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Ahmosis Champollion, le déchiffreur et les défricheurs

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03. La clé des grands mystères

Par Ahmosis :: 30/10/2006 à 20:00 :: 2 - Champollion - Jeunesse

La clef des grands mystères
par Jean-Pierre Lastrajoli ©




Il sait depuis plus d’un mois, qu’une découverte a été faite, mais il ne l’a malheureusement pas emportée ; heureusement pour le British Museum. En juillet 1799, suite au débarquement de milliers d’Ottomans au déjà tristement célèbre Aboukir, où ils ont passé la garnison au fil de l’épée, il ne fait plus aucun doute que leur cible prochaine sera soit Alexandrie, soit Rosette, la verte cité à l’embouchure du bras occidental du Nil, aux fortifications insuffisantes pour espérer résister à l’envahisseur éventuel.

Bonaparte va remporter un grand succès à Aboukir, juste avant de quitter l’Egypte, en repoussant les Turcs, qui sur les vingt mille qui y avaient été envoyés, ne furent que six mille à en réchapper, faits prisonniers. Rosette n’a plus rien à craindre, même si ce débarquement va avoir des conséquences inattendues.

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Bataille terrestre d'Aboukir



L'ancien Borg Rachid, nouvellement rebaptisé fort Julien en l’honneur de l’infortuné aide de camp de Bonaparte, mort quelques temps plus tôt, est dans un état de ruines tel, qu’il oblige les militaires français à procéder d’urgence à des travaux destinés à fortifier les positions, sous la conduite d’Hautpoul, chef de bataillon du Génie, assisté du lieutenant Bouchard.

Pour ce faire, ils démolissent des murs en ruine, construits par les arabes à partir de matériaux divers. Soudain, une pierre de basalte noir, de 762 kilos, d’un mètre environ sur 70 centimètres attire leur attention. Ils appellent le lieutenant Bouchard, afin de lui montrer leur découverte.

Pierre François Xavier Bouchard, qui un an auparavant faisait partie des 167 savants de l’expédition, après avoir servi à Meudon, sous les ordres de
  Nicolas Jacques Conté , (dont le nom restera attaché à l’invention du crayon noir), trois ans auparavant a été admis à la toute jeune école polytechnique, dont nombre de professeurs et élèves composent les rangs des scientifiques de l’expédition.  

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Nicolas Conté


Toujours élève, Bouchard passe son examen de sortie au Caire, - ce qui n’est guère fréquent dans l’histoire de la prestigieuse école. De Villiers est dans le même cas -, et ne vient d’être affecté que depuis un mois au Génie. La chance vient de frapper par deux fois. En premier lieu, il était nécessaire de démolir ce mur pour fortifier la position. Enfin, la deuxième chance, c’est que les terrassiers aient appelé leur officier, au lieu de réutiliser bêtement la pierre et que cet officier ait réalisé qu’ils venaient de faire une découverte importante.

Dès que l’on l’a nettoyée, la fameuse pierre (qualifiée de granitique par les militaires et considérée jusqu’à il y a peu de temps encore comme basaltique, avant que l’on s’aperçoive que le jugement des soldats était le plus judicieux), provenant de la réutilisation, en tant que matériau de construction, dans de nombreuses maisons de Rosette, de blocs d’un temple situé sur la même branche du Nil, était loin d’être un simple vestige du passé : c’était une clé pour les temps à venir. Ses dimensions la rendaient déjà remarquable : 114 centimètres de hauteur, 72 de largeur et 27 d’épaisseur.

Les inscriptions sont faites en trois groupe de signes, dont l’un est manifestement grec, ce que des Français, se trouvant à Rosette, peuvent traduire avec une relative facilité. La traduction n’a rien de sensationnel, puisqu’il y est question d’un hommage rendu à l’un des nombreux Ptolémée et de l’anniversaire de son couronnement.

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Pierre de Rosette


La dernière phrase crée cependant un émoi, dans la communauté savante, car elle mentionne que « ce décret sera inscrit sur des stèles de pierre dure, en caractères sacrés, indigènes et grecs ». Aurait-on découvert la fameuse clé des hiéroglyphes, dont on désespérait de pouvoir traduire le sens ?
Par bonheur, la communauté française mesure très rapidement la portée de cette découverte, bien plus que la communauté égyptienne de l’époque, laquelle n’y voit que des vestiges méprisables d’une antique civilisation païenne.

