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32. Heinrich et Emil Brugsch

Par Ahmosis :: 20/10/2006 à 16:02 :: 9. Les successeurs de Champollion

Heinrich et Emil Brugsch, les oubliés

Par Jean-Pierre Lastrajoli ©

 

 

 

Heinrich Brugsch et son frère Emil, de 18 ans son cadet, ont apporté une contribution non négligeable à l'égyptologie sur plus de 60 années. Souvent on ne sait plus auquel des deux on doit attribuer un travail, lorsqu’on trouve le seul nom de Brugsch pour référence, et comme Emil est le plus connu, on lui impute parfois des découvertes d’Heinrich.

 

 

Heinrich Brugsch



Heinrich Ferdinand Karl Brugsch est né à Berlin le 18 février 1827, d'Ernest Wilhelm Brugsch et son épouse Dorothea Schramm. Il eut l’occasion de voir les collections égyptiennes à peine naissantes et non encore augmentées par le voyage à venir de Lepsius pour le futur Musée de Berlin. Il fut fasciné par les objets égyptiens et son intérêt pour l’Egypte se trouva encouragé par le conservateur des collections égyptiennes du Musée, Giuseppe Passalacqua.

 

 

Heinrich Brugsch (d’après KMT)

 



Heinrich Brugsch montra, dès l’âge de 16 ans, des dispositions notables pour le démotique il rassembla une grammaire, qu’il publia sous le nom de scriptura Aegyptiorum demotica ex papyris et inscriptionibus explanata. En 1848, il débuta des études à l'Université de Berlin, obtenant rapidement son doctorat. Il étudia également à Paris et visita les collections égyptiennes des musées européens.

 

 



En 1853, le gouvernement prussien l’envoya en Egypte et naquit bientôt une amitié qui allait durer avec Auguste Mariette, de six ans son aîné. Durant les quatre année qui suivirent, Heinrich travailla avec le Français à Saqqara, l’assistant dans la traduction des inscriptions du Serapeum.

 

 

Mariette

 


Heinrich se rendit ensuite en Perse pour une mission diplomatique en 1860, y faisant office d'ambassadeur de Prusse, après quoi il se retrouva nommé consul au Caire en 1864, ayant entre-temps fondé le journal Zeitschrift für Ägyptische Sprache (ZÄS) en 1863, et qui existe toujours de nos jours.

Certains incitèrent Heirich à se porter candidat à la chaire au Collège de la France (1864, ce fut Emmanuel de Rougé qui rallia les suffrages), mais il porta en définitive ses regards sur la chaire d’égyptologie à l'Université de Göttingen en 1867.

 

Trois années plus tard, il était l’invité du Khedive en Egypte et dirigeait l'École d'Égyptologie au Caire, se voyant attribuer le titre de Bey. Heinrich continua à diriger l’Ecole jusqu'à sa fermeture en 1879. Le gouvernement égyptien en fit un Pacha en 1881, année du décès de Mariette et où son frère devait s’illustrer de façon mémorable. Durant les 10 dernières années de sa vie, il allait surtout œuvrer en Allemagne, malgré quelques visites en Egypte.

 

 

 


Heinrich Brugsch fut un pionnier dans l'étude approfondie du démotique. Son œuvre représente plusieurs volumes et des milliers de pages, sur une vaste gamme de sujets : inscriptions et textes hiéroglyphiques et démotiques, le calendrier égyptien, la mythologie, biographies historiques ainsi que la géographie et l’architecture.


Heinrich Brugsch s'est marié deux fois, avec Pauline Harcke en 1851 et Antonie Vestädnig en 1868. Il est mort à Charlottenburg le 9 septembre 1894.

  • Brugsch, H., Monuments de l'Egypte. 1ère série, Monuments servant à la connaissance des notations astronomiques des anciens Egyptiens et donnant des renseignements pour leur calendrier, C. David, Berlin, 1857.
  • Brugsch, H., Histoire d'Égypte dés les premiers temps de son existence jusqu'à nos jours, 1, L'Egypte sous les rois indigènes, J. C. Hinrichs, Leipzig, 1859.
  • Brugsch, H., Historique d'Égypte, 1, Introduction, Histoire des dynasties I-XVII, J. C. Hinrichs, Leipzig, 1875.
  • Brugsch, H. et Griffith, F. L. et Petrie, W. M. F., Two hieroglyphic papyri from Tanis, Extra memoir of the Egypt exploration fund, Trübner, London, 1889.
  • Brugsch, H., Religion und mythologie der Alten Egypter nach den Denkmalern, J. C. Hinrichs, Leipzig, 1891.

 

 

 

Emil Brugsch

 

 

 

Emil Karl Albert Brugsch, le frère d’Heinrich, de quinze ans son cadet, est né à Berlin le 24 février 1842. Il s’est essayé à bon nombre de carrières, avant d'aller en Egypte, en 1870, aider son aîné, alors que ce dernier venait d’être nommé à la direction de l'École d'Égyptologie.

Il y resta durant les neuf années de l’existence de l’Ecole, avant de rejoindre Mariette, qui en fit un conservateur-adjoint au Musée de Boulaq, poste qu’il devait conserver plus de 34 ans, sous une flopée de directeurs (Maspero, Grébaut, de Morgan, Loret) de Boulaq au nouveau Musée égyptien au Caire ; il prit alors sa retraite le 1er  janvier 1914, à l'âge 72 ans.

 

 



Comme son frère, Emil a été nommé Bey, puis Pacha par le gouvernement égyptien pour son dévouement aux musées de Boulaq et du Caire. Son travail égyptologique était plus sur le terrain que dans les livres, et son unique contribution à un livre fut sa compilation de 1887 de cartouches publiée avec Urbain Bouriant, Le Livre des rois, contenant la liste chronologique des rois, reines, princes, princesses et personnages importants de l Égypte depuis Ménès jusqu a Nectanebo II.

 

Ce qui apporta la gloire à Emil Brusch fut l’absence de son chef, Gaston Maspero, en 1881, lorsque, suite à l’enquête déclenchée par Maspero, la police coinça les pilleurs de la famille Abd el-Rassul et que l’on découvrit une cachette de momies royales à Deir el-Bahari.

 

 

 


Avec deux autres assistants du Musée de Boulaq, Brugsch s’est rendu illico sur le site, revendiquant les momies pour le Service des Antiquités, faisant dégager et fouiller la cachette de ses quelques quarante momies royales ainsi que celles qui n’étaient pas identifiées, le tout en 48 heures.

Les souverains furent transportés à bord du vapeur du Service des Antiquités et emmenés au Musée. Attendant impatiemment le retour de Maspero en Egypte, Emil Brugsch finit par démaillotter la momie de Thoutmosis III, ce qui lui valut par la suite les reproches de son supérieur.

 

 


Emil a pris les premières photographies des momies royales, publiées par Maspero. Il était de même responsable de beaucoup des plaques photographiques illustrant les premiers volumes du Catalogue du Musée.

 

Emile Brugsch, à son départ d’Egypte, s'est retiré à Nice, y décédant le 14 janvier 1930.

 

 

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