2 - La campagne d’Egypte
par Jean-Pierre Lastrajoli ©
Bonaparte, âgé de 29 ans, revient d’Italie tout auréolé de gloire (il sera élu membre de l’Institut, dans la section mathématiques) et, ainsi alimenté dans ses ambitions, il songe à ses deux modèles, Alexandre le Grand et Jules César : l’un et l’autre ont dominé l’Egypte.
Alexandre, après avoir fondé Alexandrie, a même poussé jusqu’en Inde, - cette Inde que détiennent actuellement les Anglais et que, dans son rêve d’un immense Empire, encore plus vaste que celui de ses prédécesseurs, l’ancien élève de Brienne et de l’école militaire de Paris songe à conquérir sans doute - .

Mais, pour permettre à la France de jouer un rôle de grande puissance, il lui faut asseoir sa domination en Méditerranée, et quoi de plus glorieux que de marcher sur les traces des deux grands conquérants, au prétexte de libérer un peuple subissant le joug des beys.
Après le traité de Campoformio, en 1797, entre la France et l’Autriche, seule l’Angleterre est en guerre déclarée contre le pays régicide. Bonaparte, sur les conseils de Talleyrand , propose de transposer le terrain de l’affrontement en Orient, afin de leur couper la route des Indes.
Les cinq Directeurs, malgré le danger qui menace la France à ses frontières, car une simple rupture du traité pourrait faire revenir l’Autriche dans le combat, demande au jeune général, trop populaire à leurs yeux, d’aller délivrer le peuple d’Egypte de la tyrannie des Mamelouks.
Mais, là où le futur Napoléon se distingue des autres grands conquérants, c’est qu’il a décidé de ne pas y aller avec sa seule armée de 38.000 hommes, embarqués à bord de 328 navires. Il est accompagné des généraux, Desaix, Kléber et Lannes.
Le jeune Bonaparte a baigné dans l’esprit du siècle des lumières, d’où la science et l’art étaient deux piliers, et si des philosophes, lors de cette campagne ne lui sont guère utiles sur le terrain, 500 civils, parmi lesquels 167 savants et experts (17 ingénieurs civils, des ingénieurs des mines, 21 mathématiciens, 3 astronomes, 13 naturalistes, 4 architectes, 10 hommes de lettres, 22 imprimeurs, etc.) et 8 dessinateurs ne l’accompagnent pas moins pour conquérir et aussi pour déchiffrer la terre des pharaons.
Gaspard Monge
Bonaparte la qualifie de berceau de la science et des arts de toute l’humanité. L’un des projets sera défini par Gaspard Monge dans une lettre à Bonaparte, ce nouveau Jason « qui va porter le flambeau de la raison dans un pays où depuis bien longtemps sa lumière ne parvient plus, qui va étendre le domaine de la philosophie et porter plus loin la gloire nationale. »
Le ministère multiplie les fausses annonces d’un départ pour l’Angleterre, projet qui a été sérieusement étudié par Bonaparte, mais auquel il a fini par renoncer. « On sait de quel profond mystère furent enveloppés les préparatifs de l’expédition d’Egypte. Le but en resta longtemps ignoré de ceux mêmes qui tenaient les premiers rangs dans l’armée et la commission des sciences. », affirmera Isidore, le fils d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire .
Desaix
Embarquée en grande partie à Toulon, le 19 mai 1798 au matin, rejointe par les convois venant d’autres ports de Marseille à Cività-Vecchia, formant une ville flottante de plus de trois cents navires, l’expédition met en contact les savants avec la pénible vie des militaires à bord.
Geoffroy Saint-Hilaire va pouvoir s’intéresser à l’anatomie d’un requin, pris le vingtième jour de la navigation, et se procure les deux pilotes qui l’accompagnent, ce qui le conduira, neuf ans plus tard, à publier un mémoire sur l’affection mutuelle de certains animaux.
La rumeur persistante d’une escadre anglaise, lancée aux trousses de l’expédition, va causer de fréquentes alertes, sans qu’on la voit paraître, après l’avoir entraperçue.
Autre frayeur : un jour qu’il se rend à bord d’une frégate, afin de visiter des amis savants, Geoffroy Saint-Hilaire et les matelots l’accompagnant, sont renversés et seuls ces derniers reparaissent. Il ne sait pas nager et remonte à la surface, tant bien que mal, et ne doit son salut qu’à une échelle de corde, qu’il agrippe par un heureux hasard, et se hisse à bord de la frégate, bien que blessé.

