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Ahmosis Champollion, le déchiffreur et les défricheurs

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20. Emmanuel de Rougé - début

Par Ahmosis :: 24/10/2006 à 19:14 :: 9. Les successeurs de Champollion

Emmanuel de Rougé : naissance d’une vocation
par Jean-Pierre Lastrajoli ©



Olivier-Charles-Camille-Emmanuel, vicomte de Rougé, naquit  le 11 avril 1811 à Paris, d’une famille issue de la chevalerie bretonne. Elevé chez les Jésuites où il apprit un mauvais grec, mais un bon latin, il opta pour la faculté de Droit à l’automne 1829, contrairement à la tradition militaire familiale.

 

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29 juillet 1830


Il se destinait au Conseil d’Etat, mais son père ayant démissionné à la Révolution de 1830, pour ne pas servir la dynastie d’Orléans régicide, il dut modifier, par la force des choses, ses projets pour l’avenir, et fréquenta ainsi la Sorbonne et le Collège de France. Il s’intéressa à l’hébreu et à l’arabe, et suivit les cours de Silvestre de Sacy.

 

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Sylvestre de Sacy


 

Curieusement le copte et les hiéroglyphes ne retenaient pas son attention.
Champollion mort le 4 mars 1831, sa chaire échut en 1837 à Letronne, un hélléniste, au terme de 6 années de vacance qui faillirent condamner la science égyptologique naissante. De Rougé s’était marié en 1838 avec une demoiselle de Gamay. A ce moment-là, il était retourné sur ses terres, menant une vie campagnarde, sans pour autant oublier l’hébreu et l’arabe.

 

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Champollion le jeune

 


Durant l’hiver, il venait à Paris afin de suivre des cours au Collège de France et étudier à la Bibliothèque Royale. Des témoignages d’Alfred Manry (1855) et de Jacques de Rougé (1907) concordent avec la tradition familiale arguant que, durant l’hiver 1836, tandis qu’Emmanuel de Rougé attendait un livre qu’il avait demandé, son regard fut attiré par la Grammaire Egyptienne de Champollion qui venait de paraître, et dont un exemplaire avait été oublié dans la salle de lecture. Il l’aurait feuilleté et aurait été séduit par les idées du regretté déchiffreur, et ainsi serait née sa passion pour les hiéroglyphes et la langue égyptienne.

 

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L’égyptologie se trouvait dans un passage délicat, car Champollion avait abordé la rive occidentale bien trop tôt, laissant ses élèves dans l’incapacité de prendre la relève. Lenormant,  Nestor L’Hote et Rosellini étaient orphelins d’un maître pour les guider. Les immondices produits par le sieur Klaproth suffisaient à faire douter de la réalité d’une découverte, malgré la défense de Jacques Joseph Champollion Figeac.

 

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Rosellini


 

Vivement intéressé, de Rougé entama une correspondance avec Lenormant, ainsi que Dubois qui avait travaillé sur le Panthéon Egyptien avec le déchiffreur. Letronne fut du lot et l'héllénistre, par des travaux à sa portée, mais de grand intérêt pour la connaissance de l'Egypte, ne portant la plupart du temps que sur l'époque ptolémaïque, fut donc le premier maître de Rougé.

 

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Jean Letronne


Ayant déjà repéré le zélé campagnard, Ampère l'avait jaugé au travers de quelques discussions. "Il y a, dans un château de province, un jeune homme qui se livre avec ardeur à l'étude des hiéroglyphes ; il ira loin s'il continue."

 

Rougé avait remarqué l'absence d'esprit critique chez les élèves de Champollion et seul, par la suite, Lepsius sembla en mesure de poursuivre l'oeuvre inachevée. Mais son voyage de trois ans en Egypte et son Denkmäler aus Aegypten un Aethiopien (Monuments de l'Egypte et de l'Ethiopie), puis le Musée de Berlin, l'empêchèrent de poursuivre utilement ses travaux.

 

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Karl Lepsius


D’emblée, Rougé se fixa pour objectif de posséder la maîtrise de la langue hiéroglyphique et si le démotique le tenta un moment, il s’en détourna pour se consacrer à son unique objectif. Il étudiait les inscriptions hiéroglyphiques et préparait un ouvrage, une Chrestomathie (du grec khrêstomatheia, recueil de textes choisis destinés à l’enseignement). Entamé en 1844, il le croyait prêt à être édité en 1849, mais une nouvelle inscription en différait toujours la fin, et, sans cesse, il reporta, tant et si bien qu’à sa mort, elle n’était point achevée.

