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00. BELZONI, l'aventurier de Padoue

Par Ahmosis :: 30/10/2006 à 21:18 :: 8 - Les contemporains de Champollion

Giambattista BELZONI, l’aventurier de Padoue

Par Ahmosis ©

 

 

 

 

En juillet 1817, d’après les indications qu’a données  Burckhardt, Giambattista Belzoni parvient à Abou Simbel, avec l’idée de dégager le temple des sables, mais il risque fort de se heurter au même problème que Drovetti.  

 

Qui est ce Belzoni qui, il y a deux ans à peine, ne connaissait pas l’Egypte ? C’est une drôle d’histoire qui commence à Padoue en 1778, puisqu’il y voit le jour, dans une famille peu aisée. Néanmoins, il peut se rendre à Rome à l’âge de 16 ans, il y suit des études d’hydraulicien, tout en s’intéressant à l’archéologie.

 

 

 


Pendant 16 années, il parcourt l’Europe où, pour gagner sa vie, il exerce les métiers les plus divers, dont celui d’hercule de foire, le Samson patagon. Car il est doté d’une force et d’une taille exceptionnelle qui le fera surnommer le Titan de Padoue. Il se produit avec les artistes des foires dans la péninsule ibérique, où une envie de nouveaux horizons le saisit.

 

Accompagné de son épouse Sarah, il s’embarque en 1814 pour Malte. Les crues du Nil lui ont donné une idée. En juin 1815, il se rend de Malte en Egypte, avec l’idée de vendre à Méhémet Ali une machine hydraulique de son invention, destinée à améliorer le système d’irrigation.

Ce projet ne reçoit pas d’écho favorable, dans la salle d’audience du Pacha, et il se retrouve sans argent et sans but. A Alexandrie, il est blessé par un soldat turc, au cours d’une altercation.

 

 

 

 

Fréquentant Burckhardt, Drovetti et Salt, ce dernier engage le Titan de Padoue pour effectuer des fouilles pour son compte, ayant décelé le tempérament nécessaire chez Belzoni pour mener à bien de telles recherches dans un pays où la force physique et l’esprit d’entreprise sont indispensables.

 

Le consul anglais lui demande s’il se sent capable de ramener de Thèbes à Alexandrie le buste du jeune Memnon, dont Burckhardt a parlé. Belzoni accepte cette mission, que d’autres ont refusée, la jugeant impossible à mener. Il s’agit du haut d’un colosse, dont la partie inférieure est toujours à Thèbes. "Je dois dire que sa beauté, sinon sa taille dépassait mon attente."

 

 

 

 


Pour obtenir l’autorisation de procéder à des fouilles, Belzoni se rend chez le cachef d’Ermant, deux jours plus tard et, pour embaucher de la main-d’œuvre, cherche à obtenir l’aval du caïmacan de Gournah qui restera évasif. Passant outre, il demande au cachef cette autorisation et l’obtient. Une course contre la montre va se jouer, devant la montée future des eaux du Nil en crue.

 

Le 27 juillet 1816, il fait fabriquer par le charpentier une plate-forme en bois, à partir de poutres carrées. Il fait lever le buste, à l’aide de quatre leviers, et demande à le placer sur le fardier confectionné par le charpentier. La sculpture est soulevée et un premier rouleau est glissé sous le fardier ; trois autres rouleaux suivront.

 

 

 

 


A l’aide de cordages, les vingt ouvriers tirent à présent le buste. Le soir, il constate qu’ils ont progressé de quelques mètres. Le lendemain, il doit briser les socles de deux colonnes pour permettre le passage du fardier et ainsi progresser qu’une quarantaine de mètres ; à la fin de la journée, il a un malaise causé par la fatigue et la chaleur.

 

Le 29 juillet, trouvant du terrain sablonneux, où le pesant fardeau s’enfonce, il doit faire un détour de près de deux cents mètres. S’il arrive à proximité du Nil, le 6 août au soir, le matin aucun ouvrier ne se présente pour mettre le buste en un endroit qu’il a repéré et où il serait à l’abri de la crue qui se poursuit.

 

 

 


Il apprend que le caïmacan a donné l’ordre aux ouvriers de ne pas l’aider dans sa tâche. Belzoni soupçonne Drovetti d’être à l’origine de ce coup, car il faut se rappeler que Salt, Drovetti et d’Anastazy, le consul de Suède (voir les papyrus Anastasi), se livrent une guerre sans merci pour le commerce des antiquités.

 

Le cachef débloque à nouveau la situation et le 12 août le buste de Memnon est hors d’eau. Le bateau suffisamment large pour le transport parvient en novembre et la partie du colosse parvient au Caire, avant de finir sa course au British Museum, où on lui attribuera le vrai nom du pharaon qu’il représente : Ramsès II.

 

 

 


Si le géant de Padoue a su montrer sa capacité à résoudre les problèmes sur le terrain, chacun restera songeur devant l’exploit réalisé par les anciens ouvriers Egyptiens qui mirent en place cette statue, alors entière. Drôle de destin que celui de ce colosse dont la partie inférieure trône à Thèbes, tandis que le partie supérieure est exposée à Londres.

