CHAMPOLLION

http://champollion.zeblog.com/

Calendrier

« Octobre 2006 »
LunMarMerJeuVenSamDim
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031 

Ahmosis

Ahmosis Champollion, le déchiffreur et les défricheurs

Blog

Catégories

Derniers billets

Compteurs

Liens

Fils RSS

24. François Chabas

Par Ahmosis :: 21/10/2006 à 0:14 :: 9. Les successeurs de Champollion

 

 

 

 

 

François Joseph Chabas

par Ahmosis ©

 

 

Né le 2 janvier 1817 à Briançon et l’aîné de la famille, fils de Vincent Chabas, officier à la carrière interrompue par suite de l’amputation d’une jambe, François Joseph Chabas est d'origine modeste, quoique du côté de sa mère, Marie Ferrus, on compte un bon nombre de médecins.

 

"Dès son enfance, François Chabas montra un goût prononcé pour l’étude et préférait la lecture à tous les jeux." C’est ce qu’écrit son frère, Frédéric, dans sa Notice biographique. Lorsque François a 14 ans, il faut le placer en pension chez ses oncles pour des raisons financières, comme l’explique le même frère. "Obligé de diminuer ses charges, en raison de l’insuffisance de sa pension pour élever sa nombreuse famille, notre père, après avoir obtenu pour moi une bourse au prytanée militaire de la Flèche, plaça mon frère aîné dans sa famille à Nantes, et c’est de 1831 que date notre première séparation.

 

 

 

 

 

 

 

Parmi ses oncles, il s’en trouve un, encore jeune, et qui vient tout juste d’achever ses études classiques. Il met donc à la disposition du jeune François ses livres de classe et lui donne ses premières leçons de grec et de latin. Ceci a lieu le soir, car le neveu doit s’occuper le jour à son emploi de commis. Mais, il est doué et, rapidement, le voilà qui maîtrise ces deux langues anciennes, tout comme il possède la maîtrise de l’anglais grâce à un ami de la maison.

 

Il entre en possession d’une bible en hébreu qu’il entreprend de traduire tout seul. Constatant les résultats qu’il a obtenus seul, un linguiste l’aide dans la connaissance de cette autre langue. Voilà qu’en six années, Chabas a acquis de grandes connaissances linguistiques, durant les brefs loisirs d’un commis.

 

 

 

 

 

 

Il arrive à Châlons-sur-Saone  et doit s’y créer une situation, d’autant qu’il s’est marié en 1841. C’est donc vers le commerce qu’il va se tourner, y ayant été formé à Nantes. Dans le même temps, il rajoute l’allemand, l’italien et l’espagnol à ses cordes… vocales. Il est donc devenu négociant en vins et mène parallèlement des études dont le but n’apparaît guère pour l’heure. Il est de surcroît devenu conseiller municipal de Chalon-sur-Saône, président du tribunal de Commerce, de diverses sociétés savantes.

 

Champollion le jeune

 

 

A 35 ans, il tombe sur le Magasin pittoresque (dans le sens de magazine pittoresque), où il lit un article de Nestor L’Hôte expliquant le système hiéroglyphique de Champollion. Vivement intéressé, il ressent combien il est pénible de vivre en province lorsqu’on veut mener des études hiéroglyphiques. Son seul recours est Emmanuel de Rougé qui répond en ces termes à sa lettre :

"C’est toujours un grand plaisir pour moi, Monsieur, de constater un adepte de plus pour la science que nous devons à Champollion. Il y a là une riche moisson à faire ; le champ est vaste et peut donner place à une légion de travailleurs qui y récolteront à l’aise et sans se coudoyer, s’ils le veulent bien. Je n’ai que trop vu quel temps on perd dans les commencements, faute d’une bonne direction, parce que les ouvrages de Champollion étaient à sa mort trop incomplets." […]

"Pour se croire certain du sens d’un mot, il faut que ce sens vous rende raison de tous les passages où vous le trouvez employé."

 

François Chabas

 

 

Et Rougé de citer ceux qui ne s’impose pas cette rigueur, parmi lesquels Lepsius et Birch, et qui doivent revenir en arrière et se corriger. Au rang de ceux-ci Heinrich Brugsch qui "vient de faire paraître une traduction que je trouve insuffisante, mais que néanmoins vous ferez bien de vous procurer. Monsieur Brugsch est mon élève, et je m’en vante ; quoique je trouve qu’il soit devenu beaucoup trop facile pour lui-même et qu les sens nouveaux qu’il propose ne soient pas étayés de preuves suffisantes."

 

Rougé, après lui avoir indiqué qu’il lui envoie la toute nouvelle Notice des grands monuments du Louvre, lui donne un ultime conseil. "Le cours de M. Lenormant au Collège de France pourrait aussi vous être utile sous plusieurs rapports, quoique je trouve que ce professeur accorde, à mon avis, une trop grande place à l’imagination, et une trop petite à l’étude philologique."