La flotte arrive bientôt en vue de Malte. « Huit jours avaient suffi à Bonaparte pour prendre possession de l’île de Malte, y organiser un gouvernement provisoire, se ravitailler, faire de l’eau, et régler toutes les dispositions militaires et administratives », écrira le futur maréchal Berthier.
« Le 19 juin, Bonaparte mit à la voile, laissant Desaix à l’arrière-garde » (Bonnal, Histoire de Desaix). Elle avait mis plus de trois semaines pour arriver sur Malte ; « elle employa treize jours pour achever le voyage ; lenteur salutaire, par laquelle furent déjoués tous les plans de Nelson. »
Le 29 juin, l’armada française aperçoit la plage d’Egypte et le lendemain les colonnes de Pompée. Le consul, venu à bord, fait part de la crainte de la population, à la vue de l’imposante escadre, et des mouvements qu’elle a occasionnés contre les Chrétiens.
Bonaparte apprend, par la bouche du diplomate, que quatorze vaisseaux anglais sont arrivés en vue d’Alexandrie et, n’ayant pas trouvé la flotte française, Nelson a fait route vers le nord-est. Dans la nuit du 22 au 23 juin, il avait doublé l’expédition et était parvenu le premier dans la cité des Lagides ; il croise à présent à proximité de Chypre.

Bonaparte ignorant qu’il dispose de suffisamment de temps, débarque en hâte, le 2 juillet, par une mer agitée qui se brise sur les récifs, dans l’anse du Marabout.. Le jeune général passe en revue les mille hommes de Kléber, les dix-huit cents de la division Menou et les quinze cents du général Bon. Aucun canon, pas un seul cheval, pas plus que les généraux Desaix et Régnier, n’ont pu débarquer, par la faute de l’état de la mer. A deux heures et demie du matin, la maigre armée se met en route pour rejoindre Alexandrie.

Arrivé à portée de canons de la ville, Bonaparte parlemente et c’est au canon que les habitants répondent. Rapidement les murs sont investis par les troupes françaises, et les défenseurs se réfugient dans la ville. Le général français fait savoir qu’il n’exercera aucune représailles, étant venu combattre les envahisseurs Mamelouks, et que la liberté de culte est garantie ; la population laisse les Français prendre possession de la ville.
Desaix, qui a entre-temps débarqué, est allé se placer en avant-garde, vers Rosette, sur la route du Caire, selon les ordres de Berthier. Les bâtiments de transport entrent dans le port et débarquent les chevaux, les canons, les munitions et les vivres, ainsi que les savants. La flotte va ensuite mouiller à Aboukir, qui paraît plus sûr.

Décidé à porter rapidement ses troupes au Caire, Bonaparte ignore Rosette, et fonce à travers le désert. Le général Menou est chargé de prendre Rosette et de faire embarquer le riz sur une flottille, composée de plusieurs chaloupes canonnières et d’un chebek, et de suivre la route du Caire, par la rive gauche. Kléber, blessé par une balle à la tête, reste à Alexandrie.
Le vent pousse la flottille trop rapidement, et elle dépasse d’une lieue l’armée marchant sur la rive gauche. Elle est aussitôt attaquée par les Mamelouks et une chaloupe, ainsi qu’une galère sont investies. Le chef de division Pérée contre-attaque et en reprend possession.
« Il est puissamment secondé dans ce combat inégal et glorieux par l’intrépidité et le sang-froid du général Andréossy, et par les citoyens Monge, Berthollet, … qui se trouvent à bord du chebeck. » Cité par Berthier , cet épisode est relaté sous une forme légèrement différente par Arago, mais soulignant également le courage des deux scientifiques.

Murad Bey et ses Mamelouks
Murad Bey, à la tête de six mille Mamelouks, accompagnés de fellahs, se propose de couper la route du Caire, à la hauteur de Boulaq. Berthier dépeint le tableau : « La cavalerie des Mameloucks était couverte d’armes étincelantes. On voyait en arrière de sa gauche ces fameuses pyramides dont la masse indestructible a survécu à tant d’empires, et brave depuis trente siècles les outrages du temps. »
Bataille dite des Pyramides
Arrêt sur image d’Epinal : nous ne sommes pas au pied des pyramides, comme certains tableaux héroïques se plaisent à le montrer, et on ne parle que de trente siècles. Bonaparte, en bon publiciste, décidera de baptiser opportunément ce violent combat par un terme qui en fait un Moïse vengeur ; le 21 juillet a donc lieu la bataille des pyramides. 6.000 Mamelouks et 20.000 Arabes affrontent l’armée française.
Opposant leur courage brouillon à la tactique moderne des Européens, les Mamelouks sont défaits, leur cadavres jonchant le sol ou flottant dans le Nil ; elle a coûté dix hommes aux Français et trente blessés : la bataille laissera des traces dans tous les manuels d’histoire, d’autant qu’elle est agrémentée d’une phrase célèbre, citée par Arago, en 1854, et situant l’action au pied des intemporels monuments :

«Soldats, du haut de ces Pyramides, quarante siècles vous contemplent !»
Cette citation a l’air anodine, mais à l’époque, elle semble plus le fruit de la réflexion politique que du hasard ou bien de la recherche historique. Elle signifie que Bonaparte pense que ces pyramides datent de 2200 ans avant notre ère (il ne se trompe que de 300 ans).
Le monde n’était-il pas né, selon James Usher, archevêque de Armagh au XVIIème siècle, en 4004 avant Jésus-Christ ? Un autre ecclésiastique avait même été plus précis : le 23 octobre à neuf heures du matin !