 

Au cours de cette même année 1816, il visite le temple d'Abou Simbel, qu’il désensable partiellement, tandis qu’il a abandonné le buste du jeune Memnon sur les bords du Nil en crue et qu’il attend qu’on lui trouve un bateau adapté au transport.

 

 

 


Le cachef de Ballana suppose que si cet Européen de donne autant de mal pour enlever le sable, c’est qu’il a la certitude d’y trouver un trésor. Il donne son accord pour embaucher autant de monde qu’il le souhaite, en échange de la moitié des trésors qui seront dégagés.

La première difficulté à vaincre est de faire comprendre l’usage de la monnaie à des personnes qui ne connaissent que le troc, comme c’est le cas dans cette région d’Egypte, ainsi que Drovetti a pu en faire l’amère expérience.

 

Il envoie donc un des habitants de ce lieu, muni d’une pièce, vers son bateau et lui suggère de demander une denrée qu’on lui donne pour ce que la pièce vaut. Intégrant la valeur d’échange de la pièce, les ouvriers acceptent de démarrer les travaux, mais les outils rudimentaires, empêchant une progression rapide du chantier, il doit abandonner et retourner à son buste, avec l’issue que l’on sait.

 

 

Abou Simbel, dessin de Belzoni

 


Belzoni se transforme dès lors en chasseur d’antiquités, agissant pour le compte de Salt. Il va sympathiser, par exemple, avec des brigands, afin qu’ils lui montrent les momies qu’ils vendaient ; il s’empare donc des papyrus qu’on a jadis placé dans les sarcophages et les bandelettes.

 

Salt lui demande de réussir là où Drovetti a échoué et de retourner à Abou Simbel. Le consul de France a beau envoyer des menaces de mort au padouan, par l’intermédiaire de ses sbires, ce dernier, accompagné du secrétaire de Salt et de deux capitaines de la Royal Navy, revient le 4 juillet 1817 sur le lieu de son demi-échec ; le voici de retour, deux ans après, et il foule les rives proches du temple que pressentait Burckhardt.

 

 

 


L’aventurier italien obtient difficilement les autorisations nécessaires pour embaucher de la main-d’œuvre ; le cachef a visiblement été contacté par l’ennemi intime de Salt. Enfin, une semaine après son arrivée, les travaux débutent et les ouvriers travaillent avec une lenteur désespérante.

 

Le 16 débute le ramadan et, par conséquent, le chantier est déserté ; les Barabras absents, le géant de Padoue décide d’avancer avec les hommes d’équipage, les deux capitaines ainsi que le secrétaire, et constate que le désensablage avance bien plus vite de cette manière.

 

 

 


A la fin du mois, la partie supérieure de la porte est visible, au point que Belzoni peut ramper dans le temple ; cependant une chaleur estimée à 55°C fait retourner les intrus à l’extérieur. Un mur de pierres, assemblées avec de la boue, comme cela se pratique en méditerranée occidentale, est monté afin d’empêcher que le sable, en cas d’effondrement soudain, ne bouche l’entrée, piégeant des visiteurs condamnés au trépas.

 

Après vingt-deux journées d’un labeur intense, par une chaleur à peine supportable, tout le sable est enlevé et les quatre plus grands colosses des temps pharaoniques s’offrent au regard des voyageurs. Une fois la porte du temple franchie, le titan de Padoue et ses compagnons passent dans des salles taillées dans le roc.

 

 

Abou Simbel par Roberts

 


"Il s’agissait en fait d’un temple des plus magnifiques, embelli par de splendides reliefs, de superbes peintures, des figures colossales."

Voulant reproduire les bas-reliefs, il doit renoncer car "la chaleur était telle qu’elle ne nous permettait guère de dessiner, la transpiration de nos mains imbibant rapidement le papier." Il choisit de laisser ce soin aux voyageurs à venir, qui seront plus à leur aise lorsque la température sera retombée de quelques degrés, grâce au désensablage. Le 4 août, l’expédition revient, sans ramener de butin.

 

 

 

Belzoni ne reste pas longtemps inactif. Sans doute émoustillé par ces découvertes, une passion naît en lui pour les fouilles, même si ses méthodes sont discutables.

Il s’arrête aussi à Thèbes, et choisit un site qui surprend les ouvriers chargés de creuser : le lit d’un torrent en cas de fortes pluies. Dès le lendemain, une ouverture est visible et il est convaincu, à juste titre, d’avoir mis au jour une des tombes royales qu’évoquait Hérodote et Strabon.

 

 


Géographie de Strabon

 


Quand il emprunte le corridor, sa torche éclaire, pour la première fois depuis des millénaires, des peintures et des bas-reliefs qui l’émerveillent et lui confirment que son intuition était bonne. Il descend quelques marches, passe un nouveau corridor sublimement décoré, lui aussi, et se trouve face à un puits de neuf mètres de profondeur. A quatre mètres du géant de Padoue, il y a une ouverture, de l’autre côté du puits.

