embarqués à bord de 328 navires. Il est accompagné des généraux, Desaix,
Kléber
et Lannes.

Le jeune Bonaparte a baigné dans l’esprit du siècle des lumières, d’où la science et l’art étaient deux piliers, et si des philosophes, lors de cette campagne ne lui sont guère utiles sur le terrain, 500 civils, parmi lesquels 167 savants et experts (17 ingénieurs civils, des ingénieurs des mines, 21 mathématiciens, 3 astronomes, 13 naturalistes, 4 architectes, 10 hommes de lettres, 22 imprimeurs, etc.) et 8 dessinateurs ne l’accompagnent pas moins pour conquérir et aussi pour déchiffrer la terre des pharaons.


Gaspard Monge


Bonaparte la qualifie de berceau de la science et des arts de toute l’humanité. L’un des projets sera défini par Gaspard Monge
 dans une lettre à Bonaparte, ce nouveau Jason « qui va porter le flambeau de la raison dans un pays où depuis bien longtemps sa lumière ne parvient plus, qui va étendre le domaine de la philosophie et porter plus loin la gloire nationale. »

Le ministère multiplie les fausses annonces d’un départ pour l’Angleterre, projet qui a été sérieusement étudié par Bonaparte, mais auquel il a fini par renoncer. « On sait de quel profond mystère furent enveloppés les préparatifs de l’expédition d’Egypte. Le but en resta longtemps ignoré de ceux mêmes qui tenaient les premiers rangs dans l’armée et la commission des sciences. », affirmera Isidore, le fils d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire
.  

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Desaix


Embarquée en grande partie à Toulon, le 19 mai 1798 au matin, rejointe par les convois venant d’autres ports de Marseille à Cività-Vecchia, formant une ville flottante de plus de trois cents navires, l’expédition met en contact les savants avec la pénible vie des militaires à bord.

Geoffroy Saint-Hilaire va pouvoir s’intéresser à l’anatomie d’un requin, pris le vingtième jour de la navigation, et se procure les deux pilotes qui l’accompagnent, ce qui le conduira, neuf ans plus tard, à publier un mémoire sur l’affection mutuelle de certains animaux.

La rumeur persistante d’une escadre anglaise, lancée aux trousses de l’expédition, va causer de fréquentes alertes, sans qu’on la voit paraître, après l’avoir entraperçue.

Autre frayeur : un jour qu’il se rend à bord d’une frégate, afin de visiter des amis savants, Geoffroy Saint-Hilaire et les matelots l’accompagnant, sont renversés et seuls ces derniers reparaissent. Il ne sait pas nager et remonte à la surface, tant bien que mal, et ne doit son salut qu’à une échelle de corde, qu’il agrippe par un heureux hasard, et se hisse à bord de la frégate, bien que blessé.

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La flotte arrive bientôt en vue de Malte. « Huit jours avaient suffi à Bonaparte pour prendre possession de l’île de Malte, y organiser un gouvernement provisoire, se ravitailler, faire de l’eau, et régler toutes les dispositions militaires et administratives », écrira le futur maréchal Berthier.

« Le 19 juin, Bonaparte mit à la voile, laissant Desaix à l’arrière-garde » (Bonnal, Histoire de Desaix). Elle avait mis plus de trois semaines pour arriver sur Malte ; « elle employa treize jours pour achever le voyage ; lenteur salutaire, par laquelle furent déjoués tous les plans de Nelson. »

 

Le 29 juin, l’armada française aperçoit la plage d’Egypte et le lendemain les colonnes de Pompée. Le consul, venu à bord, fait part de la crainte de la population, à la vue de l’imposante escadre, et des mouvements qu’elle a occasionnés contre les Chrétiens.
Bonaparte apprend, par la bouche du diplomate, que quatorze vaisseaux anglais sont arrivés en vue d’Alexandrie et, n’ayant pas trouvé la flotte française,
Nelson
a fait route vers le nord-est. Dans la nuit du 22 au 23 juin, il avait doublé l’expédition et était parvenu le premier dans la cité des Lagides ;  il croise à présent à proximité de Chypre.  

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Bonaparte ignorant qu’il dispose de suffisamment de temps, débarque en hâte, le 2 juillet, par une mer agitée qui se brise sur les récifs, dans l’anse du Marabout.. Le jeune général passe en revue les mille hommes de Kléber, les dix-huit cents de la division Menou et les quinze cents du général Bon. Aucun canon, pas un seul cheval, pas plus que les généraux
Desaix et Régnier, n’ont pu débarquer, par la faute de l’état de la mer. A deux heures et demie du matin, la maigre armée se met en route pour rejoindre Alexandrie.  