 

De 1836 à 1846, Rougé étudia avec passion et se lança sur les traces de Champollion. Il oeuvrait dans l’ombre, ne se sentant jamais véritablement prêt, et y serait resté, si M. de Bunsen  n’avait jugé de faire paraître Aegyptens Stelle in der Wettgeschichte  [La place de l’Egypte dans l’histoire de l’Humanité] (Hambourg et Gotha, 1845-1857, 5 vol.). Bunsen reprenait la chronologie d'Eratosthènes  plutôt que celle de Manéthon, et tordait le cou aux textes pour les faire rentrer dans ce cadre. Théologien, il voulait concilier la religion (particulièrement la chronologie biblique) et les dynasties égyptiennes.

Tandis que l’Europe s’extasiait devant les écrits apparemment exacts du diplomate Prussien, parus sous l’aile bienveillante de Lepsius, Emmanuel de Rougé publia une critique courtoise (voir page 1 du Tome 1 des Oeuvres Diverses de Rougé, disponible sur le site gallica.bnf.fr). Bien que profondément religieux, le Français n’en demeurait pas moins historien et donc scientifique. Il signala que rien ne permettait voir en Eratosthènes le guide loué par Bunsen et qu’à ce titre Manéthon était mieux venu.

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Lenormant

 


L’érudition de Rougé fut remarquée et Vivien Saint-Martin, dont les travaux géographiques aidèrent tant Jules Verne, estima  « qu’on peut dire avec vérité qu’un des plus grands services que l’œuvre du savant prussien ait rendu à la science est d’avoir provoqué l’examen critique de l’égyptologue français. » Sa renommée internationale fut immédiate. Le plus difficile débutait alors, car il était aisé de critiquer, mais bien plus dur de proposer des idées qui ne fussent point critiquables.

 

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Il développa des idées déjà abordées dans sa critique, et détermina des nouvelles valeurs phonétiques pour le signe I10 par exemple (
D, Dt ), contre l’opinion qu’en avait Lepsius. Ce qui ne l’empêcha pas de commettre, comme dans tout début des erreurs qu’il corrigea par la suite. Cela ne l’empêcha pas d’écrire sur l’écriture démotique, négligée par tous les successeurs de Champollion, qui en eut une vision étonnamment exacte, et à laquelle seul Louis-Félicien-Joseph Caignart de SAULCY semblait s’intéresser. Rougé fut contraint de souligner les erreurs de Saulcy, qu’il avait apprécié, de prime abord, lorsque, à la lueur des écrits du Figeacois, il perçut les quelques erreurs du polytechnicien.     

 

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Dans le même temps, il rectifia les erreurs d’un débutant, Henri Brugsch (voir Mariette), éreinté par Lepsius, car il s’était fondé sur la théorie de Saulcy. Rougé se borna à souligner les excès de la méthode, discernant chez le futur collaborateur de Mariette un talent naissant. Brugsch, devant la courtoisie du Français, reconnut ses erreurs et le considéra dès lors comme son maître, d’autant plus que Lepsius lui avait interdit publiquement ses cours, ce qui lui fit écrire vers la fin de sa vie : « Je suis un autodidacte dans ma science, et, si quelqu’un a droit à ma reonnaissance (…), c’est seulement un Français, le vicomte Emmanuel de Rougé… ».  

 

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Henry et Emil Brugsch (source KMT)

 

En décembre 1848, Letronne s’en alla rejoindre Champollion. Pour le remplacer, on songea à Lenormant, à de Saulcy, mais également au tout récent Rougé sur la scène égyptologique, de même qu’à Prisse d'Avennes. Lenormant remporta les suffrages car plus ancien et auréolé de sa participation à la mission franco-toscane avec Champollion en 1828-1829. Les 10 années où Lenormant enseignera seront perdues pour la science, aux dires de Maspero

 

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Prisse d'Avennes


Clarac dirigeait le Louvre et Dubois
 qui avait assisté Champollion, s’occupait du département égyptien, découpant les vignettes des papyrus afin de les isoler des textes convaincu qu’ils étaient selon lui « un gallimatias épouvantable et qu’ils demeureraient toujours inintelligibles aux modernes. » Tous deux décédèrent à peu d’intervalle, et Longpérier et Duteil leur succédèrent en 1847.


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Adrien de Longpérier


Tandis que Duteil, en charge du département égyptien, passait le plus clair de son temps à mesurer les vases, perdu dans une ridicule obsession, Longpérier se soucia des statues égyptiennes importantes qui étaient exposées depuis le début à l’humidité à l’extérieur, sans que nul ministre ne se souciât de les loger dans une salle. Il obtint une salle au rez-de-chaussée et, assisté du jeune Mariette, les y logea.

 

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Par un effet demeuré mystérieux, Rougé se trouva nommé, à compter du 1er août 1847, conservateur honoraire du Musée égyptien. Le catalogue du Musée, jadis rédigé par Champollion, était épuisé et non à jour. Dès la fin de 1849, il publiait une Notice qui excluait le plus souvent les datations, car risquant d’offrir matière à discussion. « C’est une simple Notice exposant au public la nature de chaque monument et le principal intérêt qui s’y rattache. »


 

 

 

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