 

C’est à partir de ces conseils de rigueur que François Chabas mène ses travaux, d’autant que Rougé lui a indiqué des livres essentiels à lire. Un an plus tard, le négociant est admis à la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône, chose qui va l’aider dans ses travaux. De plus, la lecture d’un article de Rougé l’amène à écrire à Birch, le savant anglais plus disponible que Rougé dont les tâches commence à s’accumuler, du fait de sa notoriété grandissante.

Le britannique lui offre un exemplaire des papyrus hiératiques publié par le British Museum et dont la lecture va décider de la voie à suivre. Chabas se rend compte qu’il n’y a pas de recueils permettant à un débutant de se familiariser avec l’écriture hiératique.  Rougé doit bien publier "sous peu" sur le papyrus Sallier ; il n’en demeure pas moins que la sortie se fait attendre et continuait d’être reportée.

 

Chabas est un peu déçu de ce que Rougé finit par lui dire que, d’après les questions qu’il pose, il peut se passer de ses leçons (11 décembre 1855). La suite va prouver que le Breton a raison, puisque Chabas écrit à la même période, au sujet des inscriptions de Radesieh, qu’il espère les avoir comprises de manière satisfaisante. Théodule Dévéria, ancien élève de Lenormant, et à présent disciple de Rougé, va lui faire un accueil de nature à satisfaire Chabas, alors que Mariette lui adresse son mémoire sur les Apis.

 

 

 

 

 

 

Tout aurait été pour le mieux, s’il n’y avait le refus catégorique de l’Imprimerie Nationale de transmettre les caractères hiéroglyphiques à l’imprimeur de Chalon-sur Saône, malgré les interventions de Dévéria et Rougé. Monsieur de Horrack écrit : "Peu de personnes savent avec quels obstacles Chabas avait à lutter, pour publier le résultat de ses recherches. […] Il était obligé de dessiner et de graver lui-même les caractères nécessaires à la publication de ses livres."

 

C’est finalement Lepsius qui va le sortir en 1865 de l’embarras en lui adressant "une collection de types égyptiens de l’Imprimerie royale de Berlin." Nul n’est prophète en son pays, dit-on. C’est hélas trop vrai. L’étude sur les inscriptions de Radesieh paraît en mars 1856, publiée par la Société d’Histoire et d’Archéologie de Chalon-sur-Saône et tous le félicitent, dont Rougé, qui après avoir loué sa rigueur conclue :

"Continuez, et soyez sûr que votre place est marquée parmi les meilleurs interprètes des hiéroglyphes." Lepsius, lui-même, a écrit à cette occasion sa "satisfaction de rencontrer un nouveau travailleur dans le champ de l’égyptologie, dont la méthode de traiter les sujets fit espérer de grands résultats pour la science."

 

 

Prisse d'Avennes

 

 

 

Il commence à correspondre avec Goodwin, fin 1857, et Prisse d’Avennes, en février 1858, lequel lui promet de faire des estampages sur les régions des mines d’or exploitées par les anciens Egyptiens. Chabas se fait raconter dans quelles circonstances le Nordiste a acquis le fameux Papyrus Prisse qu’il est en train d’étudier. Deux mois plus tard, son étude paraît dans la Revue archéologique (voir  Papyrus Prisse BNF, format PDF pages 183-214), et son travail est, encore une fois, loué par Rougé. Le Breton regrettait qu’une certaine école se croit obligée de voir une mention du séjour des Hébreux en Egypte dans bon nombre d’inscriptions, alors que seule "la stèle de Méneptah, récemment découverte par M. Petrie, en fournit un témoignage concluant".

 

 

 

 

Le papyrus Prisse est composé de deux traités de morale : les Préceptes de Kagemni, vizir des rois Houni et Snéfrou, incomplet, et le livre des Maximes de Ptahhotep, vizir du pharaon Isési de la Ve dynastie. Chabas révèle ainsi au monde : "Il disait à son fils : Avec le courage que te donne ta science, discute avec l’ignorant comme avec le savant : les barrières de l’art ne sont pas encore emportées, nul artiste n’est encore doué de toutes ses perfections. La bonne parole luit plus que l’émeraude que la main des esclaves trouve sur des cailloux." Rougé félicite Chabas d’attirer "l’attention du public par l’intérêt qui s’attachait à ce traité de morale pratique, le plus ancien livre du monde […]".