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Arrivé à portée de canons de la ville, Bonaparte parlemente et c’est au canon que les habitants répondent. Rapidement les murs sont investis par les troupes françaises, et les défenseurs se réfugient dans la ville. Le général français fait savoir qu’il n’exercera aucune représailles, étant venu combattre les envahisseurs Mamelouks, et que la liberté de culte est garantie ;  la population laisse les Français prendre possession de la ville.

Desaix, qui a entre-temps débarqué, est allé se placer en avant-garde, vers Rosette, sur la route du Caire, selon les ordres de Berthier. Les bâtiments de transport entrent dans le port et débarquent les chevaux, les canons, les munitions et les vivres, ainsi que les savants. La flotte va ensuite mouiller à Aboukir, qui paraît plus sûr.

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Décidé à porter rapidement ses troupes au Caire, Bonaparte ignore Rosette, et fonce à travers le désert. Le
général Menou est chargé de prendre Rosette et de faire embarquer le riz sur une flottille, composée de plusieurs chaloupes canonnières et d’un chebek, et de suivre la route du Caire, par la rive gauche. Kléber, blessé par une balle à la tête, reste à Alexandrie.    

Le vent pousse la flottille trop rapidement, et elle dépasse d’une lieue l’armée marchant sur la rive gauche. Elle est aussitôt attaquée par les Mamelouks et une chaloupe, ainsi qu’une galère sont investies. Le chef de division Pérée contre-attaque et en reprend possession.

« Il est puissamment secondé dans ce combat inégal et glorieux par l’intrépidité et le sang-froid du général Andréossy, et par les citoyens Monge, Berthollet, … qui se trouvent à bord du chebeck. » Cité par
 
Berthier ,  cet épisode est relaté sous une forme légèrement différente par Arago, mais soulignant également le courage des deux scientifiques.  

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Murad Bey et ses Mamelouks


Murad Bey, à la tête de six mille Mamelouks, accompagnés de fellahs, se propose de couper la route du Caire, à la hauteur de Boulaq. Berthier dépeint le tableau : « La cavalerie des Mameloucks était couverte d’armes étincelantes. On voyait en arrière de sa gauche ces fameuses pyramides dont la masse indestructible a survécu à tant d’empires, et brave depuis trente siècles les outrages du temps. »

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Bataille dite des Pyramides


Arrêt sur image d’Epinal : nous ne sommes pas au pied des pyramides, comme certains tableaux héroïques se plaisent à le montrer, et on ne parle que de trente siècles. Bonaparte, en bon publiciste, décidera de baptiser opportunément ce violent combat par un terme qui en fait un Moïse vengeur ;  le 21 juillet a donc lieu la bataille des pyramides. 6.000 Mamelouks et 20.000 Arabes affrontent l’armée française.

Opposant leur courage brouillon à la tactique moderne des Européens, les Mamelouks sont défaits, leur cadavres jonchant le sol ou flottant dans le Nil ; elle a coûté dix hommes aux Français et trente blessés : la bataille laissera des traces dans tous les manuels d’histoire, d’autant qu’elle est agrémentée d’une phrase célèbre, citée par Arago, en 1854, et situant l’action au pied des intemporels monuments :

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«Soldats, du haut de ces Pyramides, quarante siècles vous contemplent !»


Cette citation a l’air anodine, mais à l’époque, elle semble plus le fruit de la réflexion politique que du hasard ou bien de la recherche historique. Elle signifie que Bonaparte pense que ces pyramides datent de 2200 ans avant notre ère (il ne se trompe que de 300 ans).

Le monde n’était-il pas né, selon James Usher, archevêque de Armagh au XVIIème siècle, en 4004 avant Jésus-Christ ? Un autre ecclésiastique avait même été plus précis : le 23 octobre à neuf heures du matin !