« Le citoyen Lancret, membre de l’Institut, informe que le citoyen Bouchard, officier du génie, a découvert dans la ville de Rosette des inscriptions dont l’examen peut offrir beaucoup d’intérêt. La pierre noire qui porte les inscriptions  est divisée en trois bandes horizontales ; la plus inférieure contient plusieurs lignes de caractères grecs qui ont été gravés sous le règne de Ptolémée Philopator ; la seconde inscription est écrite en caractères inconnus, et la troisième en caractères hiéroglyphiques. »

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C’est en ces termes que le monde savant apprend la découverte d’un texte qui non seulement est bilingue, mais trilingue. Les hiéroglyphes vont livrer leur secret ; ça ne fait plus aucun doute. Dans l’esprit de beaucoup, c’est une question de mois. En fait, il faudra attendre des dizaines d’années pour que la stèle livre son secret. L’article annonçant cette découverte, dans le Courrier d’Egypte, journal des armées de l’expédition rédigé par Fourier, serait parvenu jusqu’à Figeac, en Guyenne, dans une librairie.

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La Décade égyptienne ne parvient pas à Figeac, et c’est bien dommage, car ce qui y est imprimé, concernant cette découverte importante, est d’une autre teneur. Jean-Joseph Marcel, bien que seulement âgé de 22 ans, fait déjà partie des meilleurs orientalistes et il a rejoint l’expédition, venant de l’Imprimerie Nationale, pour fonder l’Imprimerie du Caire. Il s’intéresse, en ne se servant que de sa seule connaissance de l’arabe, à la stèle noire qu’il décrit ainsi :

«
L’inscription hiéroglyphique renferme quatorze lignes, dont les figures, de six lignes de dimension, sont rangées de gauche à droite.
La seconde inscription, qui avait été d’abord annoncée comme syriaque, puis comme copte, est composée de trente-deux lignes de caractères qui suivent le même sens que l’inscription supérieure, et qui sont évidemment des caractères cursifs de l’ancienne langue égyptienne. J’ai retrouvé des formes identiques sur quelques rouleaux de papyrus…
»

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Leçons de Langue Ethiopienne de Jean-Joseph Marcel, 1819


Les savants décident de copier le précieux texte de la stèle de Rosette. Les dessinateurs renoncent à l’impossible projet, devant l’ampleur du travail et surtout les risques d’erreurs engendrées par la retranscription de signes inconnus. Le 24 janvier 1800, Jean-Joseph Marcel demande à ce qu’on lave la stèle, et la fait essuyer, en prenant soin de laisser les creux emplis d’eau. La pierre est ensuite recouverte d’encre et un papier trempé est appliqué sur sa surface ; on peut lire, dans un miroir, les signes qui ressortent en blanc sur fond noir.

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Si Bonaparte et Monge ne sont plus  au pied des pyramides,
la pierre de Rosette est hélas toujours en Egypte


Nicolas Conté applique la méthode contraire : la surface lisse et plane de la stèle est recouverte d’un mélange ne retenant pas l’encre, laquelle ne se loge que dans les creux des inscriptions. Les caractères apparaissent en noir sur fond blanc, ce qui rend la lecture dans le miroir plus aisée. Les deux types de copies rejoignent l’Institut au début des beaux jours de l’année 1800.

Enfin, on procède à un moulage, lequel sera bien utile à la Description de l’Egypte. La pierre ne livra pas aussi rapidement qu’on aurait pu le penser son secret pour la partie grecque : elle reprenait le texte d’un décret que les prêtres égyptiens avaient rendu en 196 (et non 157) avant notre ère, en l’honneur de Ptolémée Epiphane (et non Philopator ou encore Philometor) et de son épouse Cléopâtre (la première et non la plus connue laquelle fut l’ultime et septième du nom).