 

Belzoni doit retourner, afin de chercher l’équipement adéquat, et, le lendemain, il revient avec des troncs d’arbres, il franchit le vide et parvient à une salle qui donne sur une chambre. Remarquant dans la salle aux quatre paliers un escalier que les voleurs avaient découvert, il l’emprunte et avance dans un corridor aux parois plus richement décorées que les précédents, puis dans un nouvel escalier et enfin parvient à une pièce superbement illuminée de scènes d’offrandes.

 

 

 


En passant dans la salle suivante aux six paliers, il aboutit dans une dernière pièce ; une chambre semble avoir été taillée de manière hâtive, comme si le travail n’avait pu être achevé et le titan de Padoue en déduit que cette pièce n’a été qu’ébauchée. Dans une partie qu’il nomme salle d’Apis, il trouve les restes de taureaux embaumés et un sarcophage. Hélas pour lui, les voleurs étaient déjà passé par là.

 

"Ce tombeau magnifique, ayant neuf pieds cinq pouces de long sur trois pieds sept pouces de large, est fait du plus bel albâtre oriental : n’ayant que deux pouces d’épaisseur, il devient transparent quand on place une lumière derrière une des parois ; en dedans et en dehors, il est couvert de sculptures ;… Jamais l’Europe n’a reçu de l’Egypte un morceau antique de la magnificence de celui-ci. Malheureusement le couvercle manquait."

 

 

 

 


En inspectant les dalles, il aperçoit un escalier qui mène à un passage souterrain où il rampe durant près de cent mètres, avant d’être arrêté par l’obstruction du passage. Belzoni revient en arrière et, dans les jours qui suivent, recopie les fresques qui ornent la tombe, ainsi qu’il dessine le plan de celle-ci, et reçoit la visite d’un responsable local qui espère partager un trésor dont la rumeur s’est faite l’écho. Le représentant de Méhémet Ali finit par repartir, après s’être convaincu qu’il n’y avait rien à gratter.


Salt vient voir la fameuse tombe de Séthi 1er et le géant italien en repart en février 1818. Fidèle à ses habitudes, il ne reste pas inactif longtemps, car le consul anglais, qui n’a qu’à se louer de ses services, lui permet d’ouvrir un chantier à Gizeh, sur la seconde pyramide qu’Hérodote attribuait à Khephren.

Le 2 mars, il repère l’entrée principale, après avoir renoncé à emprunter la galerie que des voleurs ont creusée, mais qu’il juge trop périlleuse. Il parvient enfin dans la chambre funéraire, mais le sarcophage contient des os de bœuf ; un terrassier et un maçon, si l’on en croit les graffitis sur les murs, ont commis ce forfait.

 

 

 


En 1819, il visite Médinet el-Fayoum et l’oasis de Bahariyah, après avoir atteint, à la fin de l’année précédente, la Mer Rouge et Bérénice. En mai, il revient à la tombe de Séthi 1er, avec un médecin de Sienne, doté d’un excellent coup de crayon, Alessandro Ricci.

Celui-ci l’aidera à reproduire les bas-reliefs et Belzoni escompte, à partir des moulages qu’il en fait, faire une reconstitution grandeur nature du tombeau. Il ignore que sa découverte du tombeau de Séthi 1er est incomplète, car il a fallu attendre 1986 pour que l’on trouve la véritable salle funéraire du roi, le sarcophage trouvé par le padouan n’appartenant qu’à un proche du pharaon.

 

 

 


En 1820, il publie le récit de ses voyages et découvertes, qu’il n’hésite pas souvent à rendre plus attrayant par des effets de style et des nuées de momies. L’année suivante, il présente une exposition sur sa découverte de la tombe royale où sont visibles certains des moulages effectués, ainsi que le sarcophage qui sera acheté plus tard par le Soane Museum.

En 1822, on raconte que la péniche amenant la reconstitution de la tombe de Séthi 1er à Paris passe sous les fenêtres du lieu où Jean-François Champollion lit sa fameuse lettre à M. Dacier. Le déchiffreur va d'ailleurs rencontrer Belzoni et l'aider à rédiger sa notice, de façon anonyme, en raison des mauvaises relations de Bankes et du Dauphinois.

Au mois d’avril 1823, l'aventurier padouan projette une expédition des plus audacieuses. Il débarque au Maroc, d’où il rejoint le Sahara avec le but de découvrir Tombouctou et la source du Niger. Il meurt à Gwato, dans l’actuel Nigeria, en décembre 1823.

 

 

 

 


Il reste célèbre par ses découvertes et par la mise au jour du temple d’Abou Simbel, même si, le plus souvent, les méthodes qu’il utilisait afin d’avancer étaient discutables, comme l’emploi de l’explosif. Mais il était d’une époque où seuls les aventuriers allaient en Egypte, et où l’archéologie n’avait pas encore défini les méthodes et les buts qu’on lui connaît à présent.

 

 

 

Bibliographie sur le web :

 

 

 

 

 

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