 

La renommée de cette nouvelle publication le mit en contact avec un M. Harris, demeurant à Alexandrie, lequel avait déjà apprécié son mémoire sur Radesieh. Harris lui demanda donc son avis sur un papyrus qu’il avait du mal à interpréter et qu’on allait par la suite connaître comme le papyrus magique Harris. Chabas demanda des renseignements à Goodwin qui avait déjà étudié un papyrus magique, mais en attendant de plus amples renseignements, se chargea de la traduction de la publication de Birch sur le Papyrus Abbott (violation de sépultures à Thèbes sous Ramsès IX, voir sur Papyrus Abbott, BNF, Format PDF pages 275 à 305).

Le document parle de tombes royales en nommant les propriétaires et en donnant parfois la tombe voisine, ce qui pourrait s’avérer utile pour les archéologues à l’œuvre à Thèbes. C’est à cette époque que Horrack, ancien élève de Seyffarth (voir Champollion), entre en contact avec le Français.

 

 

 

 

 

Début 1859, le natif de Briançon publiait dans la Revue archéologique : Traduction et analyse de l’inscription d’Ibsamboul ; réfutation de M. Lenormant dans l’ensemble de ses traductions. Il mettait à mort les théories fragiles de celui qui enseignait au Collège de France, mais on lui reprocha la vivacité de cet écrit car il ne prenait pas de gants. De façon générale, on approuva le fond à défaut de la forme. La publication n’est hélas pas numérisée à la BNF.

 

"Une partie de la rédaction protesta contre l’insertion d’un article aussi violent, et déclara qu’elle retirait sa collaboration ; la Revue archéologique faillit périr du coup, et peut-être n’aurait-on pas réussi à la sauver, si Charles Lenormant n’était pas mort sur ces entrefaites, à Athènes, le 19 novembre 1859, vers la fin d’un voyage qu’il avait entrepris pour montrer la Grèce à son fils François." (Œuvres Diverses de Rougé, Biographie par Maspero page 58).

 

C’est donc, Rougé qui va prendre, pour le plus grand bien de la discipline, la chaire de Philologie et d’Archéologie égyptienne au Collège de France (nouvellement dénommée ainsi à la demande du Breton). En février 1860, Chabas reçoit un courrier de Mariette lui signalant ses découvertes dont celle de la statue en diorite vert de Khéphren : 

"déjà j’ai à signaler quelques bonnes découvertes. La plus importante est celle d’une statue colossale du roi Schafra de la Ive dynastie. Ce morceau est un chef-d’œuvre. Le roi est assis sur un siège dont les bras se terminent par des têtes de lion. Je doute que les statues de Turin elles-mêmes soient d’un art aussi avancé. La matière est une brèche verte d’une dureté incroyable, et la tête du roi est d’une conservation parfaite."

La lettre est rédigée depuis le chantier même : "Je vous écris au milieu du tumulte des ouvriers, et sur mon genou. C’est vous demander pardon, et pour le style, et pour l’écriture[…]"

 

Mariette

 

 

 

En décembre de cette même année, il publie enfin son œuvre sur le Papyrus magique Harris (voir transcription hiéroglyphique [avec translittération de Renaud de Spens] sur Thotweb : Papyrus Harris). C’est son œuvre majeure et il continue de produire de nombreuses contributions capitales pour l’avancée des études égyptologiques, tout en s’occupant de ses affaires, ce qu’il finira par payer de sa santé.

Mais pour l’heure, il parvient à mener de front les nécessités matérielles et les aspirations de l’esprit. Rougé lui écrira, le 13 mars 1862, qu’il ne le regardait "désormais non plus comme un élève, mais comme un confrère et un émule plein de mérite". D’ailleurs, l’Institut égyptien, présidé par Mariette, le nomme par acclamation membre honoraire, le 18 octobre 1861.

 

 

En novembre, un de ses articles, Mémoire sur le nom des Pasteurs et la peste, envoyé à la Revue archéologique s’égarant de façon inexplicable (certains pensèrent que la faute en incombait à M. Maury. Peut-être faut-il y voir une rancune non exprimée, née de son article si polémique contre Lenormant),  il dut le rédiger à nouveau.

Mais, comme il était en désaccord, dans ce mémoire, sur les idées précédemment émises par Rougé, il pensa que celui-ci était à l’origine de l’affaire. Dès lors, la pondération dont avait toujours fait preuve Rougé, lui devient suspecte et il croit y voir une volonté d’étouffer un adversaire en puissance. Il est pourtant injuste de songer à une telle hypothèse et voici une des preuves qui attestent le manque de fondement de la chose.

 

Le 30 janvier 1861, il se plaint de la réaction de Lepsius à une demande pour obtenir un fac-similé des Papyrus de Berlin nouvellement parus. "Lepsius a déclaré de vive voix qu’il serait plus facile d’extraire Chéops de sa pyramide que d’obtenir la précieuse livraison. C’est abominable !". Rougé lui enverra son exemplaire afin qu’il puisse le photographier et si ses travaux pourront se poursuivre sur les papyrus de Berlin, ce sera grâce au Breton.