 

Selon Geoffroy Saint-Hilaire, Bonaparte a un jour confié à Monge : « Je me trouve conquérant en Egypte comme le fut Alexandre ; il eut été plus de mon goût de marcher sur les traces de Newton. Cette pensée me préoccupait à l’âge de quinze ans. »

Aussi, ne fut-il pas surprenant, le 20 août 1798, qu’il ait créé l’Institut d’Egypte. Forment le premier noyau de cette illustre société, Monge, Berthollet, Costaz, Desgenettes, Geoffroy Saint-Hilaire, les généraux Andréossy et Cafarelli (qui bien qu’ayant une jambe de bois, n’en avait pas moins effectué la fameuse marche, depuis le lieu du débarquement vers Alexandrie et qui était surnommé Abou Kabaché, le père la béquille). Monge est élu président, le futur 1er consul, vice-président et le citoyen Fourier, secrétaire perpétuel de l’Institut d’Egypte.

Monge, lors de l’insurrection du Caire, le 21 octobre 1798, se refusera à abandonner le palais de Hassan-Kachef, et organisera sa défense. Le siège de l’Institut ne sera dégagé qu’au bout de deux jours et demi. Sur les deux savants indissociables, Berthier écrit : « Les citoyens Monge et Berthollet sont partout, s’occupent de tout, et sont les premiers moteurs de tout ce qui peut propager la science. »

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Monge et Berthollet faisant le coup de feu


Andréossy visite le lac Menzaléh, décrivant la composition des terrains dans les vallées des lacs du natron. Geoffroy Saint-Hilaire y découvre le Hétérebranche, poisson ayant deux organes ramifiés, à la fonction comparable à celle des bronches. Ce dernier va se lancer dans une moisson impressionnante, débouchant sur la rédaction de nombreux mémoires, dans les années à venir.  

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Le général Andréossy


Costaz s’intéresse à la composition du sable du désert, Berthollet étudie les propriétés tinctoriales des végétaux, l’ingénieur Gérard prend des notes sur l’agriculture égyptienne, Lancret recherche les canaux fertilisateurs, Regnault décompose le limon du Nil, etc.

Les artistes n’en restent pas inactifs pour autant, à l’instar du conservateur d’une collection de pierres gravées, léguées par madame De Pompadour, sous Louis XV,  Dominique Vivant Denon, qui seul avait été autorisé à suivre Desaix et qui a donné, par les résultats de ses carnets de dessins, l’idée de rendre par l’image la splendeur des monuments égyptiens.

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Vivant Denon dessinant


« J’ignorais absolument quelles étaient ma situation et mes ressources ; je n’avais depuis neuf mois pensé qu’à chercher, qu’à rassembler des objets intéressants ; je n’avais redouté aucun danger pour satisfaire ma curiosité… », écrira le futur Directeur Général des Musées.

Denon constate, devant différents tableaux examinés à Médinet-Habou, que le héros représenté conserve toujours la même physionomie, ce qui prouve qu'elle est portrait.
Un prêtre retranscrit les actes du héros. « C’était la première fois que j’eusse vu des figures dans l’acte d’écrire : les Egyptiens avaient donc des livres. »  Mieux : dans une tombe qui a été violée, une momie tient un papyrus. « Je n’osais toucher à ce livre, le plus ancien des livres connus jusqu’à ce jour ; je n’osais le confier à personne, le déposer nulle part. »


Mesures du Sphinx (Vivant Denon)


Bonaparte ayant examiné les dessins de Vivant Denon estime que sa mission est terminée et le fait rentrer avec lui ; il va le suivre sur tous les champs de bataille à travers l’Europe. Denon publiera en 1802 son
Voyage dans la Haute et Basse Egypte , comprenant les dessins faits jusqu’en août 1799 des temples, des sites, des villages, dans des positions souvent inconfortables.

Ses collègues entourent le savant aventurier, le pressant de question.  « J’étais le membre de l’Institut qui le premier fût revenu de la Haute-Egypte. » L’Institut va se charger de compléter les travaux de Denon, en portant ses regards dans tous les domaines, recueillant des informations inestimables sur l’Egypte antique et sur sa descendante, en ces jours de fin de XVIIIème siècle.

Conduits par Monge, Berthollet, leurs polytechniciens, parmi lesquels un jeune homme de 21 ans, Edme François Jomard, se fera plus connaître par la suite, vont récolter une moisson de documents, d’objets et de statues dont ils ne pourront ramener qu’une partie, après un prélèvement opéré par les armées anglaises. Tout ne sera pas perdu, puisque Denon n’est pas resté jusqu’au bout de la campagne, contrairement à Jomard, et a rapporté quelques pièces assez intéressantes.