James Usher
Comme Berthier a parlé de trente siècles, en 1827 sous la Restauration, il est permis de penser que la phrase a peut-être été formulée à posteriori, et non le jour de cette bataille, même si elle est citée par Vivan Denon, sous la forme de : « Allez, et pensez que du haut de ces monuments quarante siècles nous observent. »

Bonaparte entre en vainqueur au Caire
Revenons à la bataille des pyramides. Trois jours après sa victoire, Bonaparte entre dans la ville du Caire et prend possession du palais du Bey. Pendant ce temps, les savants, au nombre desquels Jomard, sous la conduite de l’ingénieur géographe Testevuide, ont relevé les coordonnées de la colonne de Pompée (élevée par les Romains) et des Aiguilles de Cléopâtre (qui sont des obélisques érigés sous Thoutmès III à Héliopolis, et déplacé à Alexandrie sous Auguste, avant d’orner Londres, pour le premier et Central Park à New York pour le second).

Bonaparte présidant le diwan
Tandis que les jeunes gens de Monge posent les fondements de la Carte d’Egypte, le 1er août, Nelson ayant enfin localisé la flotte française, les vaisseaux anglais la détruisent au large d’Aboukir (Cliquer ici pour avoir beaucoup plus de détails sur la bataille navale du 1er Aout 1798 ). Trois mille deux cents hommes sont tués, trois mille autres sont prisonniers et seuls quatre navires réchappent de cette débâcle, malgré la vaillance des officiers et des marins français.
Le vaisseau-amiral l’Orient explose
Le brillant général est prisonnier de l’Egypte et le restera pendant une bonne année. Il lui faudra s’occuper en administrant sa conquête, maintenant que toute retraite lui est immédiatement impossible. Lorsqu’il voit le gué de la Mer Rouge, c’est parce qu’il est parti visiter les vestiges d’un ancien canal, à présent ensablé, construit sous Sésostris (vers 1971-1928 avant notre ère).
L'amiral Brueys d'Aigaillers, commandant de l'Orient
Ainsi que l’a relaté Diodore : « Il (Sésostris) fit faire des canaux de communication depuis Memphis jusqu’à la mer d’Arabie, pour faciliter le commerce de tous les peuples de la terre avec l’Egypte et pour abréger le transport des fruits et de toutes marchandises. » Une idée qui fera son chemin dans le siècle suivant est en train de renaître 3700 ans plus tard.
Insurrection du Caire
Au Caire, le 21 octobre une insurrection a lieu, au cours de laquelle Monge et Berthollet ont de nouveau l’occasion de démontrer leur intrépidité. Périssent « les ingénieurs Duval, Thévenot, le dessinateur Duperrès, le chef de brigade Shulkowski, le général Dupuis et plus de soixante Français. »
Parmi les morts, on trouve Testevuide qui dirigeait l’équipe des ingénieurs géographes. Celui-ci avait dirigé le cadastre de Corse, et était alors accompagné de son neveu Pierre Jacotin. Né en 1765 à Champigny, ce dernier l’avait rejoint dans l’Ile de Beauté à l’âge de dix-huit ans, et cinq années plus tard, l’avait accompagné lors de l’expédition suivante.
Le général Caffarelli
C’est justement lui qui va prendre la succession de son oncle, et diriger les travaux qui vont permettre d’établir la carte de l’Egypte au 1/800000ème. Les géographes vont devoir innover, car une partie de leurs instruments de mesure a coulé avec le reste de la cargaison du Patriote. L’autre partie était conservée dans la maison du général Caffarelli, celui-là même qui avait rejoint Alexandrie à pied malgré sa jambe de bois ; hélas, lors de l’insurrection, elle a été pillée.