Mais, depuis l’incident du mémoire égaré, une simple précision devient suspecte. Il publie sur le Papyrus médical de Berlin et Rougé lui fait remarquer qu’il n’est pas le premier : Heinrich Brugsch a déjà publié une analyse dans un journal allemand. Son ego exacerbé y voit une accusation feutrée de plagiat. Peut-être est-ce la conséquence du peu de répit qu’il laisse à son organisme entre ses affaires et ses études. Chabas ignorait l’existence de cette publication et d’ailleurs, il prendra contact avec Brugsch, alors dans le corps diplomatique.

 

 

 

 

 

 

Il publie, en mars 1862, en collaboration avec Goodwin,  ses Mélanges qui reprennent en partie le mémoire égaré. Il craint cependant qu'Emmanuel de Rougé interprétent les modifications ou les additions comme des remises en cause de ses résultats. En y ajoutant quelque chose, "il se défendait d’ébranler en rien le crédit que cette œuvre méritait". Les erreurs, dit-il, ont une importance limitée. L’ancien maître répondra à son cher confrère :

"Il y a beaucoup d’excellentes choses dans ces remarques de Goodwin, et dans ce que vous y ajoutez, quoique tout ne me paraisse pas également sûr. […] En résumé, je ne connais rien de plus utile à la science que de publier ainsi des additions à nos connaissances grammaticales et lexicographiques, et je saisis toutes les occasions de le faire de mon côté". Comme on le constate, nulle animosité n’entache les propos de Rougé.

 

 

Blason de Chabas dessiné par Prisse d’Avennes en 1869

 

 

 

Lepsius, revenu à de meilleurs sentiments, lui adresse gratuitement les papyrus de Berlin et une édition des Denkmäler. A la fin de cette année 1862, Chabas et Godwin avaient presque achevé leur travail sur le papyrus Anastasi I (British Museum). - Anastasi du nom même du consul de Suède à Alexandrie qui avait si bien accueilli Champollion, à son arrivée en Egypte, car rival de Drovetti -.

Il s’agit d’une longue lettre satirique de 28 pages écrite par un scribe nommé Hori, véritable exercice de style. Hori écrit "à un scribe anonyme (Amenemopê), fier de son savoir. Sous prétexte de mettre celui-ci au défit de démontrer ses connaissances, Hori nous livre une sorte d’encyclopédie en réduction des connaissances de l’époque : manière de construire une pyramide, géographie de la Syrie, orga­nisation de l’armée, etc." (Institut Khéops, programme 2006-2007). Parmi ces problèmes, le "papyrus livre en outre un renseignement extrêmement intéressant : il précise que l'obélisque monte sur une rampe et offre donc la preuve absolue de l'utilisation de glissières inclinées pour le déplacement de ces monolithes."  Erection des obéliques, dossier au format PDF

 

Il comporte également une scène galante : "Tu trouves le bassin fleuri en son temps, tu fais une brèche dans la clôture et tu découvres une jolie fille qui garde le verger. Elle te laisse être tendre avec elle, plus qu'un simple compagnon, et elle te fait don de la couleur de son sein".

 

Mais, durant 1863, Chabas va se consacrer à l’étude des Denkmäler offerts par Lepsius. Au cours de cette année, Rougé lui reproche une nouvelle omission d’une étude antérieure à la sienne sur la stèle de Kouban. Rougé n’a rien voulu dire de plus. Pourtant, Chabas s’étant mis, de par ses relations avec Birch et Godwin, en situation d’indépendance, il croit en permanence que son ancien maître cherche à le prendre en défaut. D’où une certaine tension et des reproches à Rougé d’assez mauvaise foi.

 

Il délaisse le papyrus Anastasi I au profit de l’histoire de Sineh (Sinouhé) en raison de sa localisation géographique. Une regrettable affaire allait encore le fâcher avec Rougé. L’égyptologue allemand Duminichen a copié à Abydos, dans le temple de Séthi I, la fameuse liste royale et s’est empressé de la publier, sans mentionner celui qui l’a dégagée : Mariette.

Des rectifications, envenimées par un article chauvin du Moniteur, font intervenir Chabas qui se range au côté de Lepsius, contre Rougé qui n’a fait que replacer les mérites des uns et des autres. Rougé pourrait difficilement reprocher la publication, puisque lui-même a publié la stèle de l’An 400. Au beau milieu de cette ambiance détestable, Chabas est élu à l’Académie des provinces et à l’Académie royale néerlandaise (1865).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright © CHAMPOLLION - Blog créé avec ZeBlog