L’Institut sera un objet de curiosité pour les Orientaux. On y voit le vainqueur de Mourad-Bey siéger et n’avoir droit qu’à une voix, lors des votes, au même titre que ses collègues, et cette république des esprits va semer des idées qui germeront plus tard, au rythme de l’Egypte, selon la seule volonté de ses habitants.

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Vivant Denon


Pendant ce temps, on a essayé à de multiples reprises de faire embarquer la pierre de Rosette, à destination de la France. Mais les Anglais veillent et empêchent tout départ d’un quelconque trésor et en particulier celui-là, tandis que Jomard mesure les édifices anciens, au nombre desquels figurent les grandes pyramides. Les chiffres qu’il en tirera l’amèneront à avancer des hypothèses pour le moins hasardeuses. Il n’est pas le premier et il ne sera pas le dernier.

Parmi les savants qui accompagnaient Bonaparte, un mathématicien et physicien va connaître une destinée qui contribuera à la découverte de la signification des hiéroglyphes. Joseph Fourier, représentant de la France auprès du gouvernement égyptien, deviendra ministre de la justice, puis préfet en Isère. Il y sera chargé de rédiger la préface d’un ouvrage que Napoléon ordonnera de publier à l’Imprimerie Impériale en février 1802, Description de l’Egypte, soient 837 planches gravées sur cuivre, représentant plus de 3000 illustrations qui dépassent pour certaines le mètre.

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Par un heureux effet du hasard, le volume I commencera par l’île de Philae, où les derniers hiéroglyphes connus à ce jour auraient été gravés. Après les monuments dans leur état actuel, les collections d’antiques, tout au long des dix tomes in-folio et des deux recueils, auxquels ont collaboré 400 graveurs sur cuivre, on y montre, l’Egypte du début du XIXème siècle : arts et métiers, costumes et portraits, vases, meubles et instruments, inscriptions, monnaies et médailles et pour finir la zoologie des mammifères aux oursins, en passant par les insectes.

Le 22 novembre 1799, Kléber écrit à Monge : « Je crois devoir charger l’Institut de transmettre aux deux commissions qui ont visité la haute Egypte le témoignage de ma vive satisfaction sur la manière dont elles se sont acquittées de cette mission, »… « car l’objet est le même, celui de répandre l’instruction et concourir à élever un monument littéraire digne du nom français. Je désire en conséquence que l’on prenne des mesures promptes pour assurer la rédaction des différents travaux… ».

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Kléber


Ces passages montrent l’intérêt que les militaires, après Bonaparte portent à la science, car n’oublions pas que les généraux représentent la Révolution, issue des écrits des philosophes de ce siècle finissant, où le savoir est l’arme la plus sûre pour lutter contre les privilèges abolis.

Une campagne militaire désastreuse, puisque l’armée du général Bonaparte, oubliée par la France, progressivement sans munition, minée par les maladies, confinée dans le delta par les Anglais et les Turcs, s’achèvera par un traité de paix conclu par Kléber et Desaix, au terme du désastre d’El Arich. Bloqués par une épidémie de peste, les savants apprennent, en embarquant,.que le fameux traité vient d’être dénoncé.

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Assassinat de kléber et supplice du meurtrier


Un message insolent, selon Kléber, de la part des Anglais, lui fait déchirer le traité et il remporte la victoire d’Héliopolis. Le 14 juin 1800,
Kléber est assassiné et Menou le remplace, tentant une impossible intégration, à ce moment-là et en aussi peu de temps, des deux communautés orientale et occidentale. Les combats se poursuivent et des troupes ayant débarqué une nouvelle fois à Aboukir, Bouchard défend Fort Julien, mais doit capituler au terme de dix jours de siège.

Geoffroy Saint-Hilaire confiera plus tard : «Vingt mois entiers s’écoulèrent encore entre le traité d’El Arich et le départ de la Commission ; vingt mois d’incertitude et de déceptions sans cesse renaissantes.»

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Kléber


Le Caire tombe bientôt, et ceux qui y sont restés peuvent bénéficier des conditions de la capitulation de la Cité : le 14 juillet 1801, ils quittent le pays avec armes et bagages. D’autres ont effectué le mauvais choix, ayant quitté le Caire pour Alexandrie, depuis le 11 avril, se réfugiant dans l’antique cité des Ptolémées avant la reddition de l’actuelle capitale, où sévit une épidémie de peste.