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James Usher


Comme Berthier a parlé de trente siècles, en 1827 sous la Restauration, il est permis de penser que la phrase a peut-être été formulée à posteriori, et non le jour de cette bataille, même si elle est citée par Vivan Denon, sous la forme de : « Allez, et pensez que du haut de ces monuments quarante siècles nous observent. »

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Bonaparte entre en vainqueur au Caire


Revenons à la bataille des pyramides. Trois jours après sa victoire, Bonaparte entre dans la ville du Caire et prend possession du palais du Bey. Pendant ce temps, les savants, au nombre desquels Jomard, sous la conduite de l’ingénieur géographe Testevuide, ont relevé les coordonnées de la colonne de Pompée (élevée par les Romains) et des Aiguilles de Cléopâtre (qui sont des obélisques érigés sous Thoutmès III à Héliopolis, et déplacé à Alexandrie sous Auguste, avant d’orner Londres, pour le premier et Central Park à New York pour le second).  

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Bonaparte présidant le diwan


Tandis que les jeunes gens de Monge posent les fondements de la Carte d’Egypte, le 1er août, Nelson ayant enfin localisé la flotte française, les vaisseaux anglais la détruisent au large d’Aboukir (Cliquer ici pour avoir beaucoup plus de détails sur la bataille navale du 1er Aout 1798 ). Trois mille deux cents hommes sont tués, trois mille autres sont prisonniers et seuls quatre navires réchappent de cette débâcle, malgré la vaillance des officiers et des marins français.  

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Le vaisseau-amiral l’Orient explose


Le brillant général est prisonnier de l’Egypte et le restera pendant une bonne année. Il lui faudra s’occuper en administrant sa conquête, maintenant que toute retraite lui est immédiatement impossible. Lorsqu’il voit le gué de la Mer Rouge, c’est parce qu’il est parti visiter les vestiges d’un ancien canal, à présent ensablé, construit sous Sésostris (vers 1971-1928 avant notre ère).

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L'amiral Brueys d'Aigaillers, commandant de l'Orient


Ainsi que l’a relaté Diodore : « Il (Sésostris) fit faire des canaux de communication depuis Memphis jusqu’à la mer d’Arabie, pour faciliter le commerce de tous les peuples de la terre avec l’Egypte et pour abréger le transport des fruits et de toutes marchandises. » Une idée qui fera son chemin dans le siècle suivant est en train de renaître 3700 ans plus tard.

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Insurrection du Caire


Au Caire, le 21 octobre une insurrection a lieu, au cours de laquelle Monge et Berthollet ont de nouveau l’occasion de démontrer leur intrépidité. Périssent « les ingénieurs Duval, Thévenot, le dessinateur Duperrès, le chef de brigade Shulkowski, le général Dupuis et plus de soixante Français. »

Parmi les morts, on trouve Testevuide qui dirigeait l’équipe des ingénieurs géographes. Celui-ci avait dirigé le cadastre de Corse, et était alors accompagné de son neveu Pierre Jacotin. Né en 1765 à Champigny, ce dernier l’avait rejoint dans l’Ile de Beauté à l’âge de dix-huit ans, et cinq années plus tard, l’avait accompagné lors de l’expédition suivante.

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Le général Caffarelli


C’est justement lui qui va prendre la succession de son oncle, et diriger les travaux qui vont permettre d’établir la carte de l’Egypte au 1/800000ème. Les géographes vont devoir innover, car une partie de leurs instruments de mesure a coulé avec le reste de la cargaison du Patriote. L’autre partie était conservée dans la maison du général Caffarelli, celui-là même qui avait rejoint Alexandrie à pied malgré sa jambe de bois ;  hélas, lors de l’insurrection, elle a été pillée.

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C’est donc à partir d’observations astronomiques que les géographes vont pouvoir travailler. Jacotin, lorsqu’il retournera en France, quittant l’Egypte avec les derniers savants et militaires, publiera un atlas de la carte de l’Egypte et de la Syrie. Parmi ses autres travaux ultérieurs figurera une carte de la Corse en huit feuilles.


Les Français poursuivent les Mamelouks dans le désert et, contrairement à la population des villes, sont bien reçus par les habitants des villages, lesquels voient en eux des libérateurs. Desaix s’arrête à Assiout, à trois cents kilomètres du Caire, puis regagne le Fayoum. Dans son équipée, il est accompagné par Vivant Denon qui raconte.

  
Parvenant à Thèbes, « l’armée, à l’aspect de ces ruines éparses, s’arrêta d’elle-même, et, par un mouvement spontané, battit des mains, comme si l’occupation des restes de cette capitale eût été le but de ses glorieux travaux, eût complété la conquête de l’Egypte. » A Syène, « lorsque les troupes aperçurent les ruines au détour d’une montagne, son admiration fut telle qu’elles présentèrent d’elles-mêmes les armes à ces glorieux débris. »

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Poussés par les Anglais, les Turcs veulent reprendre possession de l’Egypte, ce qui leur permettrait d’affirmer une autorité que les mamelouks avaient négligée, au cours des décades passées, du fait du relatif éloignement géographique. Bonaparte ne les attend point et les rencontre en Syrie.