C’est donc à partir d’observations astronomiques que les géographes vont pouvoir travailler. Jacotin, lorsqu’il retournera en France, quittant l’Egypte avec les derniers savants et militaires, publiera un atlas de la carte de l’Egypte et de la Syrie. Parmi ses autres travaux ultérieurs figurera une carte de la Corse en huit feuilles.
Les Français poursuivent les Mamelouks dans le désert et, contrairement à la population des villes, sont bien reçus par les habitants des villages, lesquels voient en eux des libérateurs. Desaix s’arrête à Assiout, à trois cents kilomètres du Caire, puis regagne le Fayoum. Dans son équipée, il est accompagné par Vivant Denon qui raconte.
Parvenant à Thèbes, « l’armée, à l’aspect de ces ruines éparses, s’arrêta d’elle-même, et, par un mouvement spontané, battit des mains, comme si l’occupation des restes de cette capitale eût été le but de ses glorieux travaux, eût complété la conquête de l’Egypte. » A Syène, « lorsque les troupes aperçurent les ruines au détour d’une montagne, son admiration fut telle qu’elles présentèrent d’elles-mêmes les armes à ces glorieux débris. »

Poussés par les Anglais, les Turcs veulent reprendre possession de l’Egypte, ce qui leur permettrait d’affirmer une autorité que les mamelouks avaient négligée, au cours des décades passées, du fait du relatif éloignement géographique. Bonaparte ne les attend point et les rencontre en Syrie.
La progression de l’armée française est pénible et lente, ce qui ne l’empêche pas de remporter quelques victoires : El-Arich, Nazareth, Mont Thabor et Jaffa. Il baptise les batailles de noms à références religieuses, qui profiteront à la propagande napoléonienne, car le voici dans la ville qui vit naître le Christ, le mont où se produisit la Transfiguration, et dans la ville reprise aux croisés par Saladin, qu’en "croisé" des temps modernes il reconquiert.

Mais la peste sévit dans ces régions et l’armée du jeune général commence à être ravagée par l’épidémie. Le 11 mars 1799, le stratège, accompagné du médecin-chef de son armée, visite les pestiférés de la mosquée, transformée en hôpital. Le tableau des Pestiférés de Jaffa (baron Gros, voir ci-dessous) servira plus tard la propagande de Napoléon, nouveau Christ des terres bibliques.
De même, en bon politicien, il transforme un échec en victoire, car il ne brise pas le siège d’Acre, durant lequel meurt Caffarelli, et revient au Caire, au terme de cette expédition de Syrie, une armée amoindrie par « deux mille deux cents morts, trois mille cents blessés et malades. »
Les pestiférés de Jaffa
En Europe, le Directoire, par sa volonté d’étendre la Révolution en créant des républiques sœurs, chatouille au-delà du raisonnable les monarques étrangers. Les armées du Roi de Naples (Bourbon d’Italie), ont chassé les Français de Rome et les cinq Directeurs déclarent la guerre au souverain napolitain, ainsi qu’à son allié, le royaume de Sardaigne. Rome est reprise et vidée d’une partie de ses trésors, puis Naples suit. Le Piémont est occupé par Joubert et le roi de Sardaigne doit s’enfuir dans l’extrême sud, à Cagliari.
A la fin de 1798, une coalition se forme où l’on retrouve, bien sûr, les Anglais et les Turcs que rejoint Paul 1er, Tsar de toutes les Russies. L’Autriche, suite à son traité, semble vouloir rester neutre. Cependant, elle accepte que les Russes passent sur son territoire pour aller en Italie. Le Directoire ne perd pas une si belle occasion de faire une nouvelle erreur et proteste vivement, rompant ses relations avec les Autrichiens.
Le général Joubert
Les défaites françaises vont se succéder et Joubert (sur lequel Sieyès, le plus ambitieux des Directeurs, comptait pour organiser un coup d’état) meurt à Novi le 15 août 1799. Informé du danger qui menace le pays et, à présent que lui apparaît l’inutilité militaire de sa conquête, puisque sa flotte est détruite, Bonaparte songe à rentrer en France où il pourra se rendre plus utile.
Le 22 août, il embarque sur la frégate Muiron, échappant on ne sait comment aux vaisseaux anglais, et revient à Fréjus, abandonnant son armée, déléguant à Kléber l’administration de l’Egypte et laissant œuvrer les scientifiques, dont certains sont désemparés, dans un premier temps.
Bonaparte débarquant à son retour d’Egypte (Bibliothèque Nationale)
Le même fait croqué par les Anglais
Gaspard Monge est au courant, comme Berthollet, même si le premier nommé affirme à Fourier, selon Jomard : « Si nous partons pour la France, nous n’en savions rien aujourd’hui avant midi. » Geoffroy Saint-Hilaire, quant à lui, a compris, depuis un moment déjà, les intentions du général, relatives à l’Egypte, si bien que, toujours selon Jomard, il a même engagé un pari à ce sujet.
Bonaparte, selon ce dernier, en excursion aux pyramides de Gizeh, confia à ses compagnons scientifiques : « Commilitones, jamais ce jour et ceux qui me suivent, ne s’effaceront de ma mémoire ! »
Même si le moment présent semble démentir ses propos, les temps à venir démontreront que ces paroles venaient du cœur, et il parlera de ces compagnons, même sur Sainte Hélène, lui qui offrira des postes de préfet à quelques-uns uns d’entre eux. Bonaparte s’en va, car le destin attend Napoléon.