Tandis que Geoffroy Saint-Hilaire étudie des poissons électriques, Alexandrie est assiégée et bombardée. La cité des Lagides finira par céder et le général Menou propose un projet de capitulation que les Anglais rejettent en particulier l’article 16 prévoyant que les savants peuvent emmener «les papiers, plans, mémoires, collections d’histoire naturelle, et tous les monuments d’art et d’antiquité recueillis par eux».

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Geoffroy Saint-Hilaire


Des échanges très vifs, faits de menaces et de mensonges, émaillent les courriers échangés par le général Hutchinson et le général Menou. Fourier tire Geoffroy Saint-Hilaire de ses études, en lui annonçant que toutes les richesses scientifiques de la Commission vont tomber aux mains des Anglais.

Geoffroy Saint-Hilaire, Savigny et Delile se rendent en députation au camp anglais, afin d’y voir le général Hutchinson. Ce dernier refuse, après réflexion, de céder aux demandes des savants, sans doute conseillé par l’ambitieux Hamilton. « Toute démarche nouvelle serait inutile ; elle n’aboutirait qu’à des rigueurs que, pour ma part, je voudrais éloigner de vous. »

La partie semble perdue, et toutes les souffrances endurées par les Français, tout au long de cette éprouvante campagne, ne serviront donc qu’à la gloire de quelques savants restés confortablement à Londres. Les savants menacent de brûler eux-mêmes leurs richesses. « C’est à de la célébrité que vous visez, menace Geoffroy Saint-Hilaire. Eh bien ! comptez sur les souvenirs de l’histoire : vous aurez aussi brûlé une bibliothèque à Alexandrie ! ».

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Redouté et une de ses planches


Hamilton ne souhaite pas laisser dans les mémoires l’image d’un nouvel Omar et plaide la cause des Français, qu’il a sentis capables du pire, préférant leur laisser le fruit de leurs recherches, au bénéfice de l’humanité. Hutchinson propose un nouveau marché : les Français doivent se résigner à céder une partie de leurs découvertes archéologiques, tandis que les Anglais concèdent aux savants le droit d’emmener leurs collections, plans et dessins, moulages et copies.

Avec les bijoux et antiquités, fera la pierre de Rosette partie du butin anglais et le British Museum pourra exposer une stèle sombre, avec la mention captured in Egypt by the British Army in 1801. Fort heureusement, les Anglais ont consenti à laisser aux savants leur butin de papier et, à travers l’ouvrage monumental publié pour la première fois entre 1809 et 1828, le monde entier bénéficiera de ce savoir, à l’origine de l’égyptologie.

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Le général Menou


Les Français quittent l’Egypte, où ils ont apporté des réformes fiscales plus justes, et ont été des conquérants relativement équitables, et, au retour des Ottomans, seront regrettés. Cependant, des traces durables de ce passage vont rester, puisque l’Egypte va s’engager sur la voie du développement, les réformes fiscales ne seront pas remises en cause, tandis que les Mamelouks seront pourchassés.

Enfin, malgré les différences culturelles qui ont pu rendre les Français insupportables aux musulmans égyptiens, la France, sans arrière-pensée mercantile systématique, va contribuer au développement de cette région, et parmi les promoteurs de ces initiatives, on retrouvera Jomard.

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Le médecin Desgenettes


Il est évident qu’un peuple au passé aussi glorieux, à présent recomposé, ne peut accepter une quelconque tutelle, et va marcher lentement, mais sûrement, vers son indépendance politique, assurée par une indépendance économique, principalement due à un tourisme historique, que cette expédition aura contribué à favoriser, ainsi que l’action les premiers défenseurs du patrimoine égyptien. Pour cela, il aura fallu d’abord percer le mystère des hiéroglyphes.



Petite bibliographie et webographie :

 

 

Dernière minute :

 

Si l'on en croit Devilliers, le général Menou aurait retardé le départ des savants, de crainte qu'ils n'arrivent en France avant lui, et disent à quel point il était un personnage peu intéressant, pour ne pas dire méprisable.

Une trace du passage des savants de l'expédition d'Egypte à Kalabsha sur le site de Nikopol  ( L'Egypte de Nikopol) :  

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