La progression de l’armée française est pénible et lente, ce qui ne l’empêche pas de remporter quelques victoires : El-Arich, Nazareth, Mont Thabor et Jaffa. Il baptise les batailles de noms à références religieuses, qui profiteront à la propagande napoléonienne, car le voici dans la ville qui vit naître le Christ, le mont où se produisit la Transfiguration, et dans la ville reprise aux croisés par Saladin, qu’en "croisé" des temps modernes il reconquiert.

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Mais la peste sévit dans ces régions et l’armée du jeune général commence à être ravagée par l’épidémie. Le 11 mars 1799, le stratège, accompagné du médecin-chef de son armée, visite les pestiférés de la mosquée, transformée en hôpital. Le tableau des Pestiférés de Jaffa (baron Gros, voir ci-dessous) servira plus tard la propagande de Napoléon, nouveau Christ des terres bibliques.
De même, en bon politicien, il transforme un échec en victoire, car il ne brise pas le siège d’Acre, durant lequel meurt Caffarelli,  et revient au Caire, au terme de cette expédition de Syrie, une armée amoindrie par « deux mille deux cents morts, trois mille cents blessés et malades. »

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Les pestiférés de Jaffa


En Europe, le Directoire, par sa volonté d’étendre la Révolution en créant des républiques sœurs, chatouille au-delà du raisonnable les monarques étrangers. Les armées du Roi de Naples (Bourbon d’Italie), ont chassé les Français de Rome et les cinq Directeurs déclarent la guerre au souverain napolitain, ainsi qu’à son allié, le royaume de Sardaigne. Rome est reprise et vidée d’une partie de ses trésors, puis Naples suit. Le Piémont est occupé par Joubert et le roi de Sardaigne doit s’enfuir dans l’extrême sud, à Cagliari.

A la fin de 1798, une coalition se forme où l’on retrouve, bien sûr, les Anglais et les Turcs que rejoint Paul 1er, Tsar de toutes les Russies. L’Autriche, suite à son traité, semble vouloir rester neutre. Cependant, elle accepte que les Russes passent sur son territoire pour aller en Italie. Le Directoire ne perd pas une si belle occasion de faire une nouvelle erreur et proteste vivement, rompant ses relations avec les Autrichiens.

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Le général Joubert


Les défaites françaises vont se succéder et Joubert (sur lequel Sieyès, le plus ambitieux des Directeurs, comptait pour organiser un coup d’état) meurt à Novi le 15 août 1799. Informé du danger qui menace le pays et, à présent que lui apparaît l’inutilité militaire de sa conquête, puisque sa flotte est détruite, Bonaparte songe à rentrer en France où il pourra se rendre plus utile.

Le 22 août, il embarque sur la frégate Muiron, échappant on ne sait comment aux vaisseaux anglais, et revient à Fréjus, abandonnant son armée, déléguant à Kléber l’administration de l’Egypte et laissant œuvrer les scientifiques, dont certains sont désemparés, dans un premier temps.

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Bonaparte débarquant à son retour d’Egypte (Bibliothèque Nationale)

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Le même fait croqué par les Anglais


Gaspard Monge est au courant, comme Berthollet, même si le premier nommé affirme à Fourier, selon Jomard : « Si nous partons pour la France, nous n’en savions rien aujourd’hui avant midi. » Geoffroy Saint-Hilaire, quant à lui, a compris, depuis un moment déjà, les intentions du général, relatives à l’Egypte, si bien que, toujours selon Jomard, il a même engagé un pari à ce sujet.

Bonaparte, selon ce dernier, en excursion aux pyramides de Gizeh, confia à ses compagnons scientifiques : « Commilitones, jamais ce jour et ceux qui me suivent, ne s’effaceront  de ma mémoire ! »

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Même si le moment présent semble démentir ses propos, les temps à venir démontreront que ces paroles venaient du cœur, et il parlera de ces compagnons, même sur Sainte Hélène, lui qui offrira des postes de préfet à quelques-uns uns d’entre eux. Bonaparte s’en va, car le destin attend Napoléon.

 

